fbpx

Tunisie : Les législatives de tous les dangers  

Pinterest LinkedIn Tumblr +

Sur fond de crise politico-socio-économique complexe, quelque 9,3 millions de Tunisiens sont appelés à renouer avec les urnes pour élire leurs représentants à l’Assemblée, ce samedi 17 décembre. Ce rendez-vous électoral est une première épreuve grandeur nature de la doctrine du président Kaïs Saïed qui se veut en rupture avec le passé politique du pays.

Les élections législatives du 17 décembre marquent, en effet, plusieurs changements touchant le fond comme la forme, à la faveur d’une constitution «césarienne», adoptée par voie référendaire le 25 juilletdernier avec un taux d’abstention d’environ 70% !

Après avoir fait modifier à coup de décrets-loi le système électoral et le schéma institutionnel issus de la révolution de 2011, le chef de l’Etat tunisien a fait évoluer le régime politique de la Tunisie d’un système semi-parlementaire avec un exécutif à deux têtes, un président de la République élu au suffrage universel mais aux prérogatives limitées et un chef de gouvernement redevable au Parlement, à un régime présidentiel avec un exécutif uni et un Parlement à deux chambres, mais aux prérogatives restreintes.

Aussi, le nouveau cadre juridique donne au président de la République la possibilité de destituer un député, dans certaines conditions.

Un autre changement de taille, le mode du scrutin qui passe d’un système électoral basé sur des listes à majorité simple à un mode uninominal à deux tours à majorité absolue. Et Kaïs Saïed d’instaurer des barrières à l’entrée, entre autres, un casier judiciaire « propre », la présentation d’un programme électoral écrit et l’obtention de 400 parrainages exclusifs pour chaque candidat qui ne peut, en outre, postuler que dans la circonscription de son lieu de résidence.

Ce nouveau système a déjà produit des effets au niveau des candidatures. Seuls 1.058 candidats ont été définitivement retenus, dont 122 femmes, contre plus de 1.500 listes avec une moyenne de dix candidats lors des scrutins de 2014 et 2019, pour une course encore plus serrée : 161 sièges, contre 217 par le passé. L’enjeu majeur du scrutin de ce samedi 17 décembre, demeure le taux de participation. Si le Président a pu rafler près de 3 millions de voix lors de la présidentielle de 2019, face à un candidat poursuivi par la justice pour des présumés crimes financiers, Nabil Karoui, ses supporters ont considérablement diminué en trois ans, lors du vote sur le projet de nouvelle Constitution qui n’a pu mobiliser que 2,46 millions d’électeurs, représentant 27,54% du corps électoral, selon les données officielles de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie). Les principaux partis politiques tunisiens ont lancé un appel au boycott de cette élection.

Sur le plan économique, la situation est allée de mal en pis depuis la révolution de 2011. Le pouvoir d’achat et le niveau de vie des classes moyennes se sont effondrés tandis que l’inflation culminait à 9% en novembre dernier et les déficits commercial et budgétaire atteignent des niveaux insoutenables (+ de 80%) accélérant la dépréciation de la monnaie locale, le dinar face au dollar et à l’euro.

Partager.

Répondre