Climat et transport aérien
La 14ème édition du World Connect, qui rassemble pas moins de 500 participants, dont plus d’une centaine de dirigeants de compagnies aériennes venus du monde entier mais aussi des régulateurs et des distributeurs, se tient du 1er au 3 novembre à Monaco. Après la crise sanitaire des années précédentes, la crise climatique et la décarbonation seront au centre des discussions de ces acteurs du transport aérien. Mis en accusation par les écologistes alors qu’il ne représente que 2% des émissions mondiales de CO2, le transport aérien est-il devenu l’otage d’une idéologie qui déroule un avion-bashing frôlant le fanatisme, comme pour se donner bonne conscience et oublier qu’on pollue ailleurs ?
Dossier réalisé par Mohamed Sneïba et Drissa Traoré
Avec pour thème central «More than ever the air transport is still fundamental», traduisez : «Plus que jamais le transport aérien reste fondamental», le programme d’APG World Connect 2023 est une occasion pour les opérateurs de l’aérien de faire le point sur le sujet d’actualité autour de l’impact environnemental de l’aérien qui crispe plus que jamais un secteur qui semble peiner à répondre d’une seule voix «Le transport aérien est pour le moment la cible des écologistes fondamentalistes car cela permet de belles images et une communication, certes très professionnelle, qui atteint les couches de populations jeunes, désireuses de préserver la planète dans laquelle elles devront bien vivre et qui seront aux commandes de l’économie dans 10 ou 15 ans. C’est un enjeu crucial. Dans le même temps, il n’est pas possible d’imaginer un monde sans transport aérien, tout comme il n’est pas possible de l’imaginer sans moyens de communication : Internet, les téléphones portables, ou les réseaux sociaux. Il convient donc d’imaginer comment le transport aérien peut s’insérer dans l’imaginaire des générations futures, comment il justifie sa place et comment un monde sans transport aérien régresserait inévitablement. Voilà l’enjeu du 14ème World Connect by APG», explique Jean-Louis Baroux, Président du APG World Connect (voir interview).
L’avion est essentiel pour l’intégration économique et le développement de l’Afrique
Il faut dire que les militants écologistes ont fait du transport aérien le bouc émissaire de la transition climatique. Pour eux, si le train est dans le camp du bien, l’avion, en revanche, est dans le camp du mal. Doit-on alors prendre moins l’avion à l’avenir? «Imaginez un peu l’étendue du continent africain (selon Kai Krause) pouvant héberger en superficie les USA, la Chine, l’Inde, le Mexique, le Pérou, l’Europe occidentale. Compte tenu du faible niveau des infrastructures terrestres, le transport aérien est un facteur clé pour l’intégration économique et le développement de ce vaste continent. Sans l’avion, il n’est pas envisageable de voyager de Cape Town à Lagos ; un exemple parmi d’autres », tranche Abderahmane Berthé, Secrétaire général de l’Association des compagnies aériennes africaines (voir interview).
Pour de nombreux défenseurs de l’aviation civile, les émissions de CO2 par passager ont diminué de 80% au cours des années 1970, dernières années pour ne plus représenter, avant la crise Covid-19, que 2 à 3% des émissions globales. Moins que le secteur digital dont les tenants du streaming vidéo ne sont jamais montrés du doigt. Et pourtant l’aviation subit des attaques sans commune mesure avec son impact réel sur le climat.
De plus, ajoutent-ils, l’étude des sources mondiales de CO2 montre que les plus importantes proviennent des moteurs à combustion, des bâtiments mal isolés, des chauffages et climatisations inefficients. Mais l’impuissance à résoudre ces énormes problèmes de façon systémique ne devrait pas justifier de se retourner contre des cibles de moindre importance.
Cette année, alors que le trafic aérien est reparti sur les chapeaux de roue, ayant déjà retrouvé le niveau de 2019, le secteur qui se contentait de marteler sa «faible» part dans le total des émissions (entre 2 et 3%), en se considérant être le bouc émissaire des écologistes, évolue dans sa position même si l’aviation verte monopolise plus que jamais les débats en interne.
La durabilité a un prix mais le consommateur est-il prêt à le payer ?
En effet, à partir de 2025, les compagnies aériennes, pour les vols sur l’Europe, par exemple, devront inclure 2% de carburants alternatifs produits à partir de biomasse, voire synthétisés à partir de CO2 et d’eau avec de l’électricité décarbonée, les SAF (Sustainable Aviation Fuel) au kérosène utilisé pour remplir les réservoirs des avions, puis 6% en 2030 et jusqu’à 70% en 2050, date à laquelle le secteur s’est engagé à atteindre la neutralité carbone. Un chantier à environ 1 550 milliards de dollars, selon l’IATA. Comment alors concilier rentabilité et durabilité du transport aérien à l’aune de sa décarbonation ? La durabilité a un prix mais le consommateur est-il prêt à le payer ?
Des filières se mettent peu à peu en place, stimulées par des politiques publiques notamment aux Etats-Unis, dans l’espoir de faire baisser le prix encore élevé des SAF.

Il reste que le chantier est ambitieux car difficile pour les transporteurs et leurs clients. Ajouter du SAF augmente le prix des billets d’avion. Tous les clients pourront-t-ils se permettre ce supplément ? L’industrie va-t-elle redevenir élitiste ou une niche, comme dans les années 1990 ? Pour l’heure, l’élasticité-prix demeure forte, aidée par une envie d’ailleurs immense. C’est dire que si toutes les compagnies transfèrent le surcoût de la décarbonation au consommateur final, la demande pourrait chuter alors qu’elle suit aujourd’hui une trajectoire ascendante. Résultat des courses : beaucoup doutent de la possibilité d’atteindre «zéro émission nette» d’ici à 2050. Il y a quelques mois, le PDG de Qatar Airways, Akbar Al Baker, a invoqué l’insuffisance de la production de carburant SAF. Il a toutefois souligné que les avions de nouvelle génération étaient plus propres que ceux qu’ils remplaçaient. Même discours à la Fédération Nationale de l’Aviation et de ses Métiers (FNAM), réunie en congrès fin mai dernier à Paris : les compagnies aériennes françaises, en tête Air France, réclament à l’Etat la mise en place d’une filière SAF en France (et aussi en Europe), sans quoi elles ne parviendront pas à la décarbonation du secteur dans les délais prévus.
Pour rappel, selon les experts, jusque-là, le SAF reste entre quatre et huit fois plus cher que le kérosène classique en fonction de la technologie utilisée, des tarifs de l’électricité et du niveau d’industrialisation des process. Quant à la production mondiale de ce carburant alternatif, elle se limitait à 250.000 tonnes l’an dernier, soit moins de 0,1% des plus de 300 millions de tonnes de kérosène utilisées par l’aviation. En effet, il faut des milliards de dollars afin de produire les volumes de combustibles nécessaires à l’ensemble de l’aviation mondiale. Contrairement aux énergies fossiles qu’il suffit de puiser et d’affiner, les carburants durables doivent être créés de bout-en-bout. Et cela représente un coup monumental pour les entreprises qui les fabriquent.
Quoi qu’il en soit, dans le secteur du transport aérien, chacun y va de son point de vue aujourd’hui. D’un côté, ceux qui estiment que le secteur reste à la traine. Selon eux, si le progrès écologique doit venir de quatre principaux axes (amélioration des technologies, passage au SAF, progrès opérationnel et programme de compensation), le secteur ne s’en saisit pas assez vite.
Pour d’autres, les efforts sont bien là, mais le secteur pâtit encore et toujours d’un manque de communication auprès du grand public.
C’est dire que les débats des compagnies aériennes lors du World Connect à Monaco, seront très animés.
Car, pour l’aviation civile mondiale, la décarbonation est le défi majeur des années à venir. Un défi qui deviendra encore plus aigu avec le nombre d’avions dans le monde qui devrait doubler en 20 ans (22 880 en 2020 à 46 930 appareils en 2040, selon Airbus).
Emirates première compagnie à effectuer un vol démonstration de l’A380 avec un carburant 100 % durable
Emirates est devenue la première compagnie aérienne au monde à effectuer un vol de démonstration de l’A380 en utilisant 100 % de carburant d’aviation durable (Sustainable Aviation Fuel – SAF). Le vol a décollé de l’aéroport international de Dubaï (DXB) avec l’un des quatre moteurs alimentés exclusivement en SAF, contribuant ainsi à démontrer ses qualités comme substitut direct répondant aux exigences techniques et chimiques du kérosène et environnementales. La SAF peut en effet réduire les émissions de carbone jusqu’à 85 % sur l’ensemble du cycle de vie du carburant par rapport au carburéacteur classique.
Ces vols de démonstration ouvrent la voie à la normalisation, à la qualification et à l’exploitation futures de vols 100 % SAF, alors que les gouvernements adoptent des stratégies plus larges pour soutenir la production et l’utilisation du SAF. Le vol de démonstration de l’A380 souligne les performances et la compatibilité des SAF, comme une source de carburant sûre et fiable. Cet événement contribue au nombre croissant de recherches menées par l’industrie pour évaluer les effets bénéfiques du 100% SAF sur les performances des aéronefs. Le SAF est actuellement plafonné à 50 % du mélange dans les moteurs des vols commerciaux.
Adel Al Redha, directeur de l’exploitation d’Emirates Airline, a déclaré : « Emirates est la première compagnie aérienne au monde à exploiter un A380 équipé d’un moteur 100 % SAF “drop-in” sur les quatre moteurs GP7200 d’Engine Alliance. C’est un moment de fierté pour Emirates et ses partenaires, car nous passons de la parole aux actes avec la recherche et l’expérimentation de concentrations plus élevées de SAF, pour aboutir à terme à l’adoption par l’industrie d’un vol 100 % SAF. Il s’agit d’une nouvelle étape importante dans la validation de l’utilisation du SAF dans l’un des moteurs de l’A380, un gros-porteur doté de quatre moteurs. La demande mondiale croissante pour des carburants alternatifs moins polluants est là, et le travail des producteurs et des fournisseurs pour commercialiser et rendre disponible le SAF sera essentiel dans les années à venir pour aider Emirates et l’ensemble de l’industrie à progresser sur la voie de la réduction des émissions de carbone ».
Julie Kitcher, vice-présidente exécutive d’Airbus chargée de la communication et des affaires générales, a commenté l’événement : « Voir Emirates faire voler un A380, le plus grand avion de ligne au monde, équipé d’un moteur fonctionnant à 100 % avec des carburants aéronautiques durables est un moment symbolique. De plus en plus soutenus par les principales compagnies aériennes du monde, ces carburants sont à l’heure actuelle le moyen le plus efficace de réduire les émissions de CO2 dans le secteur de l’aviation et ils sont de plus en plus soutenus par les principales compagnies aériennes au monde. Le SAF est essentiel pour atteindre l’objectif d’émissions nettes nulles en 2050, mais il a besoin du soutien de l’ensemble de l’industrie. Chez Airbus, nous nous efforçons de rendre tous nos avions 100 % compatibles avec le SAF d’ici à 2030. Nous travaillons également avec des partenaires pour développer le marché mondial des SAF dans les années à venir. L’objectif d’Airbus en tant qu’entreprise est d’être le pionnier de l’aérospatiale durable pour un monde plus sûr et solidaire. Grâce à notre partenariat avec Emirates, nous concrétisons notre ambition par des actions réelles. »





Emirates est devenue la première compagnie aérienne au monde à effectuer un vol de démonstration de l’A380 en utilisant 100 % de carburant d’aviation durable (Sustainable Aviation Fuel – SAF). Le vol a décollé de l’aéroport international de Dubaï (DXB) avec l’un des quatre moteurs alimentés exclusivement en SAF, contribuant ainsi à démontrer ses qualités comme substitut direct répondant aux exigences techniques et chimiques du kérosène et environnementales. La SAF peut en effet réduire les émissions de carbone jusqu’à 85 % sur l’ensemble du cycle de vie du carburant par rapport au carburéacteur classique. 





