Bamako, la capitale malienne, a enregistré ce vendredi 19 juin 2020, sa deuxième grande manifestation réclamant la démission du Président Ibrahim Boubacar Keita (IBK) en poste depuis 2013. Rien que ça !
Ces manifestations encadrées par une coalition appelée désormais “le Mouvement du 05 juin 2020”, soutenu par le Rassemblement des Forces Patriotiques (RFP) pourrait bien être le prolongement du “Printemps africain” qui, en 2014, a obligé le Président burkinabé Blaise Compaoré à démissionner, après 27 ans de pouvoir.

Dans une “Déclaration au peuple malien” publiée après la grande manifestation de ce vendredi 19 juin, le M5-RFP décrète l’échec de toutes les négociations menées jusque-là : les conclusions des dialogues lors des crises postélectorales de 2018 et de 2020, l’Accord politique de gouvernance, les résolutions de la conférence d’entente nationale de 2017 et du dialogue national inclusif de 2019.
Signée par les représentants d’une coalition de huit partis et organisations de la société civile (EMK, CMAS, FSD, partis adhérents, Anko Mali Dron, MDP, CSTM, CDTM) cette Déclaration a valeur d’ultimatum. La désobéissance civile, un “droit constitutionnel” du peuple malien, sera enclenchée et ne cessera qu’avec le départ d’IBK.
La manifestation de ce vendredi 19 juin à laquelle ont pris part plusieurs dizaines de milliers de personnes qui se sont rassemblées dans le centre de Bamako pour réclamer le départ du Président Ibrahim Boubacar Keïta, est la deuxième du genre en deux semaines contre le chef de l’Etat, après celle du 5 juin dans la capitale malienne et qui a donné son nom à la contestation, “Mouvement du 5 juin – Rassemblement des Forces Patriotiques”(M5-RFP).
Aux slogans de “IBK dégage” ou “la dictature ne passera pas”, ces manifestations bénéficient du précieux soutien de Mahmoud Dicko, Président du Haut Conseil islamique malien (HCIM) de janvier 2008 à avril 2019. Imam rigoriste et patriote, ancien allié du Président IBK, il est désormais la bête noire du pouvoir et a pris la tête du M5-RFP, qui rassemble des responsables religieux et des personnalités de la société civile comme du monde politique, pour pousser IBK vers la sortie.

En 2009, cet imam à la popularité grandissante s’oppose au projet du code des personnes et de la famille au Mali présenté par le gouvernement et obtient grâce à une mobilisation importante sa révision. En 2012, lors de la guerre du Mali, il prend position en faveur d’un dialogue avec les islamistes et rencontre Iyad Ag Ghali, le leader d’Ansar Dine.
En 2013, il affirme que l’intervention de l’armée française au Mali, en appui à l’armée malienne contre des groupes jihadistes armés, n’est pas une agression contre l’islam, mais que la France a volé au secours d’un peuple en détresse, qui a été abandonné par tous ces pays musulmans à son propre sort. Lors de l’élection présidentielle malienne de 2013, il soutient la candidature d’IBK qui, en sept ans de pouvoir, semble avoir multiplié les erreurs pour ne plus mériter aujourd’hui l’adhésion à sa politique d’un religieux aussi apprécié que l’imam Dicko.
Signe des tensions politiques croissantes au Mali ces dernières semaines, ce mouvement exprime l’exaspération nourrie par les milliers de victimes ces dernières années des attaques jihadistes et des violences intercommunautaires, par le ressenti de l’impuissance de l’Etat, le marasme économique, la crise des services publics et de l’école et la perception d’une corruption répandue.
![Tribune | La carte des fractures : le nexus séparatisme-exclusion -instabilité politique et risque terroriste [Par Pr. Hzaine El Hassane] Les derniers rapports des observatoires de la violence terroriste, ainsi qu'une enquête que nous avons menée, suggèrent deux constats : Primo, l'Afrique est toujours au centre de la carte des attentats des dix dernières années, et le terrorisme est le premier défi à la paix et à la sécurité africaine. Sans surprise, l'Afrique est la région la plus durement touchée, mais des parcours comme celui du Maroc montrent que le terrorisme n'est pas une fatalité et que l'africanité n'en est pas la cause. Secundo, le fléau terroriste est le résultat d'une combinaison de facteurs dont certains relèvent du niveau individuel (milieu familial, âge, éducation, caractère, enrôlement ou isolement, etc.) et d'autres du niveau macro national, qui est le niveau d'analyse choisi pour cet essai. Ni la pauvreté toute seule, ni la mauvaise gouvernance, ni les griefs ethniques, chacun dans son silo, n'expliquent ou ne déterminent ce phénomène : c'est une synergie, un nexus, qui fait qu'un pays bascule ou résiste.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/06/Les-chefs-des-agences-de-lutte-contre-le-terrorisme-se-reunissent-a-El-Jadida-320x180.jpg)




Mali





