Triste constat que celui que vient de dresser l’ONG Public Eye. Les traders basés en suisse fourguent aux marchés africains du carburant dont la teneur en particules cancérigènes est excessive. Trois noms sont ressortis, dont le tristement célèbre Trafigura qui avait été à l’origine du scandale des déchets toxiques d’Abidjan.

« C’est triste, mais c’est une réalité bien connue dans le monde du pétrole ». Voilà ce qu’en dit un ingénieur d’une grande firme basée en France.
Public Eye a dépêché quatre enquêteurs aux trousses de compagnies véreuses qui distribuent de l’essence et du gasoil hautement cancérigènes sur le continent. L’enquête a duré trois ans, les conclusions donnent froid dans le dos.
Les géants suisses du négoce de matières premières vendent à des distributeurs ou à travers leurs propres stations services du gasoil dont la teneur en soufre atteint 1500 parts par million (ppm). C’est le cas en effet de deux tiers des échantillons prélevés dans huit pays du continent, à savoir l’Angola, le Bénin, le Congo-Brazzaville, le Ghana, la Côte d’ivoire, le Mali, le Sénégal et la Zambie.
Qualité africaine
Or, partout dans le monde occidental, la norme n’est plus que de 10ppm. Le Maroc passe à cette limite dès l’année prochaine, alors qu’il n’était qu’à 50 ppm depuis plus d’une dizaine d’années. Même, la Chine sera à 10ppm en 2017.
Mais le plus grave c’est que, d’après le rapport de Public Eye, un échantillon prélevé au Mali a atteint quelque 3780 ppm. Du pur poison !
Quoi qu’il en soit, à cette échelle et sur la durée de l’enquête, il ne s’agit plus de faits isolés. C’est un crime prémédité, orchestré par une sorte de mafia du pétrole, avec la complicité des dirigeants africains.
D’après Public Eye, après l’achat d’un carburant de « qualité européenne », les traders suisses se procurent du résiduel venant des déchets de certaines raffineries. Un mélange est alors opéré soit dans des ports de Rotterdam, Amsterdam ou Anvers, soit en mer à quelques miles du Détroit de Gibraltar, ou des côtes ouest-africaines. Ils appellent cela de la « qualité africaine ».
Trafigura, Oryx et Vitol épinglés
L’enquête indexe trois sociétés ayant leur siège ou des filiales en Suisse, mais qui ont aussi des stations services dans beaucoup de villes africaines. Il s’agit notamment de Trafigura, de Vitol et d’Oryx. Cela laisse supposer qu’en réalité le trading est réalisé en partie pour leur propre compte, la manœuvre également pour leur propre compte. Mais, bien sûr, une partie est refourguée à des distributeurs africains. Il faut rappeler qu’en 2006, Trafigura avait été à l’origine d’un énorme scandale à Abidjan. En effet, cette société avait demandé à des entreprises ivoiriennes de l’aider à se débarrasser de déchets toxiques. Plusieurs personnes avaient trouvé la mort et des milliers d’autres traînent encore les séquelles pulmonaires pour avoir inhaler les émanations toxiques.
Dans tous les cas, il faut que les Etats africains prennent conscience de ce phénomène. Il faut non seulement un durcissement de la législation, mais également du contrôle.







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