«Nul n’est au-dessus de la loi, et la loi doit être connue, comprise et respectée par tous. Car une justice ignorée devient une injustice autorisée. »
La République Démocratique du Congo vit aujourd’hui une période de tensions institutionnelles marquées par une série de poursuites judiciaires visant d’anciens hauts responsables, notamment des Premiers ministres et même un ancien président devenu sénateur à vie. Si l’obligation de rendre des comptes est un principe fondamental dans toute démocratie, la manière dont elle est appliquée en RDC soulève plus de questions qu’elle n’apporte de certitudes.
L’ambiguïté congolaise
En RDC, la Constitution et les textes de loi offrent un cadre incertain concernant la poursuite judiciaire d’anciens chefs d’État ou ministres. L’article 107 de la Constitution prévoit des immunités pour les parlementaires, et le statut de sénateur à vie conféré à l’ancien président Joseph Kabila semble lui offrir une forme de protection symbolique et juridique.
Mais cette immunité n’est pas explicitement définie dans toutes ses limites. Le flou est exploité tantôt pour bloquer la justice, tantôt pour justifier des poursuites à géométrie variable.
Cela crée un climat de confusion, d’instrumentalisation politique et de méfiance envers les institutions.
Ailleurs, la justice est claire
Aux États-Unis, un ancien président n’a aucun privilège judiciaire. Donald Trump, poursuivi dans plusieurs affaires, a comparu devant des juges comme tout autre citoyen.
En France, Jacques Chirac a été jugé et condamné. L’immunité présidentielle cesse à la fin du mandat, et la Cour de justice de la République peut instruire les affaires gouvernementales.
En Afrique du Sud, Jacob Zuma a été arrêté et incarcéré malgré ses réseaux et son influence. La justice y est indépendante, la loi est claire, et la Constitution est appliquée sans égard pour les fonctions passées.
En RDC, une justice sélective ?
Lorsque certains sont poursuivis rapidement tandis que d’autres jouissent d’une impunité flagrante, le peuple ne voit plus la justice comme un pilier, mais comme une arme.
Quand les procès deviennent spectacles, que les réseaux sociaux jugent avant les tribunaux, et que la Cour constitutionnelle devient juge et partie, la crédibilité du système judiciaire vacille.
Le besoin de réformes urgentes
Pour restaurer la confiance et garantir la justice pour tous, la RDC doit clarifier et renforcer son cadre juridique, notamment :
Définir précisément les immunités et les conditions de leur levée ;
Séparer les fonctions politiques et judiciaires de la Cour constitutionnelle ;
Garantir l’indépendance totale de la justice face aux pressions du pouvoir ;
Créer un mécanisme transparent pour juger les anciens dirigeants (type Haute Cour ou tribunal spécial).
Conclusion : une réforme constitutionnelle, mais pour qui et pour quoi ?
La RDC a besoin d’une justice forte, indépendante et respectée. Mais tant que notre Constitution restera confuse, sujette à interprétation et utilisée comme outil de pouvoir, nous tournerons en rond dans des crises répétées.
Le débat sur la révision constitutionnelle est lui-même pris en otage par les ambitions politiques. À chaque fois que cette question est soulevée, le pays se divise en deux camps :
Les opposants, qui accusent le pouvoir de vouloir bricoler les textes pour un troisième mandat ;
Le gouvernement, qui affirme que la Constitution souffre d’imperfections et qu’une révision est nécessaire pour moderniser les institutions.
Mais dans cette bataille de clans, le peuple est manipulé, l’intérêt national est oublié, et les vraies questions ne sont jamais tranchées. Résultat : la crise devient permanente, les institutions vacillent, la justice est contestée, et la stabilité s’éloigne.
Il est temps d’avoir un débat constitutionnel franc, apaisé, et guidé par l’intérêt général, pas par des calculs électoraux. La réforme doit venir du peuple, par le peuple et pour le peuple.
Sans cela, nous resterons otages d’une Constitution qui n’unit plus, qui ne protège plus, et qui empêche le progrès démocratique.
Willy Lukanga
Entrepreneur et citoyen engagé
Fondateur de Easy Cargo Freight International




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