C’est une première ! Depuis le début de l’année 2025, la Réserve fédérale américaine vient de voir à la baisse ses taux d’intérêt.
Le Président Trump peut enfin souffler même s’il en voulait une baisse encore plus significative pour soutenir l’économie américaine
La Réserve fédérale américaine (Fed) a abaissé, mercredi 17 septembre, ses taux d’intérêt pour la première fois de l’année. La réduction, limitée à un quart de point de pourcentage, place les taux directeurs entre 4 % et 4,25 %. Un geste jugé trop timide par Stephan Miran, nouveau gouverneur de l’institution, nommé par Donald Trump. Une courte majorité des responsables de la Fed envisage néanmoins deux nouvelles baisses d’ici la fin de l’année.
Jérôme Powell, Monsieur « Trop tard » pour Trump
Depuis plusieurs mois, la banque centrale subit la pression du président américain, qui réclame des taux plus bas afin de soutenir l’économie. Donald Trump reproche à la Fed d’avoir tardé à assouplir sa politique monétaire et a récemment placé l’un de ses fidèles au conseil des gouverneurs. Il tente par ailleurs de démettre une gouverneure, une procédure actuellement devant la justice. Face à ces attaques, le président de la Fed, Jerome Powell, s’est efforcé de recentrer le débat sur l’économie. « La Réserve fédérale a eu raison d’attendre, » a-t-il martelé lors de sa conférence de presse, alors même que Donald Trump le surnomme désormais « Trop tard. »
Le tournant est survenu en août, lors du symposium de Jackson Hole, dans le Wyoming où Jerome Powell avait évoqué un marché du travail en « étrange équilibre, » annonçant implicitement une baisse à venir. Selon lui, une détérioration rapide de l’emploi pourrait provoquer une vague de licenciements et un rebond du chômage. Cette prise de position intervenait dans un climat tendu : Donald Trump avait publiquement envisagé de le révoquer et une gouverneure avait démissionné de façon inattendue. Mais Jerome Powell tente en apparence de rester hermétique à ces turbulences, préférant dérouler les raisons économiques plutôt que politiques lors de sa conférence de presse : « Les indicateurs récents suggèrent que la croissance de l’activité économique s’est modérée. »
La Fed joue les équilibristes
En effet, plusieurs indicateurs ont jeté un voile noir sur l’économie américaine : en août dernier, le taux de chômage est remonté à 4,3 % sur fond de stagnation des embauches, tandis qu’une révision statistique a révélé que les créations d’emplois des derniers mois avaient été largement surestimées. Le marché immobilier, affaibli par des taux d’emprunt élevés, accentue encore la pression.
Cette baisse de taux illustre l’équilibre précaire que la Fed doit maintenir. Depuis 1977, son mandat est double : garantir la stabilité des prix et favoriser le plein-emploi. Or, les politiques commerciales et migratoires de l’administration Trump compliquent la donne. D’un côté, l’inflation reste élevée, alimentée par la flambée post-pandémie et les droits de douane imposés sur de nombreuses importations. De l’autre, le marché du travail s’affaiblit. « La Fed se retrouve dans une position délicate : réduire trop vite les taux risquerait de relancer l’inflation, mais ne rien faire pourrait aggraver le chômage », analyse Bloomberg.
Jerome Powell s’est gardé d’évoquer l’indépendance de la Fed, alors que Donald Trump n’a jamais caché sa volonté de contrôler l’institution. « Nous affirmons toujours que nous ne suivons pas une trajectoire prédéfinie, et nous le pensons vraiment, » a insisté Jerome Powell. Une prudence stratégique, selon le New York Times, destinée à éviter un affrontement frontal avec un président coutumier des attaques publiques. « Il est difficile de remettre en question leur stratégie, car Donald Trump est un champion incontesté de la confrontation publique ouverte, » a déclaré dans le quotidien américain Peter Conti-Brown, professeur à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie. Mais « nous sommes sur le fil du rasoir et beaucoup dépend de la pertinence de leur stratégie, » a-t-il ajouté.
Une nouvelle détente à venir ?
Professeur d’économie à l’université Cornell, Ryan Chahrour trouve « surprenant » que la banque centrale ait baissé ses taux maintenant, tant l’inflation résiste. Il s’attendait à ce que des responsables préfèrent laisser les taux inchangés mais pense que l’unité affichée au bout du compte (à l’exception de Stephen Miran) envoie un message à l’extérieur. « Ils ne veulent pas rendre la situation encore plus confuse en paraissant divisés. Se montrer unis devrait leur permettre de moins sentir la pression politique à l’avenir, » a-t-il estimé auprès de l’AFP. L’abaissement des taux de la Fed s’imposait « pour essayer d’éviter de nouveaux licenciements dans cette économie » en perte de vitesse, considère de son côté Heather Long, de la banque Navy Federal Credit Union.
« De nombreux Américains des classes moyennes et populaires attendent avec impatience de pouvoir emprunter moins cher, » relève aussi l’économiste dans une note, citant les coûts liés aux cartes de crédit, aux prêts automobiles et immobiliers, mais aussi les prêts des petites entreprises. Selon la médiane des prévisions des responsables de la Fed, deux baisses de taux supplémentaires pourraient encore intervenir en 2025, ce qui impliquerait une nouvelle détente à chacune des réunions programmées d’ici la fin de l’année.
Avec AFP











