Ouvert le 31 mai 2023, le dialogue national entre la majorité présidentielle consolidée, des partis de l’opposition, de la société civile, des acteurs économiques, sociaux, culturels, des chefs religieux et coutumiers, des jeunes et des femmes, a pris officiellement fin ce samedi 24 juin avec la remise des conclusions au chef de l’État, Macky Sall dans la salle des Banquets du palais de la République.
Lors de son discours de clôture, le président Sall a salué «un dialogue de qualité avec des propositions pertinentes et réalistes que j’ai acceptées globalement», avant d’ajouter : «je dis bien globalement ces conclusions mèneront vers des élections apaisées.» En attendant de lui donner le bon Dieu sans confession, il faut noter qu’au sujet de la commission politique qui a cristallisé toutes les attentions du fait du contexte préélectoral avec la présidentielle de février 2024, le président Sall s’est félicité des consensus trouvés par les acteurs. Il s’agit, entre autres, de la baisse du nombre de signatures nécessaires pour le parrainage de la candidature à la présidentielle, passant de 1% des inscrits sur le fichier électoral à désormais un nombre compris entre 0,6% et 0,8%, ainsi que la modification de l’article L 28-3 du code électoral. Cette modification ouvre à l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall et Karim Wade, fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, tous deux recalés à la présidentielle de 2019 à cause de leur condamnation par la justice, la possibilité de participer à la prochaine présidentielle. Il y a également la caution qui ne doit pas excéder 30 millions de FCFA ; l’opportunité ou non de l’utilisation du bulletin unique après l’élection présidentielle du 25 février 2024 ; la révision de l’article 87 de la Constitution ; le Statut de l’Opposition ; l’accès aux médias d’État.
Si globalement 12 points d’accords ont été trouvés, les points de désaccords portent sur la question de l’organe de tutelle en charge des élections; le cumul de la fonction de Chef de l’État et de chef de parti ; l’arrêt des poursuites, et surtout la libération des détenus et de la déchéance électorale comme peine complémentaire.
Toute chose qui pourrait difficilement calmer la tempête sociopolitique dans le pays de la Teranga quand on sait qu’en ligne de mire, l’avenir politique du principal opposant, Ousmane Sonko se voit davantage scellé sur les termes de certains points de désaccords. C’est dire que qu’en l’état, les conclusions du dialogue national éliminent, de facto, de la course présidentielle, Ousmane Sonko dont la condamnation par la justice dans l’affaire de viol qui l’opposait à Adji Sarr sur fond de fort soupçon de briguer un troisième mandat du président Macky Sall avait été à l’origine d’émeutes meurtrières à Dakar et dans d’autres villes du pays.
Le président Sall a promis de donner sa position sur le 3e mandat après la fête de Tabaski.
Et le fait de ne pas trancher la question de ce troisième mandat, l’on peut dire que même s’il y a des avancées sur les préoccupations politiques, nombre de Sénégalais restent sur leur faim quant à l’interrogation majeure du moment : ira, ira pas ? «Les pôles (majorité, opposition et non-alignés) ainsi que la société civile, après avoir rappelé leurs positions sur la question, en appellent au respect de la Constitution, des lois et règlements», lit-on dans les conclusions de la commission politique.
Le président Sall a pour autant promis de donner, dans les prochains jours, sa position sur la question de la troisième candidature agitée par ses soutiens. «Je vais répondre parce que le moment est venu pour le faire mais ce n’est pas aujourd’hui. Je ferai un discours à la nation, j’apporterai ma réponse qui ne peut pas dépendre du contexte dans lequel nous évoluons», a-t-il expliqué donnant rendez-vous pour ce faire après la fête de la Tabaski qui sera célébrée le 29 juin au Sénégal. C’est dire donc que Macky Sall continue d’entretenir le mystère sur sa prochaine candidature ou pas à l’élection présidentielle. Et l’on imagine que cette position plus qu’ambiguë renforce l’anxiété des Sénégalais. En tout cas, il n’en fallait pas plus pour convaincre les contempteurs de Macky Sall pour dire que ce dernier a déjà échafaudé son scenario pour s’engager sur le boulevard du troisième mandat. A en croire des observateurs de la scène politique sénégalaise, le dialogue politique national devra permettre à Macky Sall de se tailler les opposants à sa mesure notamment Khalifa Sall et Karim Wade qu’il pourrait battre à plate couture dans la mesure où ces derniers ont été tenus loin du jeu politique et sont éclaboussés par des accusations de corruption. Par ailleurs, en promettant «des élections apaisées», Macky Sall pourrait aussi agréablement surprendre les Sénégalais en se déclarant non partant pour le 25 février 2024 se rangeant ainsi du bon côté de l’histoire dans la même lignée que les pères fondateurs du Sénégal. Une chose semble certaine, toute attitude contraire ferait basculer le Sénégal dans une grande incertitude.
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