Berlin et Paris ont lancé vendredi 19 janvier un fonds commun pour rechercher la provenance des œuvres d’art africaines dans leurs musées respectifs.
Abondé à hauteur de 360.000 euros par an par chaque pays pendant trois ans, il s’inscrit dans les démarches de restitution des œuvres engagées par les deux pays.
L’initiative vise aussi à « retisser du lien entre l’Europe et l’Afrique au-delà du contentieux colonial », dit à l’AFP le Président du conseil scientifique de ce fonds, le penseur sénégalais Souleymane Bachir Diagne, professeur de philosophie à l’université de Columbia, aux Etats-Unis.
Réponse : S’interroger sur la provenance des objets est une manière de revisiter le passé colonial. Cela permet également d’appuyer les demandes de restitutions. Dans les musées en France et en Allemagne, il y a toute une masse d’objets dont on ne connaît pas l’origine : certains sont des butins de guerre ou le fruit de pillage individuel ou d’injustice coloniale, d’autres ont pu être acquis de manière légitime. Les objets ont vocation à être le symbole d’un partenariat à construire, celle de coopération muséale entre l’Europe et l’Afrique.
Concrètement, pour bénéficier du fonds, des chercheurs, des musées ou des institutions doivent constituer un consortium incluant au moins un partenaire français, un allemand et un d’Afrique sub-saharienne. Ils devront présenter leurs projets de recherche d’ici à avril au fonds, géré par le centre franco-allemand de recherche en sciences sociales Marc Bloch à Berlin.
R: On peut imaginer que l’Allemagne dispose de moins d’objets que la France car sa colonisation de l’Afrique a été beaucoup plus courte. Démarrée dans les années 1880, elle s’est terminée après sa défaite à la fin de la Première guerre mondiale.
Mais il faut garder en tête que les objets ont circulé. Ainsi, les 22 bronzes de l’ancien royaume de Benin (qui n’est pas le Benin actuel, ndlr) restitués par l’Allemagne au Nigeria en décembre 2022, proviennent d’un pillage de 1897 d’une expédition britannique. Le Nigeria n’a jamais été colonisé par l’Allemagne.
En France, le rapport des universitaires Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, remis en novembre 2018, après les promesses du Président Emmanuel Macron en 2017 sur les restitutions à l’université de Ouagadougou, évalue à 90.000 le nombre d’objets africains dans les musées en France.
Il n’y a pas de rapport équivalent qui a été réalisé en Allemagne.
Concernant le fonds franco-allemand, on peut imaginer que des demandes de recherches soient nombreuses en provenance du Cameroun et du Togo car ils ont été colonisés par les deux pays.
R: La France a tiré la première, avec la déclaration inattendue du Président Macron à Ouagadougou, suivie par le rapport Sarr-Savoy.
Depuis, Paris a restitué un sabre au Sénégal en 2019, une couronne à Madagascar en 2020 ainsi que 26 œuvres des trésors royaux d’Abomey, pillées en 1892 par les troupes françaises, au Bénin en 2021.
En Allemagne, aucun dirigeant n’a fait de déclaration comme Macron, mais 22 bronzes de l’ancien Royaume de Benin ont été restitués.
C’est comme si dans un match de football, l’Allemagne avait fini dans la deuxième mi-temps par égaler la démarche française. Ces deux pays sont en tout cas bien plus avancés que le Royaume-Uni qui s’est toujours signalé par un refus absolu car il a une peur bleue de l’effet d’entraînement.
Avec AFP




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