En Côte d’Ivoire, le Président de la République, Alassane Ouattara, a officiellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025, lors d’une allocution télévisée le 29 juillet. À 83 ans, le chef de l’État a justifié sa décision par les nombreux appels de la population à poursuivre son action, mais surtout par la nécessité de faire face aux défis majeurs qui se posent à la Côte d’Ivoire

Sous la présidence Ouattara, la Côte d’Ivoire a tourné la page de la crise post-électorale de 2010-2011. Le pays a retrouvé la paix civile, organisé des scrutins réguliers et adopté une nouvelle Constitution en 2016. Le gouvernement Ouattara a entrepris de réformer l’armée et les forces de sécurité afin d’unifier les ex-belligérants et de professionnaliser les troupes. Cette réforme, consolidée après les mutineries de 2017, a porté ses fruits.
En même temps, de nouvelles menaces sécuritaires, affectant indirectement le pays, sont apparues dans la sous-région sahélienne. La Côte d’Ivoire a été frappée par un attentat terroriste en 2016 à Grand-Bassam et fait face ces dernières années à des incursions de groupes jihadistes le long de sa frontière nord avec le Burkina Faso. Les plus de 67 000 réfugiés burkinabè enregistrés en avril 2025 en Côte d’Ivoire attestent de la persistance du danger terroriste aux portes du pays, que la Côte d’Ivoire ne peut l’ignorer. La priorité affichée est donc de maintenir le climat de paix et de stabilité durement acquis.
Une croissance soutenue et des progrès sociaux
Sur le plan économique, le bilan d’Alassane Ouattara depuis 2011 est souvent présenté comme l’un de ses principaux atouts. Ancien haut cadre du FMI, ce “président-économiste” a engagé la Côte d’Ivoire sur la voie d’une croissance rapide et soutenue, faisant du pays l’un des moteurs de l’Afrique de l’Ouest. De 2012 à 2019, le PIB ivoirien a augmenté en moyenne de +8,2 % par an. Face aux récents chocs mondiaux, l’économie ivoirienne a également fait preuve de résilience avec une croissance maintenue à +2 % en 2020, lors de la pandémie de Covid-19, et un rebond dès 2021 autour de 6-7 %. En 2024, la Côte d’Ivoire affiche toujours une croissance robuste estimée à +6,1 % – contre environ 4 % pour la moyenne africaine.
Au-delà des macro-indicateurs, l’amélioration des infrastructures et du cadre de vie est l’un des marqueurs des années Ouattara, avec des investissements massifs de plus de 3 000 milliards de FCFA rien que dans le secteur routier. L’accès aux services de base s’est également amélioré avec un taux de couverture en eau potable et en électricité dépassant aujourd’hui 80 % de la population, un niveau quasi inédit en Afrique subsaharienne. La relance de secteurs clés – agriculture, agro-industrie, mines – et la confiance retrouvée des investisseurs ont contribué à créer des emplois et à faire émerger une nouvelle classe moyenne, tandis que le taux de pauvreté est passé d’environ 51 % en 2011 à 37 % en 2018. Depuis 2019, la mise en place du Programme social du Gouvernement vise à accélérer la réduction de la pauvreté à travers des filets sociaux, la gratuité de certaines prestations dans des domaines clés – école, santé – et la promotion de l’emploi jeune.
Des défis monétaires et financiers
Face à un environnement international incertain – flambée des prix de l’énergie et des denrées, fluctuations des devises etc. – la Côte d’Ivoire a jusqu’ici pu s’adosser à des fondamentaux monétaires solides. Le pays appartient à la zone CFA, avec une monnaie arrimée à l’euro, ce qui a longtemps permis de contenir l’inflation autour de 1–2 % par an. Sous la présidence Ouattara, les finances publiques ont été gérées de manière prudente. Avant la crise sanitaire, le déficit budgétaire se situait autour de 3 % du PIB et la dette publique restait sous les 40 %. Cette discipline budgétaire, renforcée par l’allègement PPTE de 2012, a permis au pays de mobiliser des ressources sur les marchés. En 2025, la Côte d’Ivoire confirme son attractivité avec une émission de 1,75 milliard USD en euro-obligations, le premier emprunt international libellé en monnaie locale pour 220 milliards FCFA, et surtout un Samurai bond de 50 milliards de yens (336 millions $), garanti par la Japan Bank for International Cooperation (JBIC) — une première en Afrique subsaharienne.
Le FMI salue une trajectoire de réformes crédible, avec une croissance projetée à 6,3 % en 2025, une inflation maîtrisée et un déficit attendu à 3 % du PIB.
Un « mandat de transmission » pour préparer l’après
Avec l’annonce de sa candidature, Alassane Ouattara a tenu à inscrire son éventuel prochain quinquennat sous le signe de la “transmission générationnelle”, déclarant préparer “le passage de témoin à une nouvelle équipe dirigeante” en associant davantage la “jeune génération” aux responsabilités de premier plan. Cette orientation s’inscrit dans la continuité de sa déclaration de mars 2020, lorsqu’il avait évoqué son intention de céder le pouvoir à un successeur plus jeune – une intention contrariée par les événements – le décès brutal de son dauphin désigné en juillet 2020.





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