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COP22 : L’agriculture africaine veut se faire entendre

  •  Marrakech sera le centre du monde du 7 au 18 novembre 2016.
  • le sommet sur le climat devrait être celui de l’Afrique, première victime du réchauffement de la planète.
  • La COP22, doit donner la priorité à l’agriculture, absente lors de la COP21 à Paris.

 

Dossier réalisé par Mar Bassine Ndiaye & Anthioumane D.Tandia

 

cop-22Marrakech, la ville touristique la plus célèbre du Maroc, sera le centre du monde du 7 au 18 novembre 2016. Des dizaines de chefs d’État et de gouvernement, des experts du climat et d’ONG, sont attendus pour la 22e session de la Conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP22). Pour accueillir cette grand-messe de l’écologie, où l’on discutera et décidera de l’avenir de la planète, la ville ocre est déjà passée sous le signe du «tout vert».

Le paradoxe

Pourtant, à part dans le préambule de l’accord de Paris qui vient d’être ratifié, où la sécurité alimentaire était mentionnée, l’agriculture était absente des négociations climatiques lors de la grande Conférence sur le climat, la COP21 à Paris. Alors que l’agriculture est responsable de 25% des émissions de gaz à effet de serre, comment expliquer ce paradoxe ? Il faut dire que l’agriculture ne fait pas partie des négociations climatiques et cela depuis le début, car elle pose la problématique de la souveraineté alimentaire des pays. Les Etats ne veulent pas parler de leurs techniques agricoles, ni de leurs exportations, ce secteur essentiel n’est donc jamais discuté en tant que tel, mais seulement au détour de sujets comme l’énergie ou les forêts.

Un an après la COP21, la COP22, doit être celle de l’Afrique et de l’action. Ainsi, le rendez-vous de Marrakech doit placer le volet agricole au centre des négociations.

L’Afrique, première victime du réchauffement de la planète

60% des terres arables non cultivées de la planète se trouvent en Afrique. L’agriculture est la principale ressource économique de nombreux pays africains, en dehors de ceux qui produisent et exportent des matières premières. Selon le dernier rapport du Groupe intergouvernemental des experts en climat (GIEC), l’agriculture contribue, dans une proportion de 20 à 30 %, au PIB des pays en Afrique au sud du Sahara, et représente 55 % de la valeur totale des exportations africaines. « Presque partout en Afrique, l’exploitation agricole est entièrement tributaire de la qualité de la saison des pluies, ce qui rend ce continent particulièrement vulnérable aux changements climatiques», fait constater le GIEC qui précise que 19 pays subissent un stress hydrique particulièrement élevé. Plusieurs d’entre eux se situent en Afrique. Les experts ajoutent que la fréquence accrue des sécheresses pourrait considérablement amoindrir les disponibilités alimentaires, comme ce fut le cas dans la corne et le sud de l’Afrique, pendant les décennies 80 et 90. Pour le GIEC, une élévation des températures hivernales moyennes, nuirait également à la production des cultures qui exigent des températures fraiches. « Il se peut que la productivité des pêcheries d’eau douce augmente, mais la composition des espèces de poisson pourrait être modifiée», prédit-il.

Beaucoup d’attentes

Pour cela, le Maroc a depuis invité ses partenaires à le rejoindre dans une initiative pour l’agriculture africaine à porter jusqu’à la COP22 et au-delà. « Intitulée « AAA » ou « Triple A», celle-ci aurait pour objectif d’ériger l’Adaptation, l’Afrique et l’Agriculture parmi les priorités à l’agenda de la COP22 », a indiqué le ministre marocain de l’Agriculture, Aziz Akhannouch. Cette initiative permettrait de relever les trois principaux défis auxquels le continent fait face aujourd’hui. « Il s’agira de garantir des financements aux projets, en particulier ceux liés à l’adaptation de nos agricultures aux changements climatiques, œuvrer à l’augmentation de la productivité agricole et augmenter le pouvoir de séquestration des sols africains, avec un bénéfice double d’atténuation et d’adaptation, en ligne avec les recommandations de l’initiative « 4 pour 1000 », a précisé Akhannouch. Concrètement, le Maroc propose des programmes ciblés à inscrire dans l’agenda des solutions Lima-Paris-Marrakech, avec la proposition d’une série de programmes labellisés «AAA». Le premier programme porterait ainsi sur les sols avec un objectif triple d’amélioration de la fertilité des sols, d’accroissement de la capacité de séquestration du carbone dans les sols et de reconversion en arboriculture. Le deuxième viserait à assurer la maîtrise durable de l’eau agricole sur le continent. Le dernier aurait pour objectif d’améliorer la gestion des risques climatiques, notamment à travers le déploiement de l’assurance agricole et la mise en place de systèmes d’alerte. Enfin, pour qu’elle réussisse, cette initiative agricole doit être celle de toute l’Afrique. Alliant la parole à l’acte, le Maroc a réuni le 30 septembre dernier vingt sept ministres africains de l’Agriculture pour lancer avec solennité l’initiative « Triple A » visant à l’adaptation de l’agriculture africaine pour faire face aux défis du changement climatique. Une conférence de haut niveau dont les conclusions devront être prises en considération par tous les pays participants à la prochaine COP22. Si, du moins, celle-ci veut se donner les chances d’aboutir à des résultats concrets. « Il aura fallu vingt-et-une COP avant que l’agriculture soit enfin une priorité et non pas simplement un sous sous-chapitre » pour tous ceux qui s’intéressent au devenir de la planète, déplore ouvertement la ministre guinéenne de l’Agriculture, Jacqueline Sultan, en faisant ce constat amer : « Nous avons tous eu l’impression que la COP 21 avait oublié l’agriculture ». Pour se faire entendre à ce sujet, les Africains vont donc devoir mettre les bouchées doubles. Et c’est tout le sens de l’initiative prise par le Maroc, qui pour la première fois a établi « un lien entre le développement agricole et le changement climatique » pour faire bouger les lignes et trouver des solutions pragmatiques au développement du continent dont la population – avec 2,5 milliards d’habitants – aura doublé d’ici à 2050. « L’Afrique se doit donc de doubler sa production agricole d’ici à 2030 et de la tripler d’ici à 2050 ». L’objectif est ainsi fixé, mais reste encore à s’en donner les moyens.

A Marrakech donc, le sommet sur le climat devrait être celui de l’Afrique, première victime du réchauffement de la planète. Ainsi, la COP22 s’annonce comme un rendez-vous qui fera date, puisque l’accord de Paris entrera en vigueur dès le 4 novembre soit trois jours seulement avant l’ouverture de la conférence de Marrakech. Il faut dire que dans les faits, le sommet de Marrakech sera la première conférence des parties organisée sous le régime de l’accord de Paris. Il devrait ainsi avoir pour priorités le renforcement des capacités, le financement du fonds climat et le transfert des technologies en direction des pays les plus vulnérables à savoir les petits Etats insulaires, les pays les moins avancés et le continent africain dans son ensemble.

C’est dire que l’un des enjeux fondamentaux de la COP22 concernera la consécration du principe de justice climatique : il s’agira, entre autres, de permettre aux pays qui ont faiblement contribué à l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère d’être appuyés dans leurs efforts d’adaptation aux dérèglements climatiques. En ce sens, la dimension africaine de la conférence de Marrakech constituera un sujet majeur des négociations. Un autre grand défi de la COP22 consiste à encourager un alignement des innovations avec les besoins du marché. Le sommet de Marrakech constituera sans doute un carrefour d’excellence pour réunir projets innovants, financements verts et grands acteurs mondiaux dans les différents domaines qui influent de près ou de loin sur le climat.

COP22

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