Au » sommet » des terres rares et des minerais stratégiques qui se tient ce mercredi 4 février à Washington, la République démocratique du Congo (RDC) sera en première ligne avec ses immenses ressources minières. Son président, Félix-Antoine Tshisekedi y jouera le rôle de VRP en chef. Il peut aussi compter sur des majors opérant dans le pays. Devant un parterre d’investisseurs, la sortie du groupe canadien Ivanhoe Mines la veille de ce rendez-vous le confirme. Son management assure que la mine de zinc Kipushi située dans le Grand Katanga figure parmi les actifs susceptibles d’alimenter le projet américain de stock stratégique de minéraux critiques, doté de 12 milliards de dollars US. Selon le groupe, qui précise au passage être en pourparlers avec ses partenaires sur le projet, y compris la compagnie minière publique congolaise Gécamines, sur les modalités d’un partenariat.
Ce sommet, combiné à une autre offensive américaine ciblant au même moment les mines de cuivre congolaises exploitées par le groupe suisse Glencore, illustre l’accélération des plans de Washington dans les minéraux critiques en RDC.
Le stock stratégique de minéraux critiques des États-Unis vise à sécuriser les filières industrielles nationales face au risque de ruptures d’approvisionnement et à la large avance prise par le rival chinois. Ce qui est certain, c’est que la communication d’Ivanhoe Mines autour de la mine de Kipushi apporte un premier indice. L’entreprise et ses partenaires discutent en effet d’un accord pour exporter, à cette fin, vers les Etats-Unis le concentré de zinc, de cuivre, de plomb, ainsi que de germanium et de gallium issus de ce site.
L’opération passerait par une société de négoce récemment créée par la Gécamines et le groupe suisse Mercuria.
Pour mémoire, la compagnie publique congolaise (Gécamines) détient 38 % de la mine de Kipushi, tandis que Mercuria bénéficie depuis 2025 du droit d’acquérir jusqu’à un tiers du concentré de zinc non encore attribué de Kipushi.
Si les contours définitifs de l’initiative restent à préciser, la stratégie américaine de sécurisation des approvisionnements s’étend parallèlement aux mines de cuivre et de cobalt Mutanda et Kamoto, exploitées par Glencore dans le Grand Katanga. Cette fois, il ne s’agit pas d’alimenter le stock stratégique en cours de constitution aux Etats-Unis, mais de sécuriser directement une part de la production de ces actifs. Concrètement, Orion Critical Mineral, consortium créé l’an dernier avec le soutien de Washington, a signé un protocole d’accord avec Glencore pour acquérir 40 % des intérêts dans les deux mines. Selon un communiqué conjoint publié, mardi 3 février, la transaction impliquerait une valorisation combinée d’environ 9 milliards de dollars pour Mutanda et Kamoto. L’objectif est de disposer, à terme, d’un volume de production proportionnel à cette participation pour des acheteurs désignés, «garantissant ainsi l’approvisionnement en minéraux des États-Unis et de leurs partenaires.»
Investissements dans les mines congolaises : les premières avancées tangibles de l’Oncle Sam
Pris ensemble, le projet annoncé à Kipushi et les initiatives autour des mines de Glencore répondent ainsi à une même logique : assurer l’approvisionnement du marché américain en minéraux critiques. Plus largement, il s’agit des premières avancées tangibles dans le cadre du partenariat bilatéral conclu début décembre 2025 entre Kinshasa et Washington, destiné à encourager les investissements américains dans le secteur minier congolais.
En janvier, une liste d’actifs miniers stratégiques congolais a d’ailleurs été soumise aux entreprises américaines dans le cadre de cet accord commercial. Son contenu reste toutefois confidentiel, et l’on ignore si les trois mines récemment ciblées par les initiatives américaines en RDC y figurent. Toutefois, selon le Secrétaire d’Etat adjoint américain Christopher Landau, l’offre formulée par Orion à Glencore s’inscrit déjà pleinement dans les objectifs fixés par le partenariat entre Kinshasa et Washington.
«Cette transaction proposée entre Glencore et le consortium Orion Critical Mineral, soutenu par la Maison Blanche, reflète les objectifs fondamentaux de l’accord de partenariat stratégique Etats-Unis-RDC en encourageant un accroissement des investissements américains dans le secteur minier de la RDC et en promouvant des flux sûrs, fiables et mutuellement avantageux de minéraux critiques entre nos deux pays,» a notamment déclaré le responsable américain.
Pour la RDC, ces initiatives vont au-delà de l’attraction de nouveaux investissements miniers. Elles traduisent aussi une volonté affirmée de réduire l’emprise des opérateurs chinois sur le secteur minier national. Leur concrétisation reste toutefois à confirmer, l’offre faite à Glencore étant notamment conditionnée à la signature d’accords juridiquement contraignants et à l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires. L’évolution de ces dynamiques sera donc à suivre dans les prochaines semaines, alors que Glencore et Orion affichent déjà leur intention «d’acquérir des projets et des actifs miniers critiques supplémentaires en RDC.»











