Dans le cadre du projet Fonds de Solidarité pour les Projets Innovants – Transition Écologique, Je m’engage pour l’Afrique (JMA) a réalisé l’ouvrage : «Bonnes pratiques – Valoriser les actions environnementales au Cameroun.»
https://mag.jmafrique.org/publication
Ce guide met en lumière l’ingéniosité des acteurs camerounais, de l’Extrême Nord au Littoral, face aux défis environnementaux, offrant un modèle de résilience et d’innovation pour toute l’Afrique. Entretien avec Sophie Misse Edimo, Présidente du Conseil d’Administration de la Coopérative agricole et de promotion de l’élevage pour le Littoral (CAPE COOP – Douala, Cameroun)
AFRIMAG : Vous agissez dans le département du Nkam, dans la région du Littoral au Cameroun, une zone fortement touchée par l’exode rural et l’insécurité alimentaire. Comment la CAPE COOP redonne-t-elle vie aux villages et crée-t-elle des opportunités concrètes pour les jeunes ?
Sophie Misse Edimo : Aujourd’hui, nos villages se vident peu à peu. Les jeunes partent en ville, souvent sans perspective réelle. L’agriculture, autrefois pilier de nos communautés, s’est affaiblie, et avec elle tout un tissu économique et social. À la CAPE COOP, nous avons voulu inverser cette tendance.
Nous avons démarré avec la culture de la banane plantain, sur un site de 10 hectares situé à Ndogbèlè, dans le département du Nkam, en bordure du fleuve. Ce choix n’est pas anodin : c’est une culture nourricière, familière des populations locales, rentable et bien adaptée à notre climat.
Mais au-delà des plantations, notre ambition est claire : créer des emplois durables pour les jeunes de la région, relancer les marchés ruraux en valorisant la consommation locale, et faire renaître une dynamique économique autour des villages. Quand un marché vit, c’est toute une localité qui retrouve du souffle.
Concernant l’impact, nous observons déjà des retombées concrètes : la création directe et indirecte d’emplois dans la localité, à travers les jeunes que nous employons sur le site, mais aussi tous les fournisseurs de biens et services qui gravitent autour du projet.
C’est près d’une centaine de personnes qui bénéficient aujourd’hui de cette activité, de manière directe ou indirecte.
AFRIMAG : Face aux effets déjà visibles du changement climatique dans votre région, vous avez engagé une réflexion sur l’irrigation et l’accès à l’eau. En quoi ce projet de forage est-il stratégique pour votre activité, et quels sont les freins à sa mise en œuvre ?
Sophie Misse Edimo : Le dérèglement climatique est bien là : la sécheresse menace la régularité des récoltes et la sécurité alimentaire. Nous ne pouvons plus nous reposer uniquement sur les cycles naturels de pluie.
C’est pourquoi nous avons lancé une étude pour la mise en place d’un système d’irrigation, accompagnée de la construction d’un forage au bénéfice des populations riveraines. Ce forage aurait une double fonction : sécuriser notre production agricole et fournir de l’eau potable à la communauté, dans une logique de co-bénéfice.
Le principal obstacle aujourd’hui est financier. Nous recherchons activement des partenaires techniques et financiers pour concrétiser ce projet, car sa réussite est essentielle à la résilience de notre modèle agricole.
AFRIMAG : Vous développez aussi des cultures alternatives comme le manioc et la patate douce. Quel est l’objectif de cette diversification ?
Sophie Misse Edimo : Notre stratégie repose sur le bon sens : produire localement ce que nous consommons au quotidien. Trop longtemps, nous avons dépendu de la farine de blé importée, avec des coûts élevés et une empreinte carbone importante. Pourtant, nous disposons de ressources locales comme le manioc ou la patate douce, que nous pouvons transformer en farine pour fabriquer du pain ou d’autres produits.
Nous avons donc engagé une diversification de nos cultures, avec l’objectif de réduire les émissions liées aux importations, mais aussi de mieux nourrir nos communautés. Cette démarche répond à une demande croissante pour des produits plus sains, plus locaux, et économiquement accessibles.
À terme, nous espérons créer une petite filière de transformation locale et renforcer encore l’autonomie alimentaire de notre région.





Cameroun



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