Le Sénégal du duo Diomaye – Sonko retombe dans les travers de la politique politicienne, celle des chamailleries entre la majorité et l’opposition. Passée l’euphorie d’une victoire surprise consacrant une alternance rare dans une Afrique où le Président sortant…sort rarement, Diomaye Faye et Ousmane Sonko se retrouvent face à un Parlement où le rapport des forces ne leur est pas favorable
Comment gouverner sans majorité au Parlement ? Bassirou Diomaye Faye qui a survolé la présidentielle de mars dernier avec plus de 54% des voix, dirige, depuis, sans majorité au Parlement.
Il fait face à la réalité d’un pouvoir où l’opposition disposant d’une légère majorité à l’Assemblée nationale peut perturber l’exécution de son programme politique et l’obliger à des compromis en attendant la solution envisageable de législatives anticipées, avec l’espoir de rebattre les cartes autrement.
Justement, cette dissolution pourrait intervenir en septembre prochain selon la loi sénégalaise qui prévoit également la gestion du pays par décret. En attendant, Diomaye Faye pourra donc gouverner et exécuter son programme par ordonnance.
L’idée des ralliements post-élection est aussi une solution envisageable, le débauchage étant une pratique en vogue partout dans le monde, notamment en Afrique, mais tout le monde se rappelle encore les propos d’Ousmane Sonko lors du dernier rassemblement électoral de Bassirou Diomaye Faye à Dakar, qu’aucune alliance ni ralliement de partis ou de leaders politiques à la coalition « Diomaye président » ne donneront droit à un quelconque partage du pouvoir !
Bassirou Diomaye Faye avait été rejoint avant le premier tour du scrutin présidentiel du 24 mars par le Parti Démocratique Sénégalais, le PDS de Karim Wade toujours en exil au Qatar. Deux autres candidats à la présidentielle l’avaient également rejoint.
L’idée de rebattre les cartes à l’Assemblée nationale est donc en l’air pour tenter de forcer un alignement des étoiles (rompre l’équilibre des pouvoirs) et éviter ainsi la singulière situation que traverse la France aujourd’hui à cause des erreurs d’appréciation d’un Emmanuel Macron pris dans les filets de son propre jeu.
Il est cependant clair que le casse-tête politique au Sénégal n’est pas de même nature que celui qui divise les Français depuis près de deux mois. Il s’agit pour Diomaye Faye, mais surtout pour son mentor Ousmane Sonko, aux commandes en tant que Premier ministre, de mettre en place le dispositif politique permettant de répondre aux aspirations des Sénégalais qui ont opté pour le changement. Économique et social, s’entend.
Montrer aux Sénégalais qu’ils ne s’étaient pas trompés dans leur choix
Le nouveau pouvoir doit relever le défi de l’émergence légué par Macky Sall. Si le tombeur d’Abdoulaye Wade, en 2012, a bénéficié de deux mandats pour sortir une décennie après avec un bilan économique satisfaisant, les leaders du Pastef doivent mener une course contre la montre pour entretenir la flamme (ou la verve) d’une élection gorgée d’espoir. Sortir de la routine est donc le premier des impératifs. Apporter le changement, non seulement dans un discours politique «informelisé» à outrance, mais par le lancement de nouveaux chantiers qui montrent aux Sénégalais qu’ils ne s’étaient pas trompés dans leur choix. Certes, la volonté affichée de gouverner autrement, mais surtout d’auditer (corriger) les accords de grands projets comme ceux du pétrole et du gaz passés par le pouvoir sortant est de bon augure mais cela suffit-il, pour autant, à maintenir le niveau de la cote de popularité ayant soumis le camp de Macky Sall en mars dernier ?
Un test d’envergure, au niveau législatif, est la tenue d’une session parlementaire extraordinaire pour l’examen pour adoption de deux propositions de loi portant suppression du conseil régional des collectivités locales et du conseil économique et social. En termes d’audience, la majorité requise avait été obtenue avec la présence dans la grande salle de l’hémicycle de 98 députés sur 165 !
La volonté du pouvoir de s’assurer une majorité parlementaire pour la conduite des affaires du pays rencontre l’action contraire de l’opposition qui vient de mettre en place une nouvelle coalition composée de près de 40 partis et mouvances politiques résolument décidés à conserver l’équilibre des forces en vue d’imposer la cohabitation dans un mandat où le véritable enjeu est de préparer l’élection à la présidentielle (en 2029 ?) d’Ousmane Sonko.
L’inconfort dans lequel se trouve un président de la République par défaut !
Cet objectif, qualifié d’ambition strictement personnelle que Macky Sall avait contrarié en 2023 par l’emprisonnement du leader du Pastef, risque de perturber, durablement, la vision et l’action politiques des nouveaux dirigeants du Sénégal. Le risque d’en arriver à une divergence de points de vue, voire à une confrontation directe entre Diomaye Faye et son Premier ministre est hautement improbable mais il permet au camp adverse d’agir en gardant à l’esprit l’inconfort dans lequel se trouve un président de la République par défaut ! Diomaye Faye ne parviendra à gagner son challenge qu’en agissant sur les leviers économiques du pays pour égaler, voire surpasser le bilan économique d’un Macky Sall auquel on reconnait de grandes réalisations dans le domaine des infrastructures et l’énergie mais qui aura accusé le coup s’agissant de l’emploi et de l’industrie.


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