Le verdict est tombé. Dans l’édition 2025 du Container Port Performance Index (CPPI), élaboré par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence, Tanger Med décroche le titre de port à conteneurs le plus performant d’Afrique. Classée sixième plateforme mondiale, l’infrastructure marocaine confirme son statut de référence internationale dans un contexte marqué par les perturbations des chaînes logistiques mondiales. Derrière cette performance se dessine une transformation profonde du paysage portuaire africain, où quelques hubs émergent tandis que de nombreuses plateformes continuent de souffrir de retards structurels.
L’année 2025 marque un tournant symbolique pour la hiérarchie portuaire du continent. Après plusieurs années de domination égyptienne, Tanger Med s’empare de la première place africaine et relègue Port-Saïd au deuxième rang.
Avec un score de 134 points dans le CPPI et une sixième place mondiale, le complexe portuaire marocain rejoint le cercle fermé des plateformes les plus performantes de la planète. Seuls cinq ports mondiaux font mieux : Fuzhou, Dalian, Salalah, Mawan et Chiwan.
Cette consécration est d’autant plus remarquable que le score de Tanger Med recule légèrement par rapport à 2024. Mais la dégradation beaucoup plus importante enregistrée par Port-Saïd permet au port marocain de prendre l’avantage.
La performance de Tanger Med repose sur un modèle devenu une référence internationale. Situé à la jonction des grandes routes maritimes reliant l’Europe, l’Afrique, l’Asie et les Amériques, le port bénéficie d’un positionnement géographique exceptionnel. Une rente géographique. Il s’appuie également sur une zone économique intégrée qui accueille plus de 500 entreprises industrielles et logistiques opérant dans les secteurs automobile, aéronautique, textile, agroalimentaire et électronique.

Le Maroc récolte les fruits de deux décennies d’investissements
Le succès de Tanger Med n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’une stratégie de long terme fondée sur des investissements massifs dans les infrastructures, la digitalisation et l’intégration logistique.
Depuis sa mise en service, le complexe a continuellement renforcé ses capacités de traitement des conteneurs, multiplié les connexions maritimes et amélioré ses performances opérationnelles. Les terminaux disposent d’équipements de dernière génération permettant de réduire les temps d’attente des navires et d’optimiser les opérations de chargement et de déchargement.
Selon la méthodologie du CPPI, la performance d’un port est principalement évaluée à travers le temps écoulé entre l’arrivée d’un navire et son départ après les opérations commerciales. Plus cette durée est courte, plus la plateforme est considérée comme efficace.
Cette approche met en évidence la capacité des ports à mobiliser simultanément leurs infrastructures, leurs équipements, leurs systèmes d’information et leurs ressources humaines.
Tanger Med apparaît ainsi comme l’une des rares plateformes mondiales capables de maintenir un haut niveau de productivité malgré les turbulences qui affectent le transport maritime international.
L’Égypte reste une puissance portuaire incontournable
Si Port-Saïd perd son leadership continental, l’Égypte demeure néanmoins l’acteur le plus représenté dans le Top 10 africain.
Outre Port-Saïd, le pays place Damiette au quatrième rang continental, El Sokhna à la cinquième position et El Dekheila au huitième rang.
Cette présence massive confirme le rôle stratégique joué par l’Égypte dans les échanges mondiaux grâce au canal de Suez.
Toutefois, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les perturbations observées en mer Rouge ont fortement affecté le trafic maritime régional. Les détournements de navires et les retards accumulés ont contribué à dégrader les performances de plusieurs ports égyptiens.
Port-Saïd illustre parfaitement cette situation. Après avoir occupé la première place africaine en 2024, la plateforme a vu son score reculer de vingt points en un an.

Djibouti confirme son ascension
Derrière les géants marocain et égyptien, Djibouti poursuit sa progression et s’impose comme la troisième plateforme la plus performante du continent.
Occupant le 53e rang mondial, le port djiboutien bénéficie d’un positionnement stratégique à l’entrée de la mer Rouge et constitue la principale porte maritime de l’Éthiopie.
La Banque mondiale souligne que Djibouti a enregistré une amélioration notable de ses performances grâce à une meilleure coordination opérationnelle, à l’augmentation des capacités portuaires et à une gestion plus efficace des flux maritimes.
Cette progression démontre qu’il est possible pour un port africain d’améliorer significativement sa compétitivité malgré un environnement régional complexe.

Dakar et San Pedro tirent leur épingle du jeu
L’Afrique subsaharienne parvient également à placer plusieurs ports dans le Top 10 continental.
Dakar se classe septième port africain tandis que San Pedro occupe la neuvième position. Ces résultats témoignent des efforts engagés ces dernières années pour moderniser les infrastructures et renforcer l’attractivité logistique de ces plateformes.
Le port sénégalais profite notamment de son rôle de hub régional pour l’Afrique de l’Ouest, tandis que San Pedro bénéficie du dynamisme des exportations agricoles ivoiriennes.
Mogadiscio, en Somalie, constitue également une surprise notable en se hissant au sixième rang africain.

L’Afrique reste loin des standards mondiaux
Malgré ces réussites individuelles, le classement met en lumière les difficultés persistantes de la majorité des ports africains.
Sur les 54 plateformes du continent répertoriées dans le CPPI, une grande partie figure dans la seconde moitié du classement mondial. Casablanca n’apparaît qu’au 365e rang mondial, Douala au 370e, Tema au 376e, Abidjan au 381e, Kribi au 395e ou encore Durban au 398e rang. Concernant Durban, précisons cependant que, bien que classé parmi les derniers, il a enregistré l’une des progressions les plus marquées entre 2024 et 2025.
Ces résultats illustrent l’ampleur des défis auxquels reste confrontée l’Afrique portuaire.
La Banque mondiale souligne que les ports du continent enregistrent généralement des temps d’escale plus longs que leurs homologues asiatiques ou européens. Les contraintes de capacité, l’insuffisance des investissements, la faible connectivité avec les hinterlands et le manque de concurrence entre plateformes continuent de peser sur leurs performances.
Au-delà du classement, la première place de Tanger Med envoie un message fort. Elle démontre qu’un port africain peut rivaliser avec les meilleures infrastructures mondiales lorsqu’il bénéficie d’une vision stratégique claire, d’investissements continus et d’une gouvernance performante.











