Najla Bouden Romdhane, Première ministre
«Le pain bon marché, c’est pour le Tunisien le premier article de la Constitution.» La boutade est lancée sur un ton grave par Mehdi Khouaja, administrateur de la société Randa, un groupe tunisien spécialisé dans la fabrication de semoule, pâtes, couscous et farine, rapporte notre confrère Les Echos.
Le référendum sur la nouvelle constitution du lundi 25 juillet a été marqué par une participation de 27,4%, un chiffre bien plus faible que ce qu’espérait le président Kaïs Saïed.
Si la constitution va changer, le prix du pain apparaît, lui, intouchable. Depuis l’ère Ben Ali, un Tunisien ne débourse que 190 millimes (6 centimes d’euros) pour s’acheter une baguette. Et chaque rumeur d’une hausse de quelques millimes réveille le spectre des «émeutes du pain m» de 1984 quand la rue s’était embrasée à l’annonce d’une augmentation de prix, contraignant Habib Bourguiba à faire marche arrière. Le sujet de la réforme (ndlr : coupe ou suppression) des subventions du pain est ultra sensible et politiquement inflammable.
Réforme du système des produits subventionnés
Le gouvernement a néanmoins annoncé une réforme du système des produits subventionnés comme le pain, sans fournir de détail. C’est l’une des contreparties demandées par le FMI pour accorder un programme d’aide crucial au pays.
Depuis 1974, une liste de produits de première nécessité bénéficie de ces petits prix : pain, pâtes, sucre, lait, huiles végétales -mais pas l’huile d’olive, très exportée-, papier scolaire, mais aussi carburants, électricité ou encore gaz. Malgré deux récentes hausses, le litre d’essence ne coûte ainsi qu’à peine plus de 70 centimes d’euros, soit moins qu’en Afghanistan ou au Bangladesh.
Aucun n’a jamais osé toucher à ce coûteux système de subvention alors qu’il profite avant tout aux ménages les plus aisés. Une lâcheté politique que dénoncent plusieurs économistes à Tunis. Résultat, aujourd’hui, l’Etat s’endette pour subventionner.
Le coût de cet immobilisme est devenu intenable avec la flambée des prix pétroliers et des céréales, surtout depuis la guerre en Ukraine. La facture devrait grimper de 30 % en un an, pour atteindre 3,5 % du PIB cette année, selon le ministère des Finances.
Le système, complexe, bride aussi certaines productions. Les minotiers tunisiens déplorent un secteur céréalier «schizophrénique» : les producteurs locaux sont tenus de n’utiliser que 50 % de leur capacité pour fabriquer des produits subventionnés. Le reste sert à transformer du blé importé en pâtes, semoule ou farine, et à le vendre à un prix cinq ou sept fois plus élevé hors de Tunisie.


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