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La Chine-Afrique remodelée par la nouvelle route de la soie

Si la route de la soie s’arrêtait officiellement en Syrie, elle permettait en réalité de transporter des marchandises achetées au coeur de l’Afrique, en particulier l’or et l’ivoire. La nouvelle route de la soie, projet phare de la Chine de Xi Jinping facilitera les échanges entre la Chine et le reste du monde, les accélérant et les rendant nettement plus sûrs, permettant d’éviter des routes maritimes dangereuses, comme celles qui passent par la corne de l’Afrique.

Ce projet gigantesque, déjà en partie opérationnel, accompagne une évolution économique qui verra la Chine croître moins rapidement mais développer une demande intérieure, plus qualitative. Cette conjonction représente une opportunité intéressante pour l’Afrique, partenaire privilégiée de la Chine, mais difficile à saisir.

La Nouvelle Route de la Soie ira jusqu’en Afrique

Les relations commerciales entre le continent Africain et l’Empire Chinois ont aussi été plus directes : Au XIV° siècle, Ibn Battuta, le grand voyageur berbère, ira jusqu’en Chine. Une génération après, l’amiral Zheng He, chinois et musulman, fera de longs voyages le long des côtes de l’Asie, remontera la mer Rouge et descendra jusqu’au Mozambique. (Pour la petite histoire, Zheng He ramènera en Chine une girafe, qui sera qualifiée de Qilin, c’est-à-dire de licorne…)

Les relations entre le continent et l’Empire s’endorment pendant la période coloniale, pour reprendre de plus belle à l’ère des indépendances. Avec le Mouvement des Non Alignés, l’Afrique devient un terrain de choix pour l’affrontement entre la Chine et l’URSS. La Chine soutient politiquement et financièrement les pays nouvellement indépendants, leur apporte aussi une coopération économique. Elle est ainsi le premier pays à reconnaître la nouvelle république d’Algérie, développe dès cette époque des partenariats encore privilégiés avec le Bénin, le Gabon, le Congo.

En 2010, la Chine annonce la mise en place d’une nouvelle route de la soie, multimodale, qui doit relier la Chine à ses principaux fournisseurs et clients, en Asie, en Europe et en Afrique. Des liaisons ferroviaires directes, gérées par Trans-Eurasia Logistics, existent déjà jusqu’en Allemagne (Duisbourg), aux Pays-Bas (Rotterdam) et en Espagne (Madrid). La continuation du TGV espagnol au Maroc, via Tanger, ouvre la voie africaine de la route de la Soie, le Maroc étant un hub à destination de l’Afrique Noire.

Le FOCSA : le début d’un investissement massif

Le FOCSA, “Forum de Coopération Sino-Africaine” s’est tenu pour la première fois en 2000, année qu’on peut prendre comme point de départ de l’explosion des relations commerciales entre la Chine et l’Afrique. Le sixième FOCSA s’est tenu en décembre 2015 à Johannesburg.

Pays participants au FOCSA 2015

Le FOCSA 2015 : une étape importante pour la Chine-Afrique

Le FOCSA est l’occasion pour la Chine d’annoncer diverses mesures économiques en faveur de l’Afrique, notamment au niveau douanier, un soutien à la construction d’infrastructures avec des prêts à taux réduit, un transfert de savoir-faire. Mais les contreparties sont douloureuses : l’accord multifibre de 2005 représente un véritable danger pour les pays africains exportateurs, en particulier pour les sous-traitant maghrébins. Les concessions de zone de pêche, de terrains agricoles sont une menace à terme, à la fois pour la bio-diversité marine et pour l’approvisionnement des pays africains, dont les importations se renchérissent au fur et à mesure que la Chine consomme et achète plus de blé et de riz.

Depuis le premier FOCSA, les volumes des échanges commerciaux de la Chine-Afrique ont été multipliés par trente, dépassant les 275 milliards d’euro. Le nombre d’entreprise chinoises implantées en Afrique est de 2.500, qui emploient un million de chinois expatriés (c’est-à-dire hors diaspora chinoise locale).

Avec une prédominance de ces entreprises dans le BTP, l’Afrique représente 15% des investissements de la Chine dans le monde, 35% des appels d’offre de la Banque Mondiale sont remportés par des entreprises chinoises !

Ces investissements sont soutenus par l’état et les grandes banques chinoises. La Chine est devenu un des tous premiers prêteurs du continent africain. A cet égard, l’exemple du Kenya est caractéristique. Ce pays a emprunté à la Chine un encours de plus de 2,7 milliards de dollars, représentant 57% de la dette extérieure du pays, très largement devant le Japon et la France (respectivement 769 et 590 millions de dollars).

Le commerce sino-africain va évoluer

La Chine a investi en Afrique d’abord et avant tout pour sécuriser son approvisionnement en hydrocarbures et matières premières, puis, dans un deuxième temps, acheter des terres cultivables et obtenir des droits de pêche, pour nourrir sa population.

Dans l’autre sens, la Chine exporte des produits manufacturés en Afrique, profitant d’un immense marché dont les exigences de qualité sont moins strictes qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Le catalogue des importations chinoises en Afrique est extrêmement large, allant des produits d’élevage (moutons, oeufs) aux produits électroniques en passant par les machines industrielles. Les entreprises de télécommunication comme Zhongxing Telecom ou Huawei sont aussi très présentes. Quant au BTP, la part de marché des entreprises chinoise est de 40% en 2011, à comparer aux 7 à 9% au début du FOCSA.

Or toutes les prévisions économiques s’accordent sur une diminution de la croissance chinoise. Dès le premier semestre 2015, les investissements chinois en Afrique on chuté de 40%. Cette baisse des investissements a bien entendu un impact sur les relations commerciales, à court terme. Plus important, à moyen terme, la relative baisse de la croissance chinoise va impacter les équilibres mêmes de ce commerce.

Cargo chargés de containers

Containers au départ du port de Ningbo, en Chine

La grande majorité des experts s’accorde en effet à dire que la demande intérieure de la Chine va évoluer, avec une croissance de la consommation intérieure prenant le relais de la croissance de la production, et une demande pour des produits de plus en plus qualitatifs. Si l’Afrique arrive à structurer des industries de produits manufacturés de qualité, avec son coût relativement faible de la main d’oeuvre, elle est mieux placée que l’Europe et les Etats-Unis pour exporter en Chine.

Comment bien commercer avec la Chine ?

Acheter des produits chinois ? Les solutions se mettent en place

Il ne suffira pas de fabriquer des produits adaptés à la demande chinoise. Le commerce avec la Chine reste difficile, pour des raisons structurelles (transports, droits de douanes) comme culturelles.

En ce qui concerne les aspects structurels, des solutions sont déjà en place aujourd’hui. Dans le B2B il existe des sociétés spécialisées qui agissent comme des centrales d’achat plus que comme des grossistes. Lorsque vous faites, par exemple un achat groupé avec procurafrica.com ou d’autres sociétés du même type, vous n’achetez pas à un grossiste ayant importé des machines en Afrique et prenant le risque commercial à sa charge, mais vous travailler avec une société qui vous offre un service : acheter et acheminer pour vous, en contrôlant la qualité sur place. La syndication des achats permet de faire baisser les prix auprès du fournisseur chinois, la syndication des moyens de transport a aussi un impact positif sur les frais de transport.

La mise en place de la nouvelle route de la soie bénéficiera fortement à ces entreprises.

Dans le B2C, de la même façon, les sites d’achats groupés se développent. Un site comme afreecom.net offre un véritable service aux consommateurs africains en leur permettant d’acheter des articles proposés sur les grandes plateformes e-commerce mondiales, y compris Amazon et son concurrent chinois Aliexpress, mais en payant une fois l’article livré – souvent dans un point relais – avec des moyens de paiement locaux (téléphone, espèces) au lieu d’utiliser une carte de crédit internationale, encore peu répandue. Ces plateformes africaines, adaptées aux contraintes locales, se multiplient et deviennent des grands de l’e-commerce africain, à l’instar de Jumia.

Vendre à la Chine ?

Les exportations de l’Afrique vers la Chine sont aujourd’hui essentiellement étatiques ou le fait de grosses sociétés : ressources minières, pétrole ou même production agricole.

Screenshot

Screenshot d’Afreecom, centrale d’achat B2C

L’exportation de produits manufacturés hors d’Afrique reste très difficile pour les petites entreprises, qui souffrent déjà des mêmes problèmes logistiques pour vendre en Europe (transport, barrières douanières). Vendre en Chine demande aussi une adaptation culturelle.

Néanmoins c’est le pari que commencent à faire certains pays, comme le Maroc. Celui-ci mise fortement sur son artisanat haut-de-gamme, accompagnant les PMEs marocaines à travers un portail internet. Cet accompagnement est renforcé par des actions de formation, pour permettre à ces PME de profiter des grandes places de marché internationales que sont Amazon ou Alibaba. La cible prioritaire reste aujourd’hui l’Europe, mais les entreprises pourront ainsi acquérir de l’expérience pour travailler en e-commerce international. Quitte à ensuite utiliser les services de plateformes centralisées en Chine.

La Chine va donc rester un partenaire commercial privilégié de l’Afrique. Les changements structurels qui ont commencé sont une réelle opportunité de rééquilibrage des échanges pour l’Afrique, si elle arrive à s’adapter aux exigences du marché chinois !

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