Une table ronde – autour de l’«Instruments de financement innovants au service de la transformation durable de l’Afrique» – a permis aux participants de lancer un appel clair à l’action.
Des décideurs politiques, des investisseurs et des responsables du financement du développement ont abordé, jeudi 29 novembre à Rabat, un des défis les plus pressants en Afrique : débloquer les capitaux nécessaires pour répondre à la demande croissante en matière d’infrastructures et de solutions climatiques.
Sortir des sentiers battus
Organisée à l’occasion des Market Days 2025 de l’Africa Investment Forum, cette table ronde de haut niveau, intitulée «Instruments de financement innovants au service de la transformation durable de l’Afrique,» a permis aux participants de lancer un appel clair à l’action pour l’adoption de nouvelles approches au-delà des modèles de financement conventionnels et l’entrée dans une nouvelle ère d’investissement.
La session, modérée par Zineb Sqalli, associée et directrice générale au Boston Consulting Group, s’est ouverte sur un constat alarmant : l’Afrique comptera, d’ici à 2050, 1 milliard d’habitants additionnel, dont plus de la moitié dans des centres urbains. Pourtant, le continent n’investit que 75 milliards de dollars US par an dans ses infrastructures, alors que 150 milliards sont nécessaires.
Le déficit de financement climatique est encore plus important, l’Afrique ne recevant que 30 milliards de dollars sur les 300 milliards nécessaires chaque année. «Ce déficit est colossal, mais c’est aussi une grande opportunité,» a soutenu Zineb Sqalli du Boston Consulting Group, soulignant le développement des financements mixtes, des obligations vertes islamiques, des véhicules d’investissement de la diaspora africaine et des nouvelles plateformes d’infrastructure.
Revoir le mode de financement des systèmes alimentaires en Afrique et dans le monde arabe
Pour Obaid Saif Hamad Al-Zaabi, président de l’Autorité arabe pour l’investissement et le développement agricoles, il faut aller vers une transformation profonde du mode de financement des systèmes alimentaires. Face à la hausse des pressions climatiques et de l’insécurité alimentaire en Afrique et dans le monde arabe, il a suggéré de traiter la chaîne de valeur de la sécurité alimentaire comme une classe d’actifs stratégiques. «Le changement climatique n’est plus seulement une question environnementale, c’est un risque financier qui pèse sur nos bilans,» a-t-il averti. Obaid Saif Hamad Al-Zaabi a plaidé en faveur de garanties élargies, d’instruments de financement durables et de véhicules spécialisés pour les petits exploitants agricoles, qu’il a qualifiés de «moteurs» du système alimentaire de l’Afrique. Il a ajouté que la numérisation était essentielle pour réduire l’asymétrie de l’information et renforcer la confiance des investisseurs.
Trouver des solutions à la pénurie des projets bancables en Afrique
Sur la préparation à l’investissement au sens large, Amadou Hott, président du Conseil consultatif Afrique de Vision Invest et ancien ministre sénégalais de l’Économie, a souligné que le goulet d’étranglement le plus important du continent restait la pénurie de projets bancables. «Si nous voulons transformer le continent, nous devons multiplier par 100, voire 150, ce que nous faisons aujourd’hui,» a-t-il affirmé. Et Amadou Hott de rappeler la nécessité de renforcer considérablement les capacités de préparation des projets. Il a indiqué en même temps que le risque de change constituait un frein majeur. Il a également exhorté les gouvernements africains à mobiliser davantage de capitaux nationaux (provenant de fonds souverains, d’actifs de pension et de réserves), dont une grande partie est actuellement investie à l’étranger.
Faire de la finance inclusive l’alpha et l’oméga du développement
Selon Nasser Al-Kahtani, Directeur exécutif du Programme du Golfe arabe pour le développement, l’Afrique ne peut atteindre ses objectifs de développement sans renforcer la finance inclusive. « Quelque 70% des aliments que nous consommons proviennent de petits exploitants agricoles. Ils sauvent le monde, mais ne peuvent pas se nourrir eux-mêmes,» a déclaré M. Al-Kahtani tout en insistant sur la nécessité de structures de financement mixtes permettant aux pays de passer «des dons à l’investissement,» tout en renforçant les capitaux propres des micro-entrepreneurs.
La mobilisation de capitaux privés selon Algest Investment Bank pour atténuer le déficit annuel
Jacques Cangah, Directeur et responsable des finances à Algest Investment Bank, a présenté le point de vue du secteur privé sur le financement du déficit d’infrastructures en Afrique. M. Cangah a expliqué comment des instruments financiers ciblés pourraient jouer un rôle clé dans la mobilisation de capitaux privés et dans la résorption du déficit annuel de financement du continent, estimé entre 130 et 170 milliards de dollars. Il a cité les véhicules ad hoc pour l’infrastructure qui réduisent les risques souverains et politiques, les structures de financement mixte qui réduisent les coûts des projets et le financement adossé à la diaspora qui puise dans les 95 milliards de dollars que les Africains à l’étranger envoient chaque année dans leurs pays d’origine. Selon M. Cangah, ces outils renforcent la transparence, la gouvernance et la confiance des investisseurs internationaux.
Titrisation, finance durable …pour construire l’Afrique
Ouns Lemseffer, associée chez Ashurst, a signalé les progrès réalisés sur le continent, plusieurs pays ayant adopté des lois avancées en matière de titrisation et de finance durable permettant d’émettre des obligations de projet, des Sukuk, des fonds de dette et des financements innovants pour des initiatives d’électrification telles que le Programme Électricité pour tous en Côte d’Ivoire. Elle a toutefois averti du fait que les progrès restaient inégaux. «Un cadre juridique sophistiqué dans un seul domaine ne suffit pas, a déclaré Mme Lemseffer. Les décideurs politiques doivent adopter une approche globale, allant des règles applicables aux investisseurs à la protection contre les faillites, afin d’ouvrir pleinement les marchés de capitaux aux investissements à long terme dans les infrastructures.
À la clôture de la session, le message du panel de haut niveau était sans appel : les financements innovants sont indispensables à l’avenir de l’Afrique. Les panélistes se sont accordés sur une vision commune, selon laquelle les nouveaux instruments financiers sont essentiels pour mobiliser les capitaux nécessaires à la réalisation des immenses ambitions démographiques, climatiques et économiques de l’Afrique, convertissant les opportunités en projets transformateurs sur lesquels investir dans toute l’Afrique.




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