Face à la flambée des cours mondiaux, le gouvernement de Patrice Talon refuse de laisser les agriculteurs sur la touche. En reconduisant massivement les subventions sur les engrais lors du Conseil des ministres du 13 mai 2026, l’État béninois fait le choix de la stabilité sociale et de la souveraineté alimentaire, au prix d’un effort financier colossal.
Un bouclier financier contre l’inflation mondiale
Le verdict est tombé ce mercredi 13 mai : le Bénin maintient son cap protectionniste en faveur du monde rural. Alors que les marchés internationaux des fertilisants restent sous haute tension, l’exécutif béninois a décidé de sortir l’artillerie lourde. Une enveloppe de 31,8 milliards de FCFA a été débloquée pour la campagne 2026-2027. L’objectif est limpide : absorber le choc de la hausse des coûts de production pour que celle-ci ne retombe pas sur les épaules des paysans.
En gelant les tarifs des intrants, le gouvernement ne se contente pas d’une mesure technique, il érige un véritable rempart contre l’insécurité alimentaire. Dans un contexte global instable, permettre aux producteurs de cultiver à moindre coût paraît une garantie pour maintenir des prix abordables sur les étals des marchés locaux.
Des prix «gelés» pour doper la productivité
Sur le terrain, cette décision se traduit par un décalage massif entre le coût réel du marché et le prix payé par l’agriculteur à la caisse. Le gouvernement a choisi la continuité absolue, alignant les tarifs de cette nouvelle saison sur ceux de la précédente. Ainsi, concernant le coton, moteur de l’économie, le sac de 50 kg reste fixé à 17 000 FCFA, là où le marché mondial l’aurait propulsé à 23 500 FCFA. Une économie de 6 500 FCFA par sac qui soulage directement les trésoreries des groupements villageois. Pour les cultures vivrières sous perfusion, le NPK, indispensable au maïs et aux autres céréales, demeure à 17 000 FCFA (au lieu de 24 250 FCFA). Quant à l’Urée, elle stagne à 15 000 FCFA, malgré un prix de revient qui frôle les 20 000 FCFA.
Cette politique de «prix administrés» permet aux exploitations familiales de planifier leurs semis sans la peur au ventre, évitant ainsi un abandon des terres qui serait catastrophique pour l’approvisionnement national.
Le pari de la souveraineté alimentaire
Pour l’équipe de Patrice Talon, l’enjeu dépasse la simple aide sociale. Laisser les mécanismes du marché s’appliquer brutalement aurait conduit à une baisse drastique de l’utilisation des engrais, et par ricochet, à une chute verticale des rendements. «Une application des prix réels risquerait de compromettre les efforts engagés pour l’autosuffisance,» martèle l’exécutif. En subventionnant les intrants, le Bénin sécurise ainsi ses filières d’exportation (coton en tête) tout en stabilisant le panier de la ménagère. C’est dire que c’est une stratégie de résilience, à savoir transformer la rente d’État en moteur de croissance agricole pour éviter que les crises extérieures ne se transforment en crises de la faim à l’intérieur des frontières. À travers ce geste financier fort, Porto-Novo réaffirme que l’agriculture demeure le socle de sa stabilité macroéconomique, quitte à peser lourdement sur les finances publiques pour préserver la paix sociale dans les campagnes.





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