En Mauritanie, la crise économique et sociale n’est plus le domaine des joutes politiques entre la majorité et l’opposition. C’est une évidence qui a poussé le président Ghazouani à revoir sa politique économique et sociale, à quelques mois de l’élection présidentielle, pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être.
Les aspects les plus prégnants de cette crise sont la soif que connait la capitale Nouakchott depuis plus d’un mois, le retard énorme pris dans l’exécution de près de 84 projets inscrits dans le programme «Taahoudati» (Mes engagements), la flambée des prix des produits de base et le désordre que connaît le secteur sensible de la santé.
Face à cette accumulation de problèmes, le Président Ghazouani descend sur le terrain pour montrer que c’est bien lui qui a les rennes du pouvoir : visite à Beni Nadji, à près de 200 km de Nouakchott, là d’où vient l’eau potable pompée à partir du fleuve Sénégal pour approvisionner une capitale de plus d’1 million d’habitants, visite (inopinée) de l’échangeur de Hay Saken dont l’exécution avait été confiée, initialement, à une obscure société chinoise partie sans avertir, et tournée dans les hôpitaux de Nouakchott pour constater, avec amertume, le calvaire que vivent les malades issus de milieux déshérités. Si la crise de l’eau a déjà fait une victime expiatoire, avec le limogeage du directeur général de la Société nationale d’eau (SNDE), les responsables des autres dysfonctionnements, dans d’autres secteurs tout aussi sensibles (santé, commerce…) n’ont pas été inquiétés !
D’aucuns voient la main de Moctar Ould Diay, nommé il y a quelques mois, ministre Directeur de Cabinet du président de la République, derrière ce regain d’activités du président Ghazouani qui sera sans doute candidat à sa propre succession. La présidentielle approche et tout ce qui sera entrepris – ou dit – à partir de maintenant, sera comptabilisé comme action de précampagne. Ould Diay, à qui on attribue la débâcle de l’opposition à Nouakchott, lors des dernières élections municipales, législatives et régionales, est en train, semble-t-il, de changer le mode de vie à la Présidence. Il pousserait Ghazouani à être plus «visible», même si ce ne sont pas les visites et les «orientations présidentielles» qui pourront changer une situation de crise dont les responsables se savent protégés par leur statut de «grands électeurs», indispensables pour assurer au pouvoir une majorité confortable.
L’enjeu de la présidentielle de 2024 sera donc économique et sociale. Si les partisans du pouvoir mettent en avant des «réalisations importantes» dans le domaine de la santé (assurance maladie), de la lutte contre la pauvreté, avec les interventions de l’agence «Taazour» (Solidarité) et du Commissariat à la sécurité alimentaire (CSA), des infrastructures de base (construction d’écoles, de routes et de logements sociaux), l’opposition, elle, s’appuie sur le calvaire de populations dont le pouvoir d’achat se détériore de jour en jour. Le retour de la croissance, avec un taux de 5%, en 2022, l’allègement de la dette, réduite de près de 80%, à partir de 2019, le maintien de l’inflation à un seuil «tolérable», par rapport au niveau mondial, et l’amélioration des recettes budgétaires sont, certes, des indicateurs qui comptent, du point de vue de l’appréciation macroéconomique, mais qui se transforment en chiffres «qui ne se mangent pas», quand la crise sociale s’installe dans la durée.
Par la Rédaction





Mauritanie
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