Dans un entretien accordé à l’agence Associated Press et publié sur le site de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, Président de la BAD, d’habitude pondéré, a lâché ses chevaux. Il a déclenché une violente charge contre les prêts accordés aux pays africains en échange de l’exploitation de leurs ressources naturelles.
Sans la citer nommément, le patron de la BAD vise la Chine, coutumière de ce type de deals sur le continent. En échange de prêts dont les clauses restent secrètes, Pékin y met la main sur des mines de lithium, de cobalt, de cuivre ou d’uranium pour faire tourner son industrie. «Ces accords sont tout simplement mauvais, surtout parce que vous ne pouvez pas évaluer correctement le prix des actifs », tempête Akinwumi Adesina.
Pékin exploite les riches réserves de cobalt en RDC
Lier les revenus futurs des exploitations minières aux remboursements de prêts est censée être une garantie permettant aux Etats d’obtenir des financements pour des projets d’infrastructure et à la Chine, de réduire le risque de ne pas récupérer son argent. L’éclosion de véhicules électriques a provoqué un pic de la demande de minerais critiques, ce qui a accéléré ce type de montages financiers. Ainsi, un accord entre la Chine et la RD Congo, renforce la position de Pékin dans la chaîne d’approvisionnement des véhicules électriques, grâce à l’exploitation des plus grandes réserves mondiales de cobalt dans ce pays.
Pour le Président de la BAD, les rapports de force étant en faveur du prêteur dans les négociations, il dicte ses conditions aux pays à court d’argent. Ce déséquilibre, associé à un manque de transparence et à un risque de corruption, crée un terrain fertile pour les abus, accuse ouvertement Adesina. «Ce sont les raisons pour lesquelles je dis que l’Afrique devrait mettre un terme aux prêts adossés aux ressources naturelles », tranche-t-il. Au passage, le Président de la BAD révèle avoir lancé une initiative de la Banque pour aider les pays à renégocier ces prêts qui sont « asymétriques, opaques et mal évalués.» Pékin appréciera.











