C’est un évènement né en 2017 de la volonté conjointe du président français Emmanuel Macron et de son homologue gabonais Ali Bongo Ondimba. Le One Forest Summit, grand raout international destiné à la préservation des forêts tropicales, s’est déroulé à Libreville, capitale du Gabon, les 1er et 2 mars 2023. Son but : créer les conditions d’une mobilisation des gouvernements, de la communauté scientifique, du secteur associatif, des entreprises et de la société civile en faveur de la préservation des poumons de la planète.
Un atout pour le climat
Aussi précieuses que fragiles : les forêts tropicales du bassin du Congo couvrent une zone géographique de 3,6 millions de kilomètres s’étendant sur le territoire de six pays différents, dont une grande partie (60 %) en République démocratique du Congo (RDC). Si les forêts sont devenues aussi stratégiques, c’est parce qu’elles sont en capacité, selon une récente étude scientifique publiée dans la revue Nature Climate Change, d’absorber deux fois plus de dioxyde de carbone qu’elles en émettent. Plus précisément, les forêts conservent chaque année 7,6 milliards de tonnes de CO2, l’équivalent de 1,5 fois les émissions globales des États-Unis. Et les forêts tropicales du bassin du Congo ont, dans ce domaine, un rôle à part.
Elles posséderaient en effet une capacité d’absorption du CO2 largement supérieure à leur cousine amazonienne. « Pour beaucoup de raisons biologiques, historiques, on fixe plus de carbone aujourd’hui dans le bassin du Congo que dans le bassin d’Amazonie ou d’Indonésie », souligne en ce sens Michel Baudouin, universitaire, pour Euronews. Plus généralement, l’évènement a été l’occasion de sacraliser le rôle du continent africain dans la lutte contre le réchauffement climatique. « Il n’y aura pas de victoire dans la lutte contre le changement climatique ou dans la préservation de la biodiversité sans le concours de l’Afrique », précise un conseiller du Président Macron au Huffington Post. Plus encore, les scientifiques précisent que la préservation des forêts les plus anciennes a un impact bien supérieur sur le changement climatique que la plantation effrénée de nouveaux arbres.
De quoi faire de la République démocratique du Congo un « pays-solution » au réchauffement climatique, selon l’expression consacrée dans le pays ? « C’est un pays immense qui a une ressource forestière immense : c’est un joyau qui est un facteur de développement pour les populations et pour la préservation de la planète », affirme d’ailleurs Jean-Marc Châtaigner, ambassadeur de l’Union européenne à Kinshasa, pour Euronews. Avec le Brésil et l’Indonésie, le pays a d’ailleurs signé un partenariat pour travailler conjointement à la préservation de leurs forêts tropicales.
Un trésor soumis à de trop nombreux appétits
Revers de la médaille : les forêts tropicales congolaises font aujourd’hui l’objet de menaces plurielles et transversales, dont les conséquences sont délétères pour le monde entier. Déforestation liée à la demande en bois de chauffage et en charbon de bois, exploitation irraisonnée des ressources, développement à outrance de l’agriculture par des populations appauvries ou encore trafic illégal d’espèces : « La protection du bassin du Congo exige un effort majeur qui dépasse les frontières politiques », estime par exemple l’ONG WWF. Parmi les cibles privilégiées des acteurs humanitaires : les industriels de l’extraction. Qui sont aussi des acteurs économiques de premier plan…
L’enjeu est d’autant plus grand pour la RDC que ses sols abritent aussi des métaux précieux, essentiels à la transition énergétique et à l’électrification des transports. Et, en premier lieu, le cobalt, l’une des perles rares des batteries des véhicules électriques, dont le pays dispose de 60 à 75 % des réserves mondiales. Surtout, les revenus miniers, qui représentent 95 % des exportations du pays, sont des catalyseurs essentiels du développement économique et social du pays et soutiennent la croissance du Congo. Dans ce contexte, les acteurs miniers sont en première ligne de la préservation des forêts — et aussi les plus critiqués —. À terme, l’objectif impérieux est de trouver un équilibre vertueux entre préservation de l’environnement et nécessaire implantation d’acteurs économiques internationaux.
Les industriels, notamment miniers, appelés à la mobilisation
Face aux critiques, les industriels se mobilisent pour prendre leur part d’une politique d’extraction responsable. CMOC, un industriel chinois implanté en RDC, qui opère la mine de Tenke Fungurume Mining, l’une des plus grandes réserves de cuivre et de cobalt du monde, s’est ainsi engagé dans un ambitieux programme centré sur la préservation de la biodiversité, l’atténuation de son impact industriel et la surveillance de ses activités. « Nous sommes leaders dans la protection de l’environnement en RDC. Suite à notre performance exceptionnelle en gestion environnementale, nous sommes certifiés ISO 14 001 », affirme le directeur du service de gestion environnementale de TFM, Freddie Mukalay, qui rappelle volontiers que l’entreprise a initié, en 2018, la conférence sur la flore du cuivre, destinée à promouvoir les bonnes pratiques en faveur de la protection de la très riche flore cuprocobaltifère du Katanga.
L’alignement des acteurs industriels sur les plus hauts standards internationaux, exigés avec force par le gouvernement congolais, apparaît cependant insuffisant en regard d’une exploitation des sols encore en grande partie menée par les mineurs artisanaux, sans aucun engagement environnemental et social : « C’est le Far West de l’industrie minière », estime, pour le magazine Challenges, un fin connaisseur du secteur. Sujet sensible, « la déforestation de la pauvreté », qu’elle repose sur l’agriculture ou l’extraction minière illégale, apparaît comme un véritable fléau environnemental.
À Libreville, un plan pour l’avenir
Qu’espérer, à terme, du One Forest Summit ? Il a déjà été l’occasion de l’annonce du Plan de Libreville, associant plusieurs gouvernements, la communauté scientifique et des représentants du secteur privé. Premiers actes concrets : la création des Partenariats de conservation positive (PCP), dotés d’un budget initial de 100 millions d’euros ; le lancement d’un projet scientifique de grande envergure, le One Forest Vision, destiné à mesurer la balance nette de séquestration du carbone ; un engagement ferme de chefs d’entreprises autour du projet « 10by30 » pour la création de 10 millions d’emplois d’ici 2030.
Une approche qui se double d’un soutien financier international pour accompagner les pays les plus exposés à l’exploitation forestière dans la préservation de leurs forêts. La COP26 avait d’ores et déjà permis de débloquer 500 millions de dollars pour protéger la forêt de la République démocratique du Congo à travers l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale (CAFI), qui s’étend sur la période 2021 – 2031. Une mobilisation renforcée par les soutiens de certains pays du Nord. La Norvège a ainsi versé près de 50 millions d’euros au Gabon, un élève-modèle au niveau régional. Insuffisant ? Oui, pour plusieurs pays africains. La RDC estime ainsi que « les services rendus par la forêt (doivent être) rémunérés de façon automatique, avec une logique de « rente » », selon les mots d’Alain Karsenty, économiste des forêts, pour France24. En effet, l’absence d’exploitation des richesses forestières constitue une perte nette de revenus pour certains États, qui affirment que ce sacrifice se fait au service de toute l’humanité.
Bonne nouvelle : certaines expériences passées ont démontré qu’une exploitation raisonnable des richesses forestières est possible. Le Gabon, par exemple, connaît une surface forestière en croissance, une baisse de l’exploitation illégale du bois, une hausse des populations d’éléphants de forêt… Tout en créant des emplois dans l’exploitation raisonnée du bois. « Plusieurs pays du bassin du Congo ont d’ailleurs annoncé vouloir s’inspirer de ce plan. La RD Congo, le Congo Brazzaville, par exemple, veulent aussi interdire l’exportation de grumes et créer des zones franches pour attirer les investisseurs », explique Alain Karsenty.





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![Tribune | Voyage au centre de la toile « AlimenTERRE » de Marguerite Chanvril (1901-1983) [Par Kevin Lognoné] Aristote, philosophe naturaliste, a étudié les œufs pour comprendre la génération des animaux (embryologie), observant notamment le développement du poussin. Contrairement à la biologie moderne, il soutenait que la poule précédait l'œuf, considérant la forme adulte comme la finalité logique (téléologie) de l'œuf. Selon Aristote, l'œuf n'est qu'une poule en puissance. La cause finale (la poule) préexiste à la réalisation de l'œuf. Il pensait qu'il ne pouvait y avoir un premier œuf sans un premier oiseau pour le pondre.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/04/Alimentation--450x165.jpg.webp)




