C’est un nouveau coup dur au risque pays du Sénégal. L’agence S&P Global Ratings ( Standard & Poor’s) a abaissé vendredi 27 mars, les notes de change à court et à long terme du pays de « B-/B » à « CCC+/C ». La perspective de cette note à long terme est négative
Selon l’agence de notation financière, les perspectives négatives reflètent les risques persistants liés au refinancement de la dette publique élevée du Sénégal alors que les conditions de financement mondiales continuent de se dégrader. Standard & Poor’s relève aussi l’absence de progrès dans l’obtention d’un soutien multilatéral concret qui permettrait d’accéder à un financement concessionnel moins coûteux et d’atténuer les tensions de liquidité auxquelles est confronté le Trésor sénégalais.
Au regard de l’encours de la dette par rapport au PIB, le Sénégal figure parmi les pays les plus endettés au monde, classés dans la catégorie « spéculatifs. »
Selon les estimations de Standard & Poor’s, sa dette publique s’élevait à 118 % du PIB à fin 2025. En intégrant les engagements des entités publiques (environ 9 % du PIB) et les arriérés (environ 4 % du PIB), ce ratio serait plus proche de 131 %, en supposant que ces composantes restent globalement stables en pourcentage du PIB. Rares sont les marchés émergents à avoir réduit leurs ratios d’endettement à de tels niveaux sans croissance significative, sans compromis, voire sans défaut de paiement, font remarquer les analystes de l’agence de notation financière.
Depuis fin 2024 et la suspension de l’ancien programme du FMI, la réduction de l’accès du Sénégal aux financements extérieurs à long terme a accru sa dépendance aux marchés intérieurs régionaux de l’UEMOA pour satisfaire ses besoins de financement brut, soit environ 26 % du PIB en 2026.
En l’absence d’un accord avec le FMI, l’accès du Sénégal à des financements à long terme et à faible coût demeure limité, faisant du marché régional de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) la principale source de financement, malgré les efforts des autorités pour diversifier leurs sources de financement. Selon l’agence de notation, cette dépendance accrue au financement intérieur perpétuera les besoins élevés de refinancement du Sénégal et la hausse du coût de la dette, à des taux qui reflètent également la récente détérioration des marchés financiers mondiaux.
La seule éclaircie dans ce sombre tableau est la baisse de la maturité moyenne pondérée des émissions domestiques ; elle est passée de 1,8 an en 2024 à 2,3 ans en 2025, malgré une augmentation significative des volumes d’émission. Par ailleurs, les émissions d’obligations de détail sur le marché domestique ont également offert des options de financement à plus long terme. Cependant, ces échéances restent globalement considérablement plus courtes que celles de la dette commerciale extérieure, y compris les euro-obligations, ou des lignes de crédit concessionnelles. Ce qui se traduira par des besoins de refinancement toujours élevés et récurrents.
Le budget 2026 sous tension
La récente hausse du coût des produits pétroliers raffinés importés pèsera particulièrement sur l’exécution budgétaire. Si les chiffres préliminaires pour 2025 indiquent que les autorités ont ramené le déficit public à 7,8 % en 2025, contre 12,6 % en 2024, cette amélioration est principalement due à une croissance du PIB d’environ 8 % (alimentée par le lancement de l’exploitation des hydrocarbures), à une réévaluation des dépenses d’investissement liées aux prêts de projets entraînant une réduction significative en 2025. Ce qui, selon Standard & Poor’s entraîné une reclassification méthodologique des arriérés. Le budget sénégalais pour 2026 vise un déficit de 5,4 %, ce qui représenterait l’une des trajectoires de consolidation budgétaire les plus rapides de ces dernières années. Cependant, des risques d’exécution sont bien plus élevés pour ce budget qu’en 2025. En conséquence, les analystes de S&P Global Ratings s’attendent à un ralentissement de la croissance du PIB réel à 4,4 %, car l’efficacité des nouvelles mesures fiscales (par exemple, les nouvellew taxes sur les jeux et l’alcool) reste à évaluer. Par ailleurs, l’estimation des arriérés en cours pour le secteur privé pourrait accroître les besoins de financement, et la détérioration de la conjoncture macroéconomique pourrait peser davantage sur la consommation, réduisant ainsi les recettes fiscales. Cela dit, selon les autorités, les recettes perçues en janvier et février 2026 ont jusqu’à présent dépassé les prévisions. En définitive, la capacité des autorités à mener à bien ce processus de consolidation déterminera si le ratio dette nette/PIB peut être durablement ramené à la baisse.
La dépendance du Sénégal aux importations de produits pétroliers raffinés devrait diminuer progressivement, la raffinerie publique poursuivant son projet de construction d’une nouvelle raffinerie. Toutefois, le financement reste à sécuriser et le calendrier de construction, prévu pour 2026, comporte des risques d’exécution. Sur le plan budgétaire, l’impact net est cependant plus difficile à estimer : les subventions énergétiques représentaient environ 2 % du PIB en 2025, contre 2024. Cela dit, le Sénégal devrait bénéficier de recettes fiscales issues de la hausse actuelle du cours des hydrocarbures, estimées dans le budget 2026 à 0,3 % du PIB sur la base d’un prix du pétrole de 65 dollars le baril, ce qui impliquerait des recettes supérieures aux prévisions.











