L’année 2023 est maintenant derrière nous. C’est du passé, pourrait-on dire, mais du passé récent qui impactera, fortement, notre présent et notre avenir proche (2024). Les prévisions de la Banque mondiale, fin 2022, se sont transformées en certitudes, à quelques nuances près. Les données de la Banque mondiale, à ce sujet, sont un précieux indicateur pour appréhender le type de stratégies à suivre en 2024.
Pauvreté
L’extrême pauvreté a certes baissé dans les pays à revenu intermédiaire, mais elle s’est aggravée dans les pays les plus pauvres et ceux en situation de fragilité, conflit et violence. La persistance de la pauvreté dans ces pays complique d’autant plus la réalisation d’autres grands objectifs de développement mondiaux.
Aujourd’hui, près de 700 millions de personnes dans le monde vivent dans l’extrême pauvreté, avec moins de 2,15 dollars par jour.
Alors que la pauvreté reculait dans le monde, le Covid-19 est venu mettre en péril des progrès durement acquis. En plus des pertes en vies humaines, la pandémie a entraîné une série de chocs et de crises qui nous ont fait perdre trois années dans la lutte contre la pauvreté.
On observe la même tendance s’agissant du nombre de personnes vivant avec moins de 3,65 dollars par jour ainsi que du nombre de personnes vivant avec moins de 6,85 dollars par jour. Pire encore, le nombre de personnes sous le seuil de 6,85 dollars par jour a légèrement augmenté.
Dette
Le Rapport sur la dette internationale (IDR) a célébré en 2023 son cinquantième anniversaire. Il s’agit de la source de données et d’analyses la plus complète et transparente sur la dette extérieure des 121 pays à revenu faible et intermédiaire qui participent au Système de notification de la dette (DRS) de la Banque mondiale.
Le rapport avait révélé des risques croissants pour l’ensemble des économies en développement (qu’elles soient à revenu faible ou intermédiaire), tout en soulignant des tensions de plus en plus aiguës dans les pays les plus pauvres du monde, accablés par le fardeau croissant du service de la dette.
Selon le rapport publié en décembre 2023, les pays en développement ont dépensé en 2022 un montant record de 443,5 milliards de dollars pour assurer le service de leur dette publique extérieure et des dettes garanties par l’État. Dans les pays les plus pauvres admis à emprunter auprès de l’Association internationale de développement (IDA), le coût total du service de la dette a atteint le niveau sans précédent de 88,9 milliards de dollars, soit une hausse de 4,8 % par rapport à 2021. La hausse des coûts d’emprunt fait courir un risque de crise de la dette aux pays les plus pauvres, où elle détourne le peu de ressources disponibles au détriment de secteurs critiques comme la santé, l’éducation et l’environnement.
Perspectives économiques mondiales
Selon l’édition de janvier 2023 des Perspectives économiques mondiales, la croissance marque fortement le pas sous l’effet de l’inflation, de la hausse des taux d’intérêt, de la diminution des investissements et des perturbations causées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Les prévisions de la Banque mondiale tablaient sur une croissance de l’économie mondiale de 1,7 % en 2023 et 2,7 % en 2024, avec un ralentissement marqué et généralisé. Elles ont été revues à la baisse pour 95 % des économies avancées et près de 70 % des économies de marché émergentes et en développement.
Les perspectives économiques des pays en développement se sont assombries en 2023. Les quatre premières années de la décennie 2020 ont affiché des taux de croissance parmi les plus faibles depuis trente ans.
À l’aube de la nouvelle année, le monde est à mi-chemin de 2030, échéance cruciale pour le développement. Les prochaines Perspectives économiques mondiales, qui paraîtront le 9 janvier 2024, apporteront un éclairage capital sur les défis qui nous attendent.
Une croissance à long terme en perte de vitesse
Falling Long-Term Growth Prospects: Trends, Expectations, and Policies : c’est le titre d’une étude de la Banque mondiale qui évalue pour la première fois les taux de croissance potentielle à long terme après la pandémie de Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Les conclusions sont préoccupantes : au rythme actuel, la «vitesse limite» de l’économie mondiale, c’est-à-dire le taux de croissance maximal à long terme sans risque d’inflation, devrait tomber à son niveau le plus bas depuis trois décennies d’ici 2030. En cause, le déclin de la quasi-totalité des forces qui ont favorisé la prospérité depuis le début des années 1990, dont notamment une diminution de la population en âge de travailler.
Changement climatique
Le changement climatique n’épargne personne ni aucune économie. D’ici à 2050, les dérèglements du climat risquent de contraindre 216 millions de personnes à migrer à l’intérieur de leur pays. Le stress hydrique va s’aggraver et les rendements agricoles diminuer, en particulier dans les régions du monde qui souffrent déjà d’une insécurité alimentaire. Par ailleurs, les systèmes agroalimentaires sont responsables d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Pour lutter contre le changement climatique et permettre en même temps aux populations, écoles, hôpitaux et entreprises d’avoir accès à l’électricité, il faut produire des énergies propres. Cela passe par le développement des renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique, et par des investissements dans l’électrification à grande échelle, tout en évitant la construction de nouvelles centrales au charbon et la mise hors service des anciennes installations.
Il est possible de réduire les émissions et d’accroître la résilience, mais cela suppose des évolutions sociales, économiques et technologiques majeures. À l’occasion de la COP28 qui vient de se dérouler à Dubaï, la Banque mondiale a annoncé plusieurs mesures ambitieuses qui visent notamment à augmenter les financements climatiques, élargir le champ d’application des clauses de suspension de la dette en cas de choc climatique, intensifier les efforts sur les marchés du carbone et infléchir de manière décisive la courbe des émissions de méthane.
Les pays à revenu élevé représentent 16 % de la population mondiale, mais ils génèrent 31 % des émissions de GES.
Perspectives des marchés des produits de base
Une escalade du conflit en cours au Moyen-Orient, qui vient s’ajouter aux bouleversements causés par l’invasion russe de l’Ukraine, risque d’entraîner les marchés mondiaux des matières premières en terrain inconnu, a alerté le dernier rapport Commodity Markets Outlook.
Les prix mondiaux des produits de base ont chuté de près de 25 % en 2023 par rapport à 2022, la plus forte baisse depuis la pandémie. Le déclenchement du conflit au Moyen-Orient au début du mois d’octobre a entraîné une remontée initiale des cours, mais l’impact a été globalement limité jusqu’ici. Pour la plupart des produits de base, les prix restent supérieurs à leur niveau moyen sur la période 2015-2019.
Les cours du pétrole devraient atteindre en moyenne 90 dollars le baril sur le dernier trimestre 2023, avant de retomber à 81 dollars en moyenne l’an prochain, en raison du ralentissement de la croissance économique mondiale. Dans l’ensemble, les prix des produits de base devraient baisser de 4,1 % en 2024. Ceux des produits agricoles sont appelés à fléchir l’année prochaine compte tenu de l’augmentation de l’offre, et les cours des métaux de base devraient également reculer de 5 % en 2024. Le rapport anticipe une stabilisation des prix des matières premières en 2025.
Synthèse : Sneiba Mohamed











