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L’innovation au cœur de l’industrie phosphatière

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Le Symposium international sur l’innovation et la technologie dans l’industrie des phosphates (Symphos), organisé par OCP à Marrakech du 18 au 20 mai, connait un succès grandissant. Cette 3ème édition qui a rassemblé plus de 1 400 experts mondiaux, a montré un nouveau visage de l’industrie minière, notamment phosphatière.

 

Symphos 2015La population mondiale, actuellement de 7 milliards et demi d’habitants, devrait atteindre 8 milliards d’ici 2020 et 9,4 milliards d’ici 2050, selon la FAO (Food and agriculture organization).

D’ici 2050, il faudra nourrir deux milliards de personnes de plus. Comment faire alors face à cette hausse de la demande alimentaire mondiale? Comment aider les agriculteurs à cultiver plus de manière durable et prospère tout en augmentant les rendements agricoles ? Comment utiliser de manière raisonnée des engrais adaptés ? Quelles nouvelles techniques et technologies pouvant améliorer les systèmes de production dans l’industrie des phosphates ? Autant de questions étaient au cœur de la troisième édition du Symphos. La rencontre, organisée par OCP à Marrakech du 18 au 20 mai, connait un succès grandissant depuis son lancement en 2011. Au rendez-vous, près de 1 400 participants, ingénieurs et scientifiques, ont répondu présents. L’évènement a réussi à fédérer la communauté mondiale des phosphates autour d’une plateforme de partage d’expertises et d’expériences, faisant émerger les idées de demain pour le relèvement d’une agriculture mondiale durable répondant aux besoins des générations actuelles et futures: procédés industriels, usine et mine du futur, éléments de valeurs, fertilisants du futur et slow & controlled releases…, ces conférences couvrant un large spectre technique ont été suivies et animées par des experts venus d’une quarantaine de pays: Etats-Unis, France, Canada, Finlande, Allemagne ou Kazakhstan. Ine fine, l’objectif est de tirer des leçons à travers les parcours des uns et des autres, mais aussi profiter des stratégies mises en œuvre dans d’autres secteurs. L’intérêt de la démarche est de trouver de nouveaux relais de croissance et améliorer l’avantage compétitif dans une industrie où la compétition est de plus en plus forte. « Il s’agissait d’anticiper les mutations technologiques du secteur à travers différentes sessions de travail, conçues et organisées par un comité technique international de haut niveau, autour de thématiques liées à l’industrie des phosphates: des industries minières et de transformation, en passant par les matières premières, les nouveaux produits, les énergies, pour ne citer que ces volets », souligne Rachid Boulif, Directeur Recherche au sein du Groupe OCP et responsable du Symphos.

C’est dans ce contexte que l’innovation a toujours été un enjeu important pour le groupe. Le challenge aujourd’hui est de mettre l’innovation au cœur de tout ce qu’entreprend OCP et à tous les niveaux. Pour relever ce challenge, une direction de l’innovation industrielle a été créée en septembre 2012 au sein de l’entreprise. « Au sein du Groupe OCP, la R&D est présente sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la recherche géologique à la création de nouveaux engrais, en passant par le développement de procédés novateurs d’extraction, de transport, de transformation, etc. Elle se déploie sur trois axes. Le premier, opérationnel, est étroitement lié à la production et aux processus industriels. Le deuxième, dit de différenciation, concerne les produits dont elle cherche à améliorer la qualité. Le troisième, dit de rupture, œuvre à mettre au point de nouveaux produits, des produits de niche et de technologies innovantes avec un souci permanent d’écoconception », explique Rachid Boulif.

OCP ou le leadership d’un groupe mondial

Leader mondial de l’industrie des phosphates, le Groupe OCP connait un regain d’activité à fin avril 2015, qui a permis un redressement des ventes à l’étranger de phosphates et dérivés de 19,7% (après des baisses de 11,9% à fin avril 2014 et de 14,6% lors de la même période en 2013), à plus de 13,7 milliards de dirhams. En effet, le volume de production des dérivés de phosphates du groupe marocain a enregistré un renforcement de 11,3% à fin mars 2015, après une augmentation de 2% en 2014. De bons résultats portés par l’accroissement du volume des engrais phosphatés de 13,2% ou encore de l’acide phosphorique de 8,8%. S’y ajoutent les multiples joint-ventures à l’international (Brésil, Inde, Pakistan, Turquie, USA…).

Le groupe a connu un recul de la production de la roche de 12,3%, conformément à la politique d’ajustement de l’offre de l’OCP sur le marché international. Une stratégie qui commence à porter ses fruits, vu qu’à fin mars 2015, les prix à l’export de phosphate roche se sont appréciés (en glissement annuel) de 26,6% et ceux des produits dérivés de 29,3%. Ces bons scores étaient prévisible puisque OCP avait démarré l’année en trombe, avec à la clé un contrat portant sur la livraison de 600.000 tonnes d’acide. Et c’est avec son partenaire traditionnel qui représente entre 20 et 25% du portefeuille du groupe. La nouveauté tient au cours négocié qui s’élève à 805 dollars la tonne.

Le groupe dirigé par Mostafa Terrab est engagé depuis huit ans dans un vaste plan de développement chiffré à plus de 15 milliards de dollars d’ici à 2020. Celui-ci couvre aussi bien l’extraction, la logistique de production que la chimie des engrais sur ses deux plateformes industrielles de Jorf Lasfar et Safi, au sud de Casablanca sans compter la transformation interne (sécurité, formation, lean etc…). L’an dernier le groupe a notamment mis en service un pipeline de plus de 200 km acheminant en phase aqueuse le minerai pré-calibré de ses gisements de Khouribga jusqu’au site portuaire de Jorf Lasfar.

Un investissement global de plus de 5,4 milliards de DH. Suivi de près par la communauté internationale des producteurs de phosphates, ce dispositif industriel devra générer des économies d’échelle, améliorer la productivité ainsi que la flexibilité de l’outil de production et faire monter la chaîne de valeur du groupe OCP. La partie du pipeline de Jorf constitue le dernier maillon d’un dispositif intégré situé dans une plateforme industrielle d’envergure mondiale. Dans sa globalité, ce chantier est qualifié par les experts industriels de «révolution technologique», dans le sens où il va révolutionner le transport des phosphates et monter en puissance en termes de valeur ajoutée industrielle. De l’avis de dirigeants de l’OCP, le pipeline vient incarner la notion de flexibilité par la réduction des coûts logistiques et l’optimisation de l’appareil de production. Tout l’enjeu de cette technologie de pointe porte sur l’évolution vers un mode de transport totalement intégré de la roche entre le site minier de Khouribga et le site industriel de Jorf Lasfar. Selon les ingénieurs du groupe OCP, «cette intégration de l’amont à l’aval de la chaîne de valeur permettra d’accompagner le doublement de capacité de la mine et d’assurer une optimisation de la flexibilité de l’ensemble de la chaîne de production et logistique». En effet, le dispositif permet de supprimer de nombreuses étapes en amont. S’y ajoute la réduction de 90% des coûts de transport et logistiques (convoyeurs, camions, traitement…). La productivité sera désormais non seulement optimisée, mais aussi modulable en fonction de la demande sur le marché international. «L’enjeu est d’orienter l’outil de production en fonction de l’offre et de la demande mondiale tant en qualité qu’en quantité et cyclicité», explique-t-on auprès de l’OCP. Ce qui permettra de gagner en compétitivité internationale à travers une veille intelligente de la demande sur le marché mondial des commodités. La force de frappe du géant phosphatier résidera désormais dans la réorientation de l’outil de production en fonction de la demande et du potentiel de marges (roche, acide phosphorique, engrais). Ce qui est censé améliorer la compétitivité et le leadership du Maroc sur le marché mondial. Autre argument fort, le souci du respect de la composante environnementale et de l’économie d’énergie. Le pipeline aura également un impact positif sur l’empreinte carbone, puisqu’il devra réduire les émissions de CO2 de 930 Kt par an et réaliser des économies de fuel de l’ordre de 160.000 tonnes par an. L’enjeu est de réduire de 45% le coût du phosphate rendu à Jorf Lasfar.

Ce nouveau procédé devra générer également des économies annuelles de près de 3 millions de m3 d’eau, compte tenu de la conservation de l’humidité naturelle de la roche. La station terminale du pipeline de Jorf a nécessité un investissement de l’ordre de 800 millions de DH et près d’un demi-million de journées/homme pour sa conception et sa construction. Le site est configuré principalement pour recevoir et stocker la pulpe de phosphates transportée pour ensuite assurer la distribution et l’alimentation de l’ensemble des unités de valorisation du hub de Jorf Lasfar ainsi que l’unité de séchage des phosphates destinés à l’export. La station est composée d’un site dit de choc qui réduit la pression de la pulpe à l’arrivée. Elle compte également huit bacs de réception et de stockage de pulpe de 5 500 m3 chacune ainsi qu’un réseau de distribution de la pulpe qui alimente la plateforme industrielle de Jorf. La station terminale s’étend sur une superficie globale de 6 ha. Ces nouvelles infrastructures de dernière génération viennent confirmer le rang du Maroc dans les radars du marché mondial des phosphates. Elles sont un gage de confiance et d’audace dans un contexte mondial marqué par la morosité économique et le manque de visibilité sur les investissements lourds. En effet, le Groupe OCP est sur une dynamique d’investissement de l’ordre de plus de 20 milliards de DH par an. Il veut accroître sa part de marché de 21 à 40% sur les engrais notamment.

D’ailleurs, plusieurs projets sont opérationnels depuis l’année dernière. Il s’agit notamment d’une usine d’engrais dotée d’une capacité de 1 million de tonnes. En trois ans, le groupe a doublé sa production d’engrais pour le hisser à 7 millions de tonnes. L’objectif de 10 millions de tonnes fixé à 2020 pourrait être atteint avant cette échéance. D’autres unités arriveront sur le marché d’ici 2016. En attendant, l’OCP a inauguré en 2014 sa première usine de production d’acide phosphorique, qui est alimentée par la pulpe provenant de la station terminale. Forte d’un investissement de 700 millions de DH, l’usine flambant neuve a une capacité de production de 450.000 tonnes d’acide phosphorique par an. Elle vient ainsi augmenter la capacité de production en acide et assurer plus de flexibilité à la production avec une nette amélioration du rendement. Plusieurs des projets de l’OCP ont d’ailleurs fait l’objet d’une présentation lors de Symphos qui comptait au total une bonne cinquantaine de sessions.

Aujourd’hui, le Groupe OCP met l’Afrique au cœur de son engagement pour une agriculture durable. Cela passe par le petit agriculteur, l’innovation devient un élément indispensable. Le thème de Symphos 2015 «L’innovation au service d’une agriculture durable» reflète cette ambition. «Le groupe OCP place le développement de l’agriculture prospère et durable du continent africain en tête de ses priorités. Les petits producteurs agricoles africains sont au centre de cet engagement à travers plusieurs initiatives innovantes: cartes de fertilité, écoles aux champs, formation et partage d’expertise, caravanes agricoles. Ces dernières représentent un des leviers du dispositif d’accompagnement OCP destiné à sensibiliser les agriculteurs sur les bonnes pratiques agricoles et les dernières innovations dans le domaine », explique-t-il, qui précise que « ces présentations portent sur la diffusion des bonnes pratiques agricoles et mettent en avant le rôle des engrais et des éléments nutritifs, les nouvelles formules d’engrais développées spécifiquement pour les cultures pratiquées ». A ce titre, rappelons qu’en ce moment même, se déroule la caravane agricole Guinée, déclinée en plusieurs étapes dans le pays ciblant chacune jusqu’à 400 agriculteurs. Le principe d’une quatrième édition de Symphos est d’ores et déjà acté pour 2017. Une réflexion est même en cours pour une manifestation intermédiaire entre les rencontres biennales inscrites aujourd’hui dans l’agenda de tous ceux qui s’intéressent à l’industrie phosphatière dans le monde.

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