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Mauritanie : Arrestation de l’ancien président Aziz, la justice à l’épreuve de la politique

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En Mauritanie, le feuilleton judiciaire dit « dossier de la décennie 2009-2019 » entre dans une nouvelle phase avec l’arrestation, le 23 juin dernier, de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Poursuivi pour la dissipation de centaines de milliards d’ouguiyas révélée par les investigations de la Commission d’enquête parlementaire (CEP), en 2020, celui qui a dirigé la Mauritanie d’une main de fer après avoir commis deux coups d’Etat, en l’espace de deux ans (2005 et 2008), et s’est fait élire en 2009 et 2014, continue à revendiquer une immunité irrévocable, au nom de l’article 93 de la constitution mauritanienne.

Aziz arrêté le jour même où le président Ghazouani a été élu à la magistrature suprême avec 53%, le 23 juin 2019 ! Certains y voient un symbole de rupture entre deux hommes dont le compagnonnage de près de quarante ans n’a pas résisté aux envies que suscite tout pouvoir d’essence militaire. Fin de parcours pour l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz mais la partie continue, selon plusieurs observateurs de la scène politique mauritanienne. L’arrestation de l’ancien président ne serait alors qu’un intermède dans un feuilleton qui n’a pas fini de défrayer la chronique.

Aziz aura tout fait pour précipiter le cours des évènements. Placé d’abord sous contrôle judiciaire, en compagnie d’une bonne flopée d’anciens ministres dont deux premiers ministres de la décennie 2009-2019, puis en résidence surveillée, l’ancien général putschiste a voulu faire bouger la rue à son avantage, quand il avait décidé de faire à pied le trajet de sa superbe villa aux locaux de la police de répression des crimes économiques où il devait signer trois fois par semaine.

L’arrestation d’Aziz se traduit en « gain » politique pour Ghazouani. Elle met fin à une valse-hésitation de plusieurs mois que d’aucuns ont mis sur le compte de l’existence de plusieurs barons de l’ancien (pouvoir) dans le nouveau. Des hommes d’affaires, des chefs de partis et de tribus influentes, quelques ministres promus par Aziz mais surtout le maintien en l’état d’un parlement dont 102 députés sur 157 étaient partisans du troisième mandat ! Mais cette arrestation pourrait aussi avoir un effet boomerang si, comme il se dit, un « arrangement » évitant à Aziz un procès en bonne et due forme est trouvé. Ce compromis – ou compromission – consisterait en la restitution de tous les biens mal acquis découverts (ou à découvrir). Mais connaissant la nature casse-cou de l’ancien président, on pourrait douter de l’aboutissement d’un tel scénario.

Il s’agit donc de prévisions politiques, d’actes posés en avenir incertain, qui contrarient les velléités de retour d’un Ould Abdel Aziz qui avait misé sur l’élection de Ghazouani pour conserver une partie de ses pouvoirs. La bataille perdue de l’UPR (Union pour la République) et la tentative de rebondir en investissant dans une formation politique de second ou troisième rang, le Ribat de Saad Louleid, ont montré que le rapport de force était nettement à l’avantage d’un Ghazouani bien imprégné des réalités sociopolitiques mauritaniennes. Celles-ci commandent de comprendre que le parti au pouvoir est celui de l’homme qui parvient à s’emparer de la présidence. Par putsch ou par élections, peu importe ! Une réalité bien établie qui fait que, depuis le coup d’Etat fondateur contre Taya, la démocratie mauritanienne se cherche toujours. Ironie du sort, Aziz qui l’a souvent malmenée, déclare être poursuivi pour avoir refusé que son « œuvre », la « démocratie » qu’il a édifiée en consentant librement à quitter le pouvoir, à l’issue de deux mandats bien remplis, est en péril.

Un mauvais procès, rétorquent le pouvoir et ses soutiens accusant l’ancien président, empêtré jusqu’au cou dans ce que la presse nationale qualifie de « scandale de la décennie » (2009-2019), de chercher à brouiller les cartes en cherchant à donner une teinture politique à une affaire de détournement de biens publics portant sur des centaines de milliards d’ouguiyas.

Le comment de la restitution de ces biens est, réellement, la préoccupation de tous les Mauritaniens. Même si certains continuent à souhaiter – aussi – la tenue d’un procès qui marquera l’histoire de la Mauritanie comme la fin de l’impunité.

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