Les informations sur les dessous du désistement du président du Sénat de ne pas occuper le poste par intérim, après la démission du chef de l’Etat sortant candidat aux élections, circulaient sous le manteau depuis mi- septembre. Ce fut finalement sur la chaîne française France 24, le 9 octobre dernier dans la soirée, que le président du Sénat Herimanana Razafimahefa a lâché le morceau. Il a reçu des menaces. Une déclaration démentie par le gouvernement collégial de Ntsay Christian le lendemain.
En ce début officiel de la campagne électorale des présidentielles, le landerneau politique de Madagascar est en pleine effervescence. Sur le micro de Gaëlle Borgia, correspondant de la télévision France 24, dans la soirée du 9 octobre, le président de la Chambre haute Herimanana Razafimahefa censé assurer l’intérimaire du président de la République a confirmé avoir «reçu des menaces de plusieurs personnes venant du gouvernement qui est devenu collégial et qui prend le rôle du chef de l’Etat par intérim.»
Le 9 septembre 2023, dans une décision délibérée en pleine nuit, la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) a accordé dans son article 3 «les fonctions de Chef d’Etat par intérim sont exercées par le gouvernement collégial», et dans l’article 4 : «Le Premier ministre, Chef du gouvernement est le chef du gouvernement collégial.». Cette décision est fortement critiquée par une partie de la classe politique dont entre autres, Monja Roindefo (président du Monima et ancien Premier ministre de Transition sous Andry Rajoelina), Serge Zafimahova (observateur de la vie politique et ancien Directeur de Cabinet sous Pr. Zafy Albert) et le Collectif des 11 candidats (contre la candidature d’Andry Rajoelina). Mi-septembre, une plateforme d’une trentaine d’organisations de la société civile a aussi condamné cette remise du pouvoir du HCC au gouvernement collégial comme «illégale et bafoue le choix du peuple.»
A la veille de cette déclaration sur France 24, le 8 octobre 2023, soit un mois jour pour jour après sa renonciation de l’exercice du pouvoir du président p.i., en marge d’une finale de Rugby à XV, Herimanana Razafimahefa a dénoncé l’utilisation des forces face à des manifestations (ndlr : celles du Collectif des candidats) et privilégié un apaisement politique. Et lui de déclarer s’être préparé personnellement et politiquement depuis des années pour assumer ce rôle qui lui est dévolu par la Constitution : «je ne suis pas le genre à me défiler.» Le président du Sénat a regretté qu’il y ait eu des blessés, du côté des militaires et celui des manifestants dont des candidats, comme l’ancien président Marc Ravalomanana (samedi 07 octobre) et Andry Raobelina, président de l’ARB. Blessé sur l’œil droit par des éclats de grenades, lors des échauffourées du premier jour de descente dans la rue du Collectif des 11 candidats, ce dernier est parti le 9 octobre à l’extérieur pour des soins et a demandé auprès de la HCC un report de l’élection présidentielle.
La guerre des déclarations !
Herimanana Razafimahefa a avoué que sa famille avait été menacée, ce qui l’a décidé d’envoyer en France en septembre sa fille de 15 ans. Il a même cité deux noms des personnalités qui gravitent autour du régime l’obligeant à renoncer et comme récompense un poste d’ambassadeur.
Dans une idée de recoupement, la correspondante de France 24 a demandé une interview au gouvernement et aux deux personnalités, mais sans réponse. Du moins avant la diffusion de la déclaration du président du Sénat
Quelques heures après la révélation de Herimanana Razafimahefa, dans la soirée du 9 octobre, le syndicat des artistes sous l’égide du député Rahasimanana Paul dit «Rossy» élu sous la bannière de l’IRD (pro-Rajoelina) en 2019 et bien connu dans le milieu des bas quartiers de la capitale s’insurge. «Nous (membres du syndicat) sollicitons auprès des forces de l’ordre une protection particulière auprès du président du Sénat Herimanana Razafimahefa.»
Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, compte de la Primature en mi-journée du 10 octobre, le gouvernement collégial de Ntsay Christian condamne de toutes ses forces et dément «les mensonges de Herimanana Razafimahefa.» Ladite publication – non signée – précise que c’est le président du Sénat en personne qui avait annoncé avoir reconnu renoncer les fonctions du président de la République par intérim.
En fin de journée du 10 octobre, c’est Herimanana Razafimahefa en personne qui s’est rendu au siège de la HCC, avec une lettre annonçant son entière disponibilité de prendre les fonctions de président par intérim du pays. Il annonce dans la foulée avoir déjà eu des contacts avec différentes entités dans l’esprit d’amener un apaisement pour un processus électoral reconnu par tous à Madagascar.
La balle est désormais dans le camp de la HCC présidée par Florent Rakotoarisoa !











