La Russie progresse sur le terrain diplomatique et militaire en Afrique, mais dans l’opinion publique, l’adhésion reste limitée.
Une influence jugée positive par à peine un tiers des Africains
D’après un rapport publié le 27 février 2026 par le réseau panafricain de sondage Afrobarometer, seuls 36 % des Africains estiment que l’influence économique et politique de Moscou est positive. À l’inverse, 23 % la jugent plutôt ou très négative.
L’étude repose sur 50 961 entretiens réalisés en 2024 et 2025 dans 38 pays, couvrant l’ensemble des sous-régions du continent. Les données ont été pondérées pour assurer leur représentativité nationale, chaque pays étant pris en compte de manière équitable dans les moyennes continentales.
Comparée aux autres grandes puissances, la Russie ferme la marche. La Chine domine largement le classement : 62 % des répondants considèrent son influence comme positive. Les États-Unis recueillent 52 % d’avis favorables, l’Union européenne 50 %, et l’Inde 39 %.
Un déficit d’image… mais aussi un déficit de notoriété
Le faible score de Moscou s’explique en partie par une opinion encore en construction. Près d’un tiers des personnes interrogées (32 %) jugent l’influence russe «ni positive ni négative,» tandis qu’une proportion équivalente (32 %) déclare ne pas savoir ou refuse de répondre.
Autrement dit, dans de nombreux pays, la Russie reste un acteur dont le rôle demeure flou pour une part importante de la population.
Mais ce manque de notoriété ne suffit pas à expliquer la faiblesse des résultats. Parmi les répondants exprimant une opinion, le ratio entre avis positifs et négatifs n’est que de 1,5 pour 1 pour la Russie, bien en deçà de celui de la Chine (3,5) ou des États-Unis (2,6). Le différentiel d’image est donc réel.
Des contrastes spectaculaires entre pays
Si la moyenne continentale est modeste, certaines nations se distinguent nettement.
Le Mali apparaît comme le principal bastion africain de Moscou : 88 % des Maliens interrogés jugent positive l’influence russe. Le pays devance largement le Cameroun (60 %), la Guinée-Bissau (55 %) et la Côte d’Ivoire (55 %).
À l’autre extrême, la Russie séduit très peu en Afrique australe. En Zambie (15 %), au Lesotho (14 %), en Eswatini (14 %) et au Botswana (13 %), moins d’un répondant sur six émet une opinion favorable.
L’Afrique du Sud, membre des BRICS et poids lourd régional, se situe légèrement au-dessus de la moyenne continentale avec 40 % d’avis positifs.
Afrique centrale et de l’Ouest plus réceptives
Les disparités apparaissent également à l’échelle régionale. La Russie obtient ses meilleurs scores en Afrique centrale (50 % d’opinions positives) et en Afrique de l’Ouest (43 %).
En revanche, les populations d’Afrique australe (27 %), d’Afrique de l’Est (26 %) et d’Afrique du Nord (34 %) se montrent plus réservées.
Ces écarts illustrent un engagement russe à géométrie variable, mêlant coopération militaire, discours anti-occidental et initiatives diplomatiques ciblées.
Une jeunesse plus favorable
Les différences d’opinion selon les catégories sociales restent limitées. L’écart le plus notable concerne l’âge : 38 % des 18-35 ans ont une perception positive de la Russie, contre 30 % des plus de 55 ans.
Un indicateur qui suggère que le discours russe pourrait trouver un écho particulier auprès des jeunes générations.
Un engagement qui ne transforme pas l’essai
Le rapport souligne enfin une évolution contrastée. Dans les 24 pays où une comparaison est possible avec les enquêtes menées entre 2019 et 2021, davantage de personnes déclarent désormais avoir une opinion sur la Russie. Mais la progression des jugements négatifs (+6 points) est deux fois supérieure à celle des jugements positifs (+3 points).
L’exposition accrue ne se traduit donc pas nécessairement par une amélioration de l’image.
Guerre en Ukraine : un fort réflexe de neutralité
La guerre menée par la Russie en Ukraine éclaire aussi la posture africaine. Parmi les 70 % de répondants qui déclarent en avoir entendu parler, 72 % estiment que leur pays devrait rester neutre.
Seuls 22 % préfèrent choisir un camp. Et parmi eux, une légère préférence s’exprime en faveur de la Russie (14 %) contre 8 % pour l’Ukraine. Le Mali constitue à nouveau un cas à part, avec 72 % de soutien affiché à Moscou.
Un signe que si la Russie peine à séduire massivement, son discours sur la multipolarité et le non-alignement trouve, dans certains contextes, un terrain favorable.







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