Dans le cadre du projet Fonds de Solidarité pour les Projets Innovants – Transition Écologique, Je m’engage pour l’Afrique (JMA) a réalisé l’ouvrage « Bonnes pratiques – Valoriser les actions environnementales au Cameroun.» https://mag.jmafrique.org/publication
Ce guide met en lumière l’ingéniosité des acteurs camerounais, de l’Extrême Nord au Littoral, face aux défis environnementaux, offrant un modèle de résilience et d’innovation pour toute l’Afrique.

AFRIMAG : Dans un contexte où les tensions sociales, le tribalisme et les discriminations demeurent des enjeux sensibles au Cameroun, comment formez-vous les jeunes à la paix et au vivre-ensemble ?
Stève Patrick Essono : Le Cameroun est un pays à la diversité ethnique remarquable. Cette richesse peut être un puissant moteur de cohésion nationale… Si elle (richesse) est mal valorisée, elle devient un terrain propice aux conflits. Les discriminations, la marginalisation de certaines communautés et la propagation de fausses informations alimentent malheureusement le tribalisme.
Pour former et informer efficacement les populations sur la paix et la lutte contre les discriminations, il faudrait valoriser le potentiel qu’apporte cette diversité ethnique au travers de l’éducation des jeunes qui sont l’avenir du pays. Cela passe par des interventions dans le milieu scolaire ou des sessions de formation en ligne des jeunes volontaires ou encore par des campagnes de proximité qui recruteraient des ambassadeurs de la paix pour des périodes bien précises et dont le suivi des activités se fera continuellement.
AFRIMAG : Vous insistez sur l’importance d’un développement inclusif. Comment accompagnez-vous les communautés vulnérables sur le terrain pour qu’elles deviennent actrices de leur avenir ?
Stève Patrick Essono : Le principal obstacle à l’émancipation des communautés vulnérables, c’est l’ignorance de leurs droits. Beaucoup de populations rurales, notamment les femmes, n’ont pas les outils pour défendre leurs terres, protéger leurs ressources naturelles ou faire entendre leur voix dans les projets de développement.
Notre priorité est donc de les accompagner à faire valoir leurs droits, notamment fonciers et environnementaux, et de renforcer leurs capacités sur les plans économique, sanitaire ou éducatif. Cela passe par des formations, mais aussi par une co-construction des projets de développement : trop souvent, ces communautés subissent des initiatives décidées ailleurs. Nous œuvrons pour qu’elles deviennent des partenaires à part entière, capables de négocier, d’entreprendre et de s’organiser collectivement.
AFRIMAG : L’entrepreneuriat jeune est au cœur de vos engagements. Quels leviers faut-il activer pour faire émerger une génération d’entrepreneurs responsables au Cameroun ?
Stève Patrick Essono : Le potentiel entrepreneurial de la jeunesse camerounaise est immense, mais de nombreux freins subsistent : formation trop théorique, manque d’accès au financement, isolement, déficit d’équipement… Pourtant, les opportunités ne manquent pas : notre pays importe encore massivement des produits et des services, alors même que des réponses locales existent.
Mais surtout, nous pensons que l’État et les collectivités locales doivent jouer un rôle actif : réserver un pourcentage des marchés publics aux jeunes entreprises, ou imposer des clauses d’association avec des PME locales dans les appels d’offres. Cela créerait un effet d’apprentissage et permettrait aux jeunes structures de se stabiliser.
Enfin, nous portons une vision exigeante de l’entrepreneuriat : des entreprises sociales, éthiques et écologiques, capables de créer de la valeur tout en répondant aux défis de demain. C’est à cette condition que la jeunesse pourra devenir le moteur d’un développement durable et inclusif pour le Cameroun.





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