Le Conseil des ministres du 3 mars 2026 marque un tournant radical dans la gestion des ressources naturelles du Niger. En rompant les contrats de trois affineurs d’or et en évinçant le géant britannique Savannah Energy, le gouvernement de transition durcit le ton : désormais, les richesses du sous-sol se conjuguent exclusivement avec le respect strict de la souveraineté nationale
Le couperet est tombé pour la Compagnie des mines du Niger (Comini Sarl), Afrior SA et Ecomine SA. Ces trois acteurs, installés au Niger entre 2017 et 2020 pour raffiner l’or nigérien, ont vu leurs conventions d’établissement purement et simplement résiliées. Le grief des autorités est sans appel : un mépris flagrant des engagements contractuels. Malgré plusieurs mises en demeure envoyées en 2025, ces sociétés n’ont pas su régulariser leur situation. Entre opacité financière, non-paiement des taxes, non-respect des normes environnementales et manquement à l’obligation de recrutement local, la coupe était pleine, à en croire les autorités. Si Ecomine SA a tenté une timide justification, le silence radio des deux autres a scellé leur sort, conformément aux dispositions rigoureuses du Code minier.
Savannah Energy perd la main sur le bassin d’Agadem
Le séisme ne s’arrête pas aux mines. Dans le secteur des hydrocarbures, c’est le groupe britannique Savannah Energy qui subit un revers majeur. Le ministre du Pétrole a officiellement rejeté la demande de prolongation des permis de recherche pour les blocs R1, R2, R3 et R4. Cette décision ampute la filiale locale d’un territoire immense de 13 655 km², soit près de 50 % de la zone stratégique d’Agadem (région de Diffa). La raison invoquée ? Un échec dans la réalisation du «Programme de Travail Minimum.» Peu importe les récentes annonces de découvertes d’hydrocarbures par la firme, pour Niamey, la performance réglementaire prime désormais sur les promesses d’exploitation.
La «doctrine Tchiani» : reprendre les clés de la maison
Ces décisions ne sont pas isolées. Elles constituent les pièces d’un puzzle géopolitique global. Depuis l’arrivée au pouvoir du général Abdourahamane Tchiani en juillet 2023, le Niger a entamé une mue profonde avec pour objectif de mettre fin à l’ère des concessions jugées léonines pour reprendre le contrôle effectif des ressources. C’est ainsi qu’en juin 2025, l’on a assisté à la nationalisation de la Somaïr (ex-filiale d’Orano), un message fort envoyé à la France. Deux mois après, en août 2025, c’était la reprise en main de la mine d’or de Samira. Et le dernier fait en date, en ce début mars, c’est l’éviction de Savannah Energy et des affineurs d’or.
Membre de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Niger ne se contente plus d’être un exportateur passif. Malgré les défis sécuritaires pesant sur l’oléoduc Niger-Bénin, Niamey affiche sa volonté d’imposer un nouveau rapport de force. Comme quoi les opérateurs étrangers sont prévenus que la conformité n’est plus une option, mais la condition sine qua non de leur présence sur le sol nigérien.





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