La RD Congo est l’un des deux principaux exportateurs mondiaux de coltan, avec 1918 tonnes en 2023. Mais selon plusieurs rapports internationaux indépendants, ce volume serait bien plus élevé sans les quantités sorties illégalement du pays vers le Rwanda et qui sert à financer les groupes rebelles et les officiers proches du pouvoir de Kigali
Le groupe rebelle M23 génère environ 300.000 dollars de revenus chaque mois grâce aux taxes prélevées sur la production de coltan dans les territoires de Masisi et de Rutshuru, dans le Nord-Kivu, a révélé lundi 30 septembre la cheffe de la mission de l’ONU en RDC Bintou Keita alors que les rebelles ont pris le contrôle de plusieurs zones minières dans l’est du pays.
«Le blanchiment criminel des ressources naturelles de la RDC sorties clandestinement du pays renforce les groupes armés, maintient l’exploitation des populations civiles, dont certaines sont réduites à l’esclavage de facto, et sape les efforts de rétablissement de la paix», explique Bintou Keita qui est aussi Représentante spéciale du SG de l’ONU pour la RDC.
Ce n’est pas la première fois que l’implication des groupes rebelles dans la chaîne d’approvisionnement des minerais 3T (étain, tantale, tungstène), dont fait partie le coltan, est dénoncée. Selon un rapport de l’organisation belge International Peace Information Service (IPIS) publié en mars 2024, les barrages routiers permettent aux groupes non étatiques de se financer en taxant la production artisanale de coltan. Environ la moitié des barrages routiers cartographiés dans les territoires de Masisi et Walikale sont concernés.
Les territoires du Masisi et de Rutshuru font partie des principales zones de production de tantale, fournissant plus de 15 % de la production mondiale. La persistance du phénomène est alimentée par un système de traçabilité défaillant, des frontières poreuses et l’absence des autorités officielles dans certaines zones de production. La production taxée par les groupes rebelles serait illégalement exportée vers le Rwanda puis vers les marchés internationaux, et entre ainsi dans les chaînes d’approvisionnement des groupes technologiques.
Selon un rapport de l’ONG Global Witness, 90 % des minerais 3T exportés par le Rwanda sont introduits illégalement à partir de la RDC grâce à un système de contrebande impliquant l’International Tin Supply Chain Initiative, le mécanisme de traçabilité destiné à certifier que la production d’étain exportée vers les marchés internationaux respecte les règles d’approvisionnement responsable. On en est loin du compte.





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