Le rapport annuel Perspectives économiques de la Banque africaine de développement (BAD) vient de sortir avec le thème, pour 2023, de «Mobiliser les financements du secteur privé en faveur du climat et de la croissance verte en Afrique.» C’est un rituel annuel qui permet à la BAD de faire le bilan de l’Afrique en mettant en rapport les ressources, importantes, d’un continent vu comme l’un des pôles d’attraction de l’investissement mondial d’avenir, et des perspectives de développement économique pleines de paradoxes.
L e Rapport montre, dans une note liminaire présentée sous forme d’avant-propos signé de la main du Président, Dr. Akinwumi A. Adesina, du Groupe de la Banque africaine de développement, que les économies africaines «ont consolidé leur redressement après l’impact débilitant de la Cobid-19 tout en naviguant dans un environnement mondial incertain caractérisé par le resserrement des conditions financières mondiales, les retombées de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, une croissance mondiale mitigée et les menaces climatiques persistantes.»
On retrouve ainsi, dans l’avant-propos de ce précieux document rendant compte de «l’état» de l’Afrique sur une année, les principaux ingrédients d’une crise économique persistante faisant dire aux analystes de la BAD que «ces chocs multiples et vigoureux ont pesé sur la dynamique de croissance de l’Afrique, avec une augmentation du produit intérieur brut (PIB) réel estimée à 3,8 % en 2022, en baisse par rapport aux 4,8 % de 2021, mais supérieure à la moyenne mondiale de 3,4 % et positive dans tous les pays africains, sauf deux.»
Une note d’optimisme que soulignent les auteurs des Perspectives en indiquant que, «Malgré des vents contraires importants, l’Afrique a fait preuve d’une résilience remarquable face aux tempêtes de l’incertitude.» Le Rapport cite, à ce sujet, «la consolidation prévue de la croissance économique à moyen terme» qui laisse présager des «perspectives (…) positives et stables, avec un rebond prévu à 4 % en 2023 et une consolidation supplémentaire à 4,3 % en 2024.» Les projections montrent que 18 pays africains connaîtront des taux de croissance supérieurs à 5 % en 2023, et leur nombre devrait passer à 22 en 2024.
«Cette résistance continue sera étayée par les améliorations attendues des conditions économiques mondiales, alimentées par la réouverture de la Chine et un ajustement à la baisse des taux d’intérêt à mesure que les effets du resserrement de la politique monétaire sur l’inflation commenceront à porter leurs fruits», indique le Rapport. Et celui-ci de souligner que la reprise prévue de la croissance «reflétera la réactivité des pays aux évolutions mondiales, en fonction des caractéristiques économiques sous-jacentes.»
Le développement de l’Afrique ne peut se faire sans la mobilisation de ressources financières importantes, tâche à laquelle la BAD apporte son précieux soutien.
Ainsi, face aux défis socioéconomiques du Continent, «la Banque a démontré son inébranlable engagement à construire une Afrique résiliente et prospère. Grâce à sa Facilité africaine de production alimentaire d’urgence d’un montant de 1,5 milliard de dollars, elle a apporté un soutien indispensable à la production alimentaire locale et au renforcement de la sécurité alimentaire sur tout le continent», souligne le Président de la BAD.
Malgré cela, l’Afrique est confrontée à plusieurs risques de détérioration de ses perspectives de croissance qui incitent à un optimisme prudent. Le resserrement des conditions financières mondiales et l’appréciation du dollar américain ont exacerbé les coûts du service de la dette et pourraient accroître le risque de surendettement, en particulier pour les pays dont la situation budgétaire est très limitée. La prolongation de l’invasion de l’Ukraine par la Russie reste un risque mondial majeur qui accroît l’incertitude et pourrait aggraver l’insécurité alimentaire et le coût de la vie de manière générale.
Le continent des paradoxes
Ainsi, l’Afrique est le continent des paradoxes. C’est la partie du monde où se concentre l’essentiel des richesses de la planète : terres productives et richesses naturelles précieuses, renouvelables (eau, forêts et poissons, notamment) ou non (charbon, gaz, pétrole et autres minéraux). Le continent aussi qui compte le plus grand nombre de pauvres (490 millions, en 2021, contre 478 millions, en 2019), selon la Banque mondiale, première à tirer la sonnette d’alarme : «toujours plus de personnes pauvres en Afrique malgré les progrès réalisés en matière d’éducation et de santé» au cours de ces vingt dernières années.
Les rapports vantent la croissance et «enterrant», un peu trop vite, l’afro-pessimisme des années 80-90. Ils doivent être traités avec précaution.
«Les perspectives de l’économie en Afrique en 2023», vues par la BAD, dans son rapport sont à prendre avec beaucoup de précaution : 4 % en 2023 et une consolidation supplémentaire à 4,3 % en 2024, ce qui est légèrement supérieur aux projections établies au mois de janvier 2022. Néanmoins, une fois exclues les trois plus grandes économies du Continent (Nigeria, Afrique du Sud et Angola), la prévision a été revue à la baisse de 0,4 point de pourcentage pour 2023.
En termes de développement humain, l’Afrique fait des progrès, après avoir longtemps fait du surplace ! Une classe moyenne estimée à 350 millions de personnes (sur un total de 1,2 milliard d’habitants), ou encore des investissements directs étrangers qui ont atteint, en 2021, un niveau record de 83 milliards de dollars, selon le dernier Rapport 2022 sur l’investissement dans le monde de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Mais les chiffres restent les chiffres. Il est utile de les replacer dans leur contexte.
Par rapport à la décennie 1980-1990, l’investissement public en Afrique (selon la Cnuced), est en chute libre. Il est passé de 11,5 % du PIB (niveau record) à son niveau le plus bas en 2012, (5 % -7 %), en moyenne sur la dernière décennie). Or les experts estiment que l’investissement public devrait se situer entre 8 % et 11 % du PIB pour contribuer réellement et durablement à la croissance.
Les faiblesses de l’économie africaine sont structurelles. Elles n’ont pas fini d’entretenir ce que d’aucuns appellent, avec raison, «la malédiction des ressources» (on doit l’expression à Richard Auty et son ouvrage Resource-Based indutrialization : Sowing the Oil in Eight Developing Countries, 1990). Une situation dans laquelle un pays dispose d’un secteur des ressources naturelles tourné vers l’exportation, qui génère de substantielles recettes publiques mais qui, paradoxalement, engendre stagnation économique et instabilité politique.
Le Mal de l’Afrique se trouve être, en effet, dans l’incapacité de certains pays d’éviter la «corruption» (au sens de «perversion») qui établit une relation inverse entre développement et abondance des ressources naturelles. Le «modèle» européen n’est pas forcément l’option économique à suivre, dans un contexte géostratégique africain particulier. Avec l’indicateur de fécondité le plus élevé du monde (4,7 enfants par femme), le continent, compterait, d’ici, 2050, près de 2 milliards d’habitants ! Les voix qui s’élèvent aujourd’hui, en France et aux USA, pour pousser les Africains, à «s’abstenir» sont-elles, pour autant justifiées ? Ce n’est pas là le seul défi à relever.
L’important, pour l’heure, est de procéder à une «mise à niveau» progressive pour gérer, sans heurts, le partage de la rente, qu’elle provienne de revenus pétroliers ou autres. La chute des prix des matières premières est souvent facteur de risques. Les attentes déçues ne trouvent de justifications que dans la mauvaise gestion, la corruption et l’ingérence étrangère dans ce que Frédéric Munier appelle la «bataille géopolitique». Et elle est déjà engagée en Afrique, avec la crise ukrainienne notamment et le vent de «guerre froide» qu’elle charrie avec elle.












Un commentaire
alors…lutte pour le climat ou lutte contre la pauvreté. A vous de voir