Dans ce vestiaire de salle de gym à Johannesburg, Donald Trump est le scandale et la blague du jour. « Toi aussi tu parles afrikaans? Tu veux émigrer? », plaisante une jeune femme noire, s’adressant à une copine. Sa voisine au teint rose, sèche-cheveux en mains, lève les yeux au ciel : « Quelle honte ! »
La semaine dernière, le nouveau président américain a annoncé le gel de toute aide en faveur de l’Afrique du Sud, considérant qu’une de ses lois récentes est discriminatoire à l’égard de sa minorité blanche.
Trump protecteur des opprimés de la « minorité ethnique akrikaner »

Le même décret va jusqu’à proposer d’accueillir des opprimés de la « minorité ethnique akrikaner », descendants des premiers colons européens, qui représentent une bonne part des quelque 7% de Sud-africains blancs.
Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux s’enflamment, beaucoup de Sud-africains de toutes les couleurs de peau s’indignant que l’on puisse assigner aux Blancs un statut de victime dans un pays aussi inégalitaire, encore fortement marqué par les injustices de l’apartheid.
En ville, le sujet est omniprésent. Moins les sanctions, qui semblent encore abstraites pour beaucoup, que la perception biaisée du président américain, selon laquelle les Blancs sont persécutés dans le pays alors qu’ils sont aux manettes d’une bonne partie de l’économie et propriétaires de 72% des terres agricoles selon des chiffres officiels de 2017.
Fanfaronnades
« Je trouve ça drôle, je vis ici et je ne suis absolument pas témoin de ce type de persécution », confie à l’AFP Lwandle Yende, 34 ans, qualifiant les affirmations de M. Trump de fanfaronnades.
« C’est ridicule, drôle et bizarre à la fois », affirme cet ingénieur en télécoms, look branché et dreadlocks soignés.
« C’est une forme de délire. Quand on a trop de pouvoir, on pense qu’on peut contrôler tout le monde », siffle Lulusuku Mahlangu, 19 ans, qui déjeune avec deux copains étudiants.
L’apartheid a progressivement pris fin au début des années 1990 après la libération de son ennemi numéro 1, Nelson Mandela, élu en 1994 premier président noir de la toute nouvelle démocratie.
Mais les inégalités créées par des décennies de ségrégation raciale restent palpables et visibles en termes de géographie spatiale comme d’inégalités sociales.
« On a été pluôt conciliants si l’on regarde notre passé, affirme encore Lwandle Yende. En tout cas, « l’apartheid 2.0, ça n’existe pas en Afrique du Sud. »
Elon Musk, le mouchard qui murmure dans l’oreille de Trump
Les caricaturistes sud-africains s’en donnent à cœur joie, concentrant leurs piques contre le milliardaire Elon Musk, originaire de Pretoria, soupçonné de souffler dans l’oreille du président américain des horreurs sur son pays d’origine.
« Trump ne sait rien » sur l’Afrique du Sud. « C’est Elon Musk qui le pousse dans ses retranchements », estime Lulusuku Mahlangu.
Le plus connu de ces dessinateurs de presse, Zapiro, n’y va pas par quatre chemins et croque le duo Trump-Musk en uniformes nazis.
Suggérer que les Blancs, ici, subissent de la discrimination « a des connotations racistes. C’est mal informé et limite ridicule », dit Reabetswe Mosue, étudiant de 22 ans, affirmant que si Nelson Mandela « nous a offert la liberté », la richessse est restée aux mains de la minorité blanche.
Même les Blancs trouvent la proposition d’asile de trump ubuesque
Le gouvernement sud-africain a tenté de rassurer le week-end dernier, réfutant un décret américain qui « manque d’exactitude factuelle » et ignore la marque « douloureuse » de l’apartheid et de la colonisation sur le pays.
Il a jugé particulièrement « ironique » que Washington offre refuge aux « plus privilégiés » de ses concitoyens.
Mais « qui veut quitter ce beau pays? », interroge M. Yande, affirmant que tous ses amis blancs trouvent la proposition d’asile américaine ubuesque.
Si certains veulent partir, qu’ils partent « chercher l’air frais qu’ils recherchent ailleurs », dit mi-amusée, mi-amère l’enseignante Hannah Maja, 28 ans.
Clayton Ndlovu, étudiant en cinéma de 22 ans, n’est pas du tout d’accord. Si l’histoire raciale est douloureuse, elle lie les Sud-africains de manière irrémédiable: « On a besoin des Afrikaners, même si parfois on ne s’entend pas. Ils font partie de nous, on les accepte comme des citoyens à part entière. »
Avec AFP




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