Jerome Powell est sorti de sa réserve pour dénoncer les pressions politiques exercées par l’administration de Donald Trump sur la Réserve fédérale. Dans une prise de parole rare, le président de la banque centrale américaine a défendu l’indépendance de l’institution, au moment où une enquête du ministère de la Justice sur la rénovation de son siège ravive les tensions entre la Fed et la Maison Blanche.
Pour la première fois depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le président de la Réserve fédérale américaine a publiquement rompu avec la retenue qui caractérise habituellement sa fonction. Ce dimanche 11 janvier, Jerome Powell a pris la parole dans une allocution exceptionnelle pour dénoncer ce qu’il décrit comme des «menaces et pressions continues» visant la banque centrale, après la révélation d’une enquête fédérale portant sur la rénovation du siège de la Fed à Washington.
Cette enquête, menée par le ministère américain de la Justice, a été ouverte à l’automne 2025, selon des informations révélées vendredi par le New York Times. Elle porte sur un vaste chantier de rénovation engagé en 2022 au siège historique de la Réserve fédérale, un ensemble de bâtiments construits dans les années 1930. Les travaux prévus jusqu’en 2027, visent à remettre aux normes des infrastructures vieillissantes, notamment en traitant la présence d’amiante et de plomb et en restaurant des éléments architecturaux protégés.
Initialement évalué à 1,9 milliard de dollars, le coût du projet est désormais estimé à environ 2,5 milliards. Cette hausse est due à l’inflation, par des contraintes techniques imprévues et par les exigences liées à la préservation du patrimoine, justifie la Fed. Ces dépassements budgétaires ont fourni un angle d’attaque politique à la Maison Blanche, qui accuse la direction de la Fed d’«incompétence.»
«Personne, certainement pas le président de la Réserve fédérale, n’est au-dessus des lois»
C’est dans ce contexte que le New York Times a révélé que le ministère de la Justice examinait également les déclarations de Jerome Powell lors de son audition devant le Congrès, en juin dernier, au sujet de ce projet de rénovation. Quelques heures après la publication de l’article, le président de la Fed a choisi de réagir directement, non par un communiqué écrit, mais par une courte vidéo diffusée sur les réseaux sociaux et déjà visionnée plus de 48 millions de fois.
Jerome Powell a tenu à rappeler l’indépendance de la politique monétaire vis-à-vis du pouvoir exécutif. «Personne, certainement pas le président de la Réserve fédérale, n’est au-dessus des lois,» a-t-il affirmé, tout en soulignant le caractère inédit de la situation. Selon lui, la procédure engagée ne peut être comprise indépendamment d’un climat plus large de pressions politiques exercées par l’exécutif sur la banque centrale.
Le patron de la Fed rejette l’idée selon laquelle le chantier de rénovation constituerait le véritable cœur du dossier. À ses yeux, ces accusations servent de prétexte à une remise en cause plus profonde de l’autonomie du comité de politique monétaire. «La question est de savoir si la Fed pourra continuer à fixer les taux d’intérêt en fonction des données économiques et des conditions réelles, ou si la politique monétaire sera dictée par la pression politique et l’intimidation,» a-t-il averti.
Bras de fer
Depuis des mois, Donald Trump multiplie les attaques contre la Fed et son président, exigeant des baisses rapides et massives des taux d’intérêt. Il réclame publiquement un niveau proche de 1 %, contre une fourchette actuellement comprise entre 3,50 % et 3,75 %. Le président américain ne cache pas son hostilité personnelle envers Jerome Powell, qu’il surnomme «Too Late» et accuse d’avoir freiné la croissance.
Jusqu’ici, le président de la Réserve fédérale s’était abstenu de toute confrontation directe, se contentant de rappeler le mandat confié à l’institution par le Congrès : assurer la stabilité des prix et le plein emploi. Le choix de prendre la parole publiquement marque donc un tournant, au moment où la Cour suprême doit prochainement se prononcer sur l’étendue du pouvoir présidentiel sur les agences fédérales indépendantes. En affirmant qu’il resterait à son poste et qu’il continuerait «à faire le travail pour lequel le Sénat l’a confirmé,» Jerome Powell assume désormais son opposition au président.
Avec AFP





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