Le gouvernement nigérien a conclu avec le groupe canadien Zimar Inc. un accord pour construire à Dosso une raffinerie d’une capacité de 100 000 barils par jour, assortie d’un complexe pétrochimique. Un projet stratégique pour réduire la dépendance du pays aux produits raffinés importés et accroître la transformation locale de son brut.
Le Niger accélère sur le front du raffinage. Le gouvernement a signé, samedi 15 août, un accord avec le groupe canadien Zimar Inc. pour la construction d’une raffinerie de pétrole d’une capacité de 100 000 barils par jour et d’un complexe pétrochimique à Dosso, dans le sud-ouest du pays. L’investissement est évalué à 1,9 milliard de dollars US.
L’accord, d’une durée totale de seize ans, prévoit trois années consacrées à la construction puis treize années d’exploitation, a précisé le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré.
Le projet sera réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) de type Build, Operate and Transfer (BOT). Zimar assurera ainsi le financement et le développement des infrastructures, avant de les exploiter pendant la période convenue et d’en transférer ensuite la propriété à l’État nigérien.
Le groupe canadien, spécialisé dans l’ingénierie, la planification d’investissements et l’exécution de projets industriels dans le secteur des hydrocarbures, dispose désormais de quatre mois pour mobiliser les financements et achever l’ingénierie détaillée. Le bouclage financier est, lui, attendu dans un délai de douze mois à compter de la signature de l’accord, selon Bakary Yaou Sangaré.
De la raffinerie modulaire au modèle classique
La signature intervient près de deux ans après la conclusion, en octobre 2024, d’un mémorandum d’entente portant sur le même projet. Entre-temps, Niamey avait demandé une révision du protocole initial, conduisant à une modification de plusieurs caractéristiques de l’infrastructure.
Le projet a notamment changé d’échelle et de conception : l’option d’une raffinerie modulaire, initialement envisagée, a été abandonnée au profit d’une raffinerie classique d’une capacité de 100 000 barils par jour.
Cette évolution traduit les ambitions désormais affichées par les autorités nigériennes en matière de transformation locale des hydrocarbures. Alors que le pays a commencé à exporter son brut en janvier 2024, principalement vers la Chine, Niamey entend davantage capter sur son territoire la valeur générée par ses ressources pétrolières.
Réduire la facture des importations
Producteur de pétrole depuis le début des années 2010, le Niger dispose actuellement d’une seule raffinerie. Installée dans la région de Zinder, dans le sud du pays, la Société de raffinage de Zinder (Soraz) est entrée en activité en janvier 2012 et affiche une capacité de 20 000 barils par jour.
Cette capacité s’avère insuffisante pour répondre aux besoins du marché national. Les tensions sur l’approvisionnement en essence et en gasoil se sont accentuées ces dernières années, notamment après le recul du carburant de contrebande en provenance du Nigeria, conséquence de la décision d’Abuja de mettre fin aux subventions sur les produits énergétiques.
Dans le même temps, la demande intérieure a progressé sous l’effet de la politique de baisse des prix des carburants mise en œuvre par les autorités nigériennes. La construction d’une seconde raffinerie s’est ainsi imposée comme un enjeu majeur pour sécuriser l’approvisionnement du pays.
La future unité de Dosso pourrait également changer la donne à l’échelle régionale, en ouvrant la possibilité d’approvisionner les marchés des pays voisins en produits pétroliers raffinés.
Transformer le brut nigérien sur place
Pour Niamey, l’enjeu dépasse donc la seule sécurité énergétique. Le pays cherche à valoriser davantage ses ressources pétrolières, évaluées par les autorités à environ 853 millions de barils, avec un potentiel pouvant atteindre 2,7 milliards de barils dans le bassin de Kafra.
« La signature de l’accord (…) traduit la volonté du Niger de diversifier ses partenaires, de transformer davantage les ressources sur son territoire, de renforcer ses capacités industrielles, de créer de la valeur ajoutée et d’ouvrir de nouvelles perspectives économiques pour notre pays », a déclaré Bakary Yaou Sangaré.
Le patron de Zimar, Benjamin Day Marc, veut pour sa part faire de la future raffinerie un symbole de cette nouvelle stratégie. Selon des propos rapportés par l’Agence nigérienne de presse (ANP), l’infrastructure doit permettre au Niger de rompre avec sa dépendance aux approvisionnements extérieurs.
À terme, l’ambition est claire : produire localement les carburants nécessaires au fonctionnement des camions, des tracteurs et des groupes électrogènes, à partir du brut extrait au Niger. Reste désormais à transformer la signature de l’accord en chantier effectif, puis à faire de Dosso l’un des nouveaux pôles pétro-industriels du pays.





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