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Entretien : Jean-Louis Baroux, Président APG Academy.  «L’IATA n’a pas fait son travail»

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Considéré comme une sommité dans le domaine du transport aérien, sa parole est rare dans les médias. Donc, l’analyse de Jean-Louis Baroux est très attendue en cette période de crise qui frappe de plein fouet notamment les compagnies aériennes. Président-fondateur d’APG, leader mondial de fournitures de services commerciaux au transport aérien, cet expert de l’aérien, auteur également de plusieurs ouvrages dont «Compagnies aériennes- La faillite du modèle», décrypte la mauvaise passe du secteur et dégage des perspectives de sortie de crise.

«L’IATA n’a pas fait son travail»

AFRIMAG : Comment les compagnies aériennes gèrent-elles l’emploi au regard de l’ampleur de la crise due au Covid-19 ?

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Jean-Louis Baroux : Il y a deux genres de compagnies : celles qui seront protégées par leurs gouvernements et qui seront très précautionneuses en matière de licenciements : une centaine dans le monde … et les autres. Pour ces dernières cela dépendra du système social de leurs états respectifs. Si ces derniers sont peu protecteurs, comme c’est le cas des Etats du Golfe, les dégâts seront considérables car les décisionnaires n’hésiteront pas à couper dramatiquement dans leurs effectifs pour sauver leurs compagnies. Il faut rappeler que les coûts de personnel représentent 30% des coûts globaux et 60% des coûts fixes.

Le secteur du transport aérien a été fortement touché par la crise du Covid-19. Quand est-ce que celui-ci pourrait retrouver son niveau d’avant crise ?

Selon les hypothèses, cela va prendre entre 2 ans minimum et 10 ans maximum. Autant dire que l’on en sait rien car personne ne peut prédire le comportement des consommateurs assommés par l’intoxication des médias qui ont instillé la peur de voyager, sans que cela corresponde à un quelconque danger avéré.

Quelles étaient les perspectives pour le transport aérien avant cette pandémie ?

C’est très simple : 5% de taux de croissance appliqués à 4,2 milliards de passagers et 820 milliards de dollars US de chiffre d’affaires. C’est-à-dire plus 210 millions de passagers et plus 41 milliards de dollars par rapport à l’année précédente. Cela correspond en gros à quatre fois le chiffre d’affaires total annuel du transport aérien africain. Bref, tout allait bien avant que tout aille mal.

L’Iata a demandé un “soutien financier direct” aux transporteurs de passagers et de fret pour compenser leur manque à gagner. A votre avis, comment cela devrait-il se traduire ?

Tout d’abord, Iata n’a pas fait son travail qui consiste à créer un système de protection économique des compagnies aériennes dont cet organisme est le mandant. Il ne suffit pas de demander la protection des Etats alors que depuis plus de 20 ans les compagnies n’ont pas été capables de créer un fonds de protection des passagers en cas de défaillance des transporteurs. On ne peut pas impunément crier à l’aide alors que la profession est incapable de se protéger elle-même. Ceci-dit, le transport aérien n’est en rien fautif du désastre qui lui est tombé dessus. Les Etats ont fermé leurs frontières et ce sont eux les principaux responsables de cette situation pour avoir, pour la première fois dans l’histoire, fait le choix de la santé avant l’économie. Il est donc logique qu’ils protègent les opérateurs qu’ils ont mis en difficulté. Chaque pays a fait ses propres choix et dans l’ensemble ils ont plutôt consisté à encourager les transporteurs à s’endetter, avec leur garantie, en attendant des jours meilleurs. Cela revient à tirer un chèque sur les générations futures. Bien malin qui peut prédire ce qu’il se passera lorsqu’il faudra rembourser d’une manière ou d’une autre.

Alors que le confinement a entraîné une crise économique inédite dans le secteur aérien, le fret a tourné, lui, à plein régime, entraînant une hausse des tarifs. A quand une baisse des prix ?

Les prix ont trop baissé par le passé. Il est logique qu’ils remontent que ce soit dans le secteur du fret ou celui des passagers.

Selon l’Association africaine des compagnies aériennes, les pertes de revenus liées au coronavirus pourraient dépasser 8 milliards de dollars US pour les compagnies aériennes africaines. Qu’en pensez-vous ?

C’est un vrai désastre. Il aurait pu être largement évité si les Etats n’avaient pas fermé leurs frontières alors que la pandémie du Covid-19 avait finalement peu touché le continent. En fait les gouvernants, comme les dirigeants du transport aérien sont moutonniers. Ils ont copié ce qui s’est passé en Asie puis en Europe. Il n’est pas certain que cela ait été la meilleure solution.

Comment relancer ces compagnies aériennes africaines sachant que leur situation financière n’était pas des meilleures avant la crise ?

La question est de savoir si elles pourront disposer de la trésorerie nécessaire pour passer cette année. En gros il manquera 10 milliards de dollars US à répartir sur la centaine de transporteurs africains, gros ou petits. Ce n’est pas si terrible si les autorités mondiales se mobilisent pour prêter ces fonds, car peu d’Etats seront en capacité de le faire eux-mêmes. Le transport aérien est vital pour l’Afrique. On peut espérer que la mobilisation internationale sera suffisante pour protéger ce secteur si stratégique.

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