Agricultices africaines
Malgré les contraintes qu’elle affronte au quotidien, l’agricultrice africaine est l’acteur principal du secteur sur le continent. Elle est surtout, le levier de l’amélioration des conditions de vie des communautés rurales. C’est le fil conducteur des programmes soutenus par la Fondation OCP au profit de la femme agricultrice africaine. Le renforcement des capacités, la formation et l’accès aux technologies sont au cœur de cette mobilisation. Décryptage de Hassina Moukhariq, Directrice Développement International – Fondation OCP.
L’agricultrice africaine au cœur du développement des communautés
AFRIMAG : Quelles sont les initiatives et les programmes de la Fondation OCP qui ciblent la femme agricultrice en Afrique ? Et quels sont les premiers résultats ?
Hassina Moukhariq : La Fondation OCP définit la Femme comme un véritable moteur de développement rural en Afrique. Représentant près de 80 % de la force agricole rurale, la Fondation OCP réserve à la femme une attention particulière et ambitionne de renforcer sa résilience et son autonomisation pour lui permettre d’accroître son rôle dans la transformation de notre continent. Elle facilite ainsi l’accès à la formation pour permettre à la Femme africaine de libérer son potentiel en tant que force vive du continent. C’est dans cette perspective que la Fondation a conçu des programmes dispensés par l’Université MohammedVI Polytechnique (UM6P) et son réseau d’experts africains au profit des femmes agricultrices. En partenariat avec l’ONG Femmes Africa Solidarité, la Fondation appuie l’initiative «Empowering Women in Agriculture» qui vise à autonomiser les femmes agricultrices et à participer à l’amélioration de leurs activités génératrices de revenus. En symbiose avec l’environnement, et en tenant compte des effets du changement climatique, la Fondation OCP développe aussi des programmes d’accompagnement qui visent à accroître la résilience des femmes grâce à des formations adaptées et l’accès aux technologies modernes de production et de valorisation des produits agricoles, leur permettant ainsi d’améliorer ainsi leurs revenus et leurs conditions de vie. Ces programmes ont permis le renforcement des capacités de plus de 2000 bénéficiaires directes et la structuration de près d’une vingtaine de groupements féminins dans des pays tels que le Sénégal et le Malawi. Par ailleurs, la Fondation OCP promeut les femmes chercheuses et scientifiques pour les doter du savoir nécessaire qu’elles transmettront à leur tour aux agricultrices, contribuant ainsi au développement communautaire rural. La Fondation a instauré des programmes de formation et de financement des sujets de recherche qui s’inscrivent dans les priorités du monde rural africain. Près d’une centaine de femmes scientifiques ont été formées et près d’une dizaine de projets ont été initiés pour contribuer au développement de la femme rurale.
Enfin, la Fondation soutient tous les moyens de communication et de diffusion du savoir agricole en milieu rural, notamment la radio rurale qui demeure le moyen de communication le plus accessible et abordable en Afrique subsaharienne. Grâce à cet outil, la Fondation et ses partenaires diffusent les messages de sensibilisation sur les bonnes pratiques d’une agriculture durable. Près de 1 million d’auditeurs ont pu bénéficier de ces messages de sensibilisation, y compris les femmes agricultrices.
AFRIMAG : De la préparation des terres à la commercialisation des récoltes, l’agricultriceafricaine est une véritable «SUV.» Quelles pistes voyez-vous pour développer son autonomisation et accroître son impact sur les communautés ?
Hassina Moukhariq : L’accès équitable à la formation et au savoir sont essentiels pour accroître l’impact de la femme sur la communauté. En effet, l’autonomisation de la femme commence par la formation et la sensibilisation. C’est pour cette raison que la Fondation OCP apporte son soutien à la formation de la femme dès son plus jeune âge. Une femme formée aujourd’hui est une génération future mieux préparée pour la construction d’une société plus unie. La Fondation contribue à enrichir le contenu pédagogique des établissements scolaires, des centres de formation agricole et des centres villageois de formation qu’elle met en place au profit des communautés.
Outre la formation, il est essentiel de faciliter l’accès à l’équipement et le matériel de production et de valorisation pour réduire la pénibilité du travail des femmes et accroître la production de qualité. En favorisant l’amélioration et la certification de qualité de la production agricole, la Fondation encourage l’organisation des femmes pour constituer des groupements plus forts, dotés d’une capacité de commercialisation plus importante, et ce, à l’échelle locale, régionale et internationale.
Accès au financement : le système bancaire doit innover !
AFRIMAG : Le rôle central des agricultrices africaines dans la sécurité alimentaire des communautés contraste avec leurs difficultés d’accès au financement et les inégalités d’accès au foncier dont elles sont victimes. Comment surmonter ces obstacles ? Le micro-crédit vous semble-t-il une solution à ce problème de financement ?
Hassina Moukhariq : Les femmes travaillent la terre et elles transmettent aussi toute la connaissance autochtone des pratiques agricoles, transmises de générations en générations. Leur rôle est donc essentiel pour produire, à partir des terres africaines, l’alimentation des communautés. Mais ces terres ne leur appartenant pas, elles ont trouvé des alternatives pour contourner cet obstacle. En effet, les femmes restent solidaires et s’organisent en groupements pour pouvoir ensemble accroître leur production et conquérir de nouveaux marchés à des prix de vente mieux négociés. La quête de l’amélioration permanente de la production en quantité et en qualité valorisée est ce qui permet aux femmes d’améliorer leurs revenus et, par conséquent, leurs conditions de vie. C’est là où la Fondation OCP intervient pour ancrer les bases solides de savoir, pour leur permettre de réussir dans l’entreprenariat. Le micro-crédit n’est en effet qu’une partie de la solution. Le système bancaire devrait innover dans les systèmes existants de micro-crédit et adapter les conditions d’octroi de crédit à cette communauté vulnérable. Cela implique une meilleure formation des banquiers, plus d’incentives à fournir des crédits et une mutualisation des risques liés à l’octroi de crédits aux femmes agricultrices.
Un tiers de l’alimentation mondiale provient des petites exploitations tenues par les femmes
AFRIMAG : La diversification des débouchés est un frein à la création des richesses par l’agricultrice africaine. Dans quels domaines prioritaires faut-il axer l’accompagnement ?
Hassina Moukhariq : Les petites exploitations agricoles, principalement travaillées par les femmes, fournissent près du tiers de l’alimentation mondiale. Il est donc primordial d’apporter de l’innovation à l’agriculture africaine. En s’appuyant sur la technologie et les énergies renouvelables, la Fondation OCP œuvre pour le développement d’une agriculture africaine plus moderne, plus performante et moins pénible. C’est ainsi que ce secteur sera plus attractif pour les communautés rurales, et pour la Femme agricultrice en particulier.
Par ailleurs, la Fondation OCP, aux côtés de ses partenaires investit dans l’accès à l’eau car sans cette ressource, les femmes se trouvent dans l’incapacité de développer leurs activités agricoles ou d’élevage.
Aussi, dans un souci de préservation des espèces endémiques, la Fondation encourage la production, la valorisation et la labélisation des produits de terroir comme source de revenus pérennes pour les femmes. A titre d’exemple, la Fondation accompagne les femmes du tracé de la Grande Muraille Verte à mieux comprendre les bienfaits sur la santé de certaines cultures locales. Elles sont formées à la production et à la valorisation d’une gamme de produits dérivés pour les marchés locaux mais aussi internationaux ainsi qu’aux métiers para-agricoles sur toute la chaîne afin de créer un tissu économique local intégré et durablement performant.
AFRIMAG : La Fondation OCP mène un appui remarquable au Sénégal, en Guinée et à Madagascar pour préserver les mangroves/les écosystèmes. Que faites-vous à ce niveau pour impliquer les femmes ?
Hassina Moukhariq : Les écosystèmes naturels ont connu une dégradation importante due à plusieurs facteurs. C’est ainsi qu’à travers ses projets, la Fondation OCP tente de réconcilier les communautés avec la nature. En partenariat avec les autorités locales, elle conçoit des programmes de formations pour le reboisement communautaire par les femmes et les jeunes. Aussi, en se référant à la connaissance locale et avec l’appui des experts, plusieurs activités génératrices de revenus sont développées, et ce, dans le respect de la biodiversité des écosystèmes terrestres et côtiers. En effet, les femmes sont formées à des activités comme l’apiculture, l’ostréiculture ainsi que toute autre activité de production et de valorisation des produits de terroir. Aussi bien pour la mangrove et les parcs nationaux au Sénégal, que pour les forêts de Madagascar, la Fondation et ses partenaires forment les femmes à la préservation de l’environnement et leur apportent les enseignements pour obtenir des revenus pérennes pour améliorer leurs conditions de vie. Dans le cadre de ces projets, la Fondation a apporté aux communautés des équipements et intrants pour le reboisement communautaire ainsi que pour la production et la valorisation des produits issues des parcs, des forêts et de la mangrove.
AFRIMAG : La tech peut être un secteur d’inclusion des femmes sur le continent. En quoi peut-elle être un levier pour contribuer à leur formation ?
Hassina Moukhariq : La tech est un outil disruptif qui permet d’identifier des solutions innovantes pour affronter les défis de notre continent. Pour cela, la Fondation OCP an mis en place un programme dédié aux femmes africaines dans la technologie et l’intelligence artificielle au service du développement de l’Afrique. Le programme vise la formation de 150 femmes sur 3 ans et le financement de projets basé sur l’IA. En 2023, 34 femmes provenant de 11 pays ont été formées par Ai Movement de l’UM6P et une dizaine de projets ont été sélectionnés pour bénéficier d’un financement. Ce projet n’est qu’à ses débuts et l’engouement des femmes pour participer à la transition technologique en Afrique est déjà très satisfaisant.











