En Caroline du Nord, la ville de Charlotte peine à se relever d’une violente opération anti-immigration menée par le gouvernement. Les classes des écoles ont été désertées, et les élèves vivent dans la peur de voir leur monde chavirer.
En quatre jours, plus de 250 personnes ont été arrêtées par les agents fédéraux de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), selon les autorités. Depuis l’opération dite « Charlotte’s Web » lancée à la mi-novembre par le Département de la Sécurité intérieure (DHS)— qui chapeaute le ICE —, le paysage scolaire de Charlotte (Caroline du Nord) est secoué.
Les écoles publiques du district de Charlotte-Mecklenburg ont ainsi connu une désertion massive : lors du pic de l’opération, 30 399 élèves étaient absents, ce qui représente plus de 20 % des effectifs, contre un taux d’absence habituel d’environ 7,9 % (Axios). Cette chute spectaculaire traduit non seulement la peur, mais également la forte impression, chez certaines familles, que l’enjeu migratoire s’invite dans les salles de classe, note le Washington Post.
Sur une étiquette, un enfant écrit : « je suis citoyen américain »
Parmi les enfants présents en classe, l’un portait une étiquette indiquant « je suis citoyen américain » ; un autre avait un passeport américain à l’école primaire. Deux enfants de maternelle sont venus en classe avec des sifflets autour du cou à utiliser s’ils voyaient des agents de l’immigration.
L’administration Trump a décrit les absences à Charlotte comme la preuve que le système éducatif public « soutenait les illégaux. »
Des enfants anxieux de ne pas revoir leurs parents le soir
Dans ce contexte, le Département de la Sécurité intérieure soutient que ses agents ne procèdent pas à des arrestations à l’intérieur des écoles, mais interviennent si un suspect tente de fuir vers un campus — un argument formellement avancé par l’administration. Le gouvernement fédéral ne publie pas de données complètes sur les lieux d’arrestation ou de détention, mais un examen des articles de presse par le Post a révélé des cas de parents arrêtés à proximité des établissements scolaires dans au moins 10 États depuis le début de l’année.
Selon des enseignants et des administrateurs, la présence fédérale en périphérie des établissements suffit à créer un climat de terreur parmi les élèves, quel que soit leur statut ou celui de leurs parents.
Les conséquences psychologiques sont tangibles : anxiété, dépression, sentiment d’insécurité parmi les enfants, qui craignent de ne pas retrouver leurs parents le soir. Dans certaines villes, des parents bénévoles patrouillent autour des écoles, des lignes d’appels d’urgence ont été mises en place, et des protocoles internes sont activés pour faire face à d’éventuelles interventions.
Une baisse des inscriptions à l’école
À Los Angeles, où l’activité de l’ICE a dissuadé certaines familles d’assister aux cérémonies de remise des diplômes le printemps dernier, le district a mis en place une ligne d’assistance familiale 24h/24, distribué des kits de préparation et créé un programme de« passage sûr » avec de nouvelles lignes de bus. Un succès : jusqu’à présent, le taux moyen de présence est de 94 % cet automne.
D’autres n’ont pas eu cette chance : l’inscription des nouveaux élèves immigrés à l’école a fortement chuté dans des villes comme Miami et Oakland. Au Texas, un collège pour nouveaux arrivants a fermé faute d’élèves (Houston Chronicle). La Maison-Blanche a salué cette baisse des inscriptions comme une « bonne nouvelle »dans un compte rendu mercredi « prouvant que l’agenda Trump porte ses fruits. »Pourtant, les écoles publiques aux États-Unis sont tenues d’accueillir tous les enfants, quel que soit leur statut migratoire, selon une décision de la Cour suprême de 1982.
Sur le plan démographique, les données confirment que la politique migratoire de Washington concerne un nombre important d’enfants américains : selon une analyse de l’Urban Institute, 15,9 millions d’enfants — soit environ 1 enfant sur 4 aux États-Unis — vivent avec au moins un parent immigré.
Parmi eux, la très grande majorité est née aux États-Unis : selon le même rapport, plus de 86 % des enfants de parents immigrés sont des citoyens américains (Urban Institute). Cette réalité démographique implique que l’impact des opérations d’immigration s’étend bien au-delà des familles sans-papiers.
Source : Geo.fr





Etats-Unis
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