En renforçant leur partenariat, la Banque africaine de développement (BAD) et le Forum africain des fonds souverains (ASIF) franchissent une nouvelle étape dans la construction d’une finance africaine plus autonome. Derrière cette déclaration d’intention signée à Abidjan se dessine une ambition stratégique : mobiliser l’épargne institutionnelle du continent pour financer les grandes infrastructures régionales et réduire la dépendance aux capitaux extérieurs.
L’Afrique veut reprendre la main sur le financement de son développement. C’est le message porté par la Banque africaine de développement (BAD) et le Forum africain des fonds souverains (ASIF), qui ont officialisé, le 26 juin à Abidjan, le renforcement de leur partenariat stratégique.
Au-delà d’une simple déclaration d’intention, les deux institutions entendent bâtir de nouveaux véhicules d’investissement capables de canaliser les capitaux institutionnels africains vers des projets d’infrastructures à fort impact, en particulier les infrastructures transfrontalières. Cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), conçue pour renforcer la capacité du continent à financer lui-même sa transformation économique.
L’objectif est clair : faire des fonds souverains africains des investisseurs de référence dans les projets structurants, qu’il s’agisse de corridors logistiques, de réseaux énergétiques ou d’autres infrastructures indispensables à l’intégration économique du continent.
Le Consensus d’Abidjan entre dans sa phase opérationnelle
Pour Obaïd Amrane, directeur général d’Ithmar Capital au Maroc et président de l’ASIF, cette signature marque une étape décisive dans la concrétisation des engagements pris autour du Consensus d’Abidjan.
Dans une publication diffusée sur son compte LinkedIn, il souligne que cette déclaration d’intention traduit la volonté de la BAD d’investir dans la plateforme d’investissement développée par l’ASIF. Une avancée qu’il présente comme « une concrétisation directe et opérationnelle » des discussions stratégiques engagées autour de la NAFAD.
Selon lui, ce partenariat renforcé permettra d’accélérer la mobilisation des capitaux institutionnels africains afin de financer en priorité des infrastructures transfrontalières, durables et transformatrices, notamment les grands corridors régionaux et les infrastructures énergétiques de nouvelle génération.
« Le renforcement du partenariat entre le Groupe de la Banque africaine de développement et l’ASIF constitue une traduction concrète et opérationnelle du Consensus d’Abidjan ainsi que de l’agenda de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement », avait-il déjà déclaré lors de la signature.
Le président de l’ASIF estime que cette dynamique démontre la capacité des institutions africaines à « mobiliser, structurer et orienter leurs propres ressources » vers des investissements stratégiques, réduisant progressivement la dépendance du continent aux financements extérieurs.
Faire des investisseurs africains les moteurs des infrastructures
Du côté de la Banque africaine de développement, cette convergence stratégique est pleinement assumée.
Aida Ngom, directrice du département Secteur privé du Groupe de la BAD, voit dans cette coopération un prolongement naturel des priorités de l’institution.
« Cette déclaration d’intention illustre la convergence des ambitions du Groupe de la Banque africaine de développement et de l’ASIF pour le développement de notre continent », a-t-elle souligné, rappelant que ces investissements s’inscrivent pleinement dans les priorités stratégiques de la Banque.
Pour la responsable, les infrastructures énergétiques, les corridors régionaux et les autres projets structurants constituent des leviers essentiels pour soutenir une croissance inclusive, renforcer la compétitivité des économies africaines et accélérer l’intégration régionale.
L’ASIF, une plateforme panafricaine en pleine montée en puissance
Créé en juin 2022 à Rabat, le Forum africain des fonds souverains rassemble aujourd’hui dix-sept investisseurs souverains africains autour d’une ambition commune : renforcer la coopération entre les fonds souverains du continent, mutualiser les expertises et coordonner les investissements dans les secteurs stratégiques.
En s’adossant davantage à la Banque africaine de développement, l’ASIF franchit un cap. La perspective d’un investissement de la BAD dans sa plateforme d’investissement renforce sa crédibilité et lui offre un levier supplémentaire pour attirer d’autres capitaux institutionnels africains.
À travers cette alliance, les deux partenaires défendent une vision de plus en plus affirmée : faire émerger une finance africaine capable de mobiliser l’épargne du continent pour financer ses propres priorités de développement.
Dans un contexte où les besoins en infrastructures se chiffrent à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an, cette stratégie pourrait contribuer à faire des investisseurs institutionnels africains des acteurs centraux de la transformation économique du continent.





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