Donald Trump a assuré jeudi que Vladimir Poutine «ne ferait pas le malin» face à lui vendredi en Alaska, et a répété que son objectif était d’impliquer Volodymyr Zelensky, si possible «très rapidement » dans de futurs pourparlers de paix
À quelques heures du sommet Trump-Poutine à Anchorage, capitale de l’Etat de l’Alaska, prévu ce vendredi 15 août, l’Ukraine fait face à une pression militaire toujours plus forte et a ordonné jeudi de nouvelles évacuations de familles dans une zone de la région de Donetsk (est). Et pour cause : l’armée russe ayant avancé rapidement dans cette zone ces derniers jours.
«Si je n’étais pas président, [le dirigeant russe]voudrait prendre toute l’Ukraine. Mais je suis président et il ne fera pas le malin avec moi,» a déclaré le président américain dans un échange avec la presse jeudi à la Maison-Blanche, à la veille de son tête-à-tête avec Vladimir Poutine.
La durée de la réunion dépendra des premiers signaux émis par Poutine
Pour Daniel Fried, ancien ambassadeur américain en Pologne, aujourd’hui expert au Atlantic Council, le grand danger vendredi est celui d’une «occasion manquée, si Poutine engrange la victoire que représente la simple tenue de ce sommet, joue la montre et fait perdre du temps à tout le monde.»
«Je saurai dès les deux, trois, quatre ou cinq premières minutes si ce sera une bonne réunion ou une mauvaise réunion,» a encore dit le président Trump. « Si c’est une mauvaise réunion, cela se finira très rapidement, et si c’est une bonne réunion, nous aurons la paix [en Ukraine]dans un avenir proche,» a assuré Donald Trump, qui se rêve en futur lauréat du prix Nobel de la paix.
«Cette rencontre va ouvrir la voie à une autre,» incluant le président ukrainien, avait-il dit quelques heures auparavant à la radio Fox News.
Kiev et les Européens redoutent que Donald Trump et Vladimir Poutine, en l’absence de Volodymyr Zelensky, n’entreprennent vendredi de redessiner la carte de l’Ukraine.
«Donnant-donnant»
«Je ne veux pas utiliser le terme “se partager les choses,” mais d’une certaine manière, ce n’est pas un mauvais terme. Il y aura du donnant-donnant en ce qui concerne les frontières, les territoires,» a aussi dit Donald Trump.
Pour un futur sommet tripartite, «on pense à trois lieux différents ainsi qu’à la possibilité, car ce serait de loin la plus facile, de rester en Alaska,» selon le président américain.
Vladimir Poutine a lui salué jeudi les «efforts assez énergiques et sincères» des États-Unis «pour mettre fin aux hostilités, sortir de la crise et parvenir à des accords qui satisfassent toutes les parties impliquées.»
Le président ukrainien n’a pas été invité à cette entrevue entre deux dirigeants qu’unit une relation très particulière, alternant poussées de tension et rapprochements spectaculaires.
Volodymyr Zelensky a en revanche été reçu chaleureusement jeudi à Londres par le premier ministre britannique, Keir Starmer.
Les dirigeants européens font bloc autour de lui et tentent de peser sur l’imprévisible Donald Trump.
Sa conversation avec Vladimir Poutine sur la base d’Elmendorf-Richardson se déroulera avec des interprète,s a indiqué le conseiller diplomatique du Kremlin, Iouri Ouchakov. Il a assuré que la «coopération bilatérale» serait aussi abordée.
Donald Trump, ancien promoteur immobilier, vante souvent le potentiel économique d’une relation normalisée avec la Russie.
Pression sur le terrain
La réunion doit débuter vendredi vers 19 h 30 GMT (15 h 30 heure du Québec), a précisé le Kremlin.
Les présidents russe et américain donneront ensuite une conférence de presse commune, la première depuis leur apparition commune devant les caméras en 2018 à Helsinki, restée dans les mémoires comme un moment de connivence.
Les troupes ukrainiennes, moins nombreuses, font face à une avancée rapide de l’armée russe sur le front dans la région orientale de Donetsk, où Moscou a revendiqué jeudi la prise de deux nouveaux villages.
L’Ukraine a tiré des dizaines de drones dans la nuit de mercredi à jeudi, incendiant une raffinerie et faisant trois blessés près de la ville russe Volgograd (sud), selon des responsables locaux.
Les positions officielles des deux belligérants sont toujours irréconciliables.
La Russie réclame que l’Ukraine lui cède quatre régions partiellement occupées (Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson), en plus de la Crimée annexée en 2014, et qu’elle renonce aux livraisons d’armes occidentales et à toute adhésion à l’OTAN.
Pour Kiev, ces exigences sont inacceptables. Lors des trois sessions de pourparlers depuis le printemps, dont la dernière s’est tenue à Istanbul en juillet, Russes et Ukrainiens avaient seulement réussi à s’entendre sur l’échange de prisonniers de guerre.
Dans ce cadre, Kiev et Moscou ont annoncé jeudi avoir échangé 84 prisonniers de chaque camp.




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