À la tête du Département Banque Commerciale d’Ecobank Sénégal, Assietou Thiam Diakhaté supervise la mise en œuvre d’Ellever, une offre stratégique du groupe conçue pour mieux accompagner les entreprises locales. Déployée au sein du réseau panafricain, cette initiative répond à des besoins économiques en constante évolution, notamment ceux des femmes entrepreneures, souvent confrontées à des obstacles persistants en matière de financement ou d’intégration dans l’économie formelle.
Dans cet entretien, elle revient en détail sur le programme Ellever, une initiative d’envergure du groupe Ecobank visant à favoriser l’autonomisation économique des femmes à travers l’Afrique. Elle en détaille les ambitions, les résultats obtenus au Sénégal, et les transformations clés apportées dans sa nouvelle phase — plus inclusive, plus impactante, et résolument tournée vers un accompagnement durable.
AFRIMAG : D’entrée, qu’est-ce qu’Ellever ?
Assietou Thiam Diakhaté : Ellever est une initiative stratégique du groupe Ecobank, conçue avec les femmes et pour les femmes. Il s’agit d’une offre complète, pensée pour répondre aux besoins des entrepreneures, quel que soit leur statut ou le degré de maturité de leur activité. L’objectif est clair : favoriser leur intégration dans l’économie formelle à travers un accompagnement structuré autour de trois leviers clés : l’accès au financement, le renforcement de capacité et l’accès au marché.
AFRIMAG : Ecobank vient de relancer une version enrichie du programme Ellever. Quelles sont les principales innovations apportées dans cette nouvelle phase, et quelles ambitions portez-vous pour le Sénégal ?
Assietou Thiam Diakhaté : Lancée initialement pour la période 2021-2026, la première phase a posé des fondations importantes, avec des critères d’éligibilité standards et une proposition de valeur volontairement ciblée. La nouvelle version marque une évolution significative : plus ambitieuse, mieux structurée etdavantage orientée vers l’impact, elle élargit l’accès au crédit tout en renforçant l’accompagnement non financier — appui stratégique, mentoring, développement des compétences et soutien commercial.
La cible s’est également élargie. ELLEVER ne s’adresse plus seulement aux entrepreneures déjà établies, mais aussi aux salariées entrepreneures qui souhaitent développer leur activité. Nous voulons leur offrir un cadre stable et un appui concret pour structurer et pérenniser leurs projets.
Au Sénégal, notre ambition est d’avoir un impact plus profond, en particulier auprès des femmes actives dans l’informel ou exposées à des situations de vulnérabilité. Le financement ne suffit pas : nous avons renforcé l’accompagnement sur l’ensemble de la chaîne de valeur entrepreneuriale — de la structuration juridique à l’accès aux marchés — pour proposer une réponse durable et alignée sur leurs réalités.
AFRIMAG : Le programme est mis en œuvre au Sénégal depuis plusieurs années. Quel bilan tirez-vous de la première phase et quels résultats concrets avez-vous obtenus sur le terrain ?
Assietou Thiam Diakhaté : Depuis le lancement, nous avons accompagné 879 femmes à travers des financements adaptés, sur un portefeuille total de 2 037 bénéficiaires du programme, soit un taux de concrétisation de 43 %. Plus de 500 d’entre elles ont suivi des formations ciblées, ce qui représente 26 % du portefeuille global. Le taux de défaut est très satisfaisant, il est inférieur à 2 %. C’est nettement en dessous de la moyenne observée dans l’espace UEMOA, où le taux de défaut pour les PME se situe entre 12 et 15 %.
Les femmes que nous accompagnons se distinguent par une grande rigueur dans la gestion de leur crédit, et les performances sont solides. Ce sont des résultats concrets, mesurables et encourageants pour la suite. Ce bilan est porteur d’enseignements. Il montre à la fois la pertinence du programme sur les plans économique et social, et la nécessité d’intensifier notre action. C’est précisément l’ambition de cette nouvelle phase, qui mise sur un accompagnement plus global, plus structuré et sur-mesure, pour générer un impact durable.
AFRIMAG : quels seront les critères d’éligibilité de cette nouvelle version ?
Assietou Thiam Diakhaté : Pour la première version, les bénéficiaires devaient remplir l’un des critères suivants : être actionnaire majoritaire (plus de 50 %), occuper un poste de gouvernance ou de direction (au moins 20 %), ou encore représenter au moins 30 % des effectifs en tant que salariée. Nous ciblions également les entreprises qui développent des produits ou services spécifiquement conçus pour les femmes. C’est ce que nous appelions les « activités orientées femmes ».
Dans la nouvelle version, nous avons élargi ces critères. Le programme intègre désormais les entrepreneures individuelles, y compris celles qui cumulent un emploi salarié avec une activité entrepreneuriale. Nous souhaitons leur offrir un accompagnement spécifique pour structurer leur projet. L’objectif est de passer d’une dynamique informelle à une démarche entrepreneuriale formalisée, avec des perspectives concrètes de croissance.
AFRIMAG : L’inclusion financière reste un défi de taille. Comment Ellever contribue-t-il à combler l’écart entre les ambitions affichées et la réalité vécue sur le terrain, notamment en milieu rural ou informel ?
Assietou Thiam Diakhaté : Ellever agit à plusieurs niveaux. À travers notre partenariat avec l’ADEPME, nous aidons les femmes à formaliser leurs activités, à les digitaliser, et à renforcer leurs capacités, notamment pour accéder aux marchés internationaux. Ce soutien graduel comprend la formation, l’accompagnement à la structuration juridique, l’accès au financement et la possibilité d’exporter.
Nous pouvons citer l’exemple à Guédiawaye, de plus de 400 femmes, actives dans des secteurs très informels et membres d’un GIE groupements d’intérêt économique (GIE). Grâce à notre partenariat avec l’UNACOIS elles ont bénéficié de financement et nous avons aidé à formaliser leurs activités, notamment avec le concours du tribunal de commerce de Dakar. Ce type d’action illustre notre engagement à rendre l’inclusion financière réellement opérationnelle.
AFRIMAG : Quel type d’accompagnement non financier est proposé dans cette nouvelle phase ?
Assietou Thiam Diakhaté : Nous avons intégré le mentoring, avec la mobilisation de mentors expérimentés. Nous comptons étoffer notre offre de formation avec l’appui de Ecobank Academy, de partenaires comme l’African GuaranteeFund, la SFI, etc.
Nous allons également renforcer le networking à travers différentes rencontres que nous déroulerons tout au long de l’année.
AFRIMAG : Le programme bénéficie-t-il de relais auprès d’autres institutions ?
Assietou Thiam Diakhaté : Absolument. En 2021 et 2023, nous avons collaboré avec Kinaya Venture/Orange Corner dans le cadre d’un plan de coaching pour des entrepreneures et un accompagnement visant à offrir des services financiers etnumériques et des formations adaptées à leurs besoins.
Nous sommes également en partenariat avec des structures tels que WIC Capital, la SEPHIS qui nous permettent de renforcer notre offre et d’assurer la cohérence de notre intervention, notamment en matière de financement, de formation et de formalisation des activités.
L’ADEPME (Agence de Developpement et d’Encadrement des Petites et Moyennes Entreprises) joue un rôle stratégique en tant que structure d’appui et d’encadrement des PME agréée par la BCEAO.
Nous lançons sous peu un large programme de formation avec la Société Financière Internationale
AFRIMAG : Qu’en est-il des partenariats stratégiques mis en place localement ? Travaillez-vous également avec des institutions de proximité comme les structures de microfinance ou les coopératives féminines rurales ?
Assietou Thiam Diakhaté : Nous avons adopté une approche à 360°. Par exemple, nous collaborons avec l’Union Nationale des Commerçants et Industriels du Sénégal (UNACOIS), une organisation qui regroupe plus de 70 000 membres, dont 60 % de femmes. Ce réseau nous permet d’avoir une lecture fine des réalités du terrain et d’ajuster nos interventions au plus près des besoins. Notre approche est construite autour de structures déjà organisées.
S’agissant des institutions de microfinance, nous n’avons pas encore arrêté un cadre formel dans le cadre du programme, mais Ecobank Sénégal a signé en mars dernier une convention avec le Crédit Mutuel du Sénégal (CMS) qui assure la distribution de nos services dans les zones les plus éloignées. Nous comptons intégrer ELLEVER et créer un écosystème robuste centré sur les besoins réels des femmes entrepreneures.
AFRIMAG : Quelles sont les ambitions financières du programme dans cette nouvelle phase ?
Assietou Thiam Diakhaté : Pour cette nouvelle phase, nous visons un volume de financement compris entre 100 et 150 milliards de FCFA sur les cinq prochaines années au Sénégal. Cette ambition s’inscrit dans une dynamique de montée en puissance pleinement assumée. À l’horizon 2030, notre objectif est d’accompagner 100 000 femmes.
Plutôt qu’une cible rigide, notre approche repose sur une analyse macroéconomique solide. En 2017, le Sénégal comptait environ 458 000 entreprises, dont 408 000 PME. Par ailleurs, près de 70 % des acteurs du secteur informel sont des femmes. C’est à cette majorité silencieuse que nous souhaitons offrir une meilleure inclusion dans les circuits financiers formels.





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