C’est une entrée remarquée dans un club très fermé. En levant 250 millions de dollars en série C, début août, la startup Moove, spécialisée dans le financement de véhicules et les services de mobilité, a vu sa valorisation bondir à 2,1 milliards de dollars, contre 750 millions lors de sa dernière estimation communiquée en 2024.
Fondée à Lagos en 2020, l’entreprise devient ainsi la dixième licorne du continent (ces startups privées dont la valorisation atteint ou dépasse le milliard de dollars). Au total, ces dix pépites pèsent environ 17,5 milliards de dollars, selon les données d’Africa : The Big Deal. Et une constante demeure : la fintech y règne en maîtresse, même si la dernière venue bouscule un peu l’ordre établi.
Moove, le nouveau venu qui change de braquet
Le tour de table a été mené par le fonds souverain d’Abou Dabi, Mubadala Investment Company, et co-mené par Woven Capital, le fonds de croissance de Toyota, et Ion Pacific. Il s’agit de la deuxième plus grosse levée de fonds enregistrée par une startup africaine en 2026, derrière les 270 millions de dollars bouclés en deux temps par Spiro en juin.
Fondée par Ladi Delano et Jide Odunsi avec 76 véhicules à Lagos, Moove a bâti son modèle initial sur le financement de voitures pour les chauffeurs de VTC exclus du crédit bancaire classique. Six ans plus tard, l’entreprise, aujourd’hui basée aux Émirats arabes unis, exploite environ 42 000 véhicules dans 29 villes réparties sur 13 pays, emploie plus de 3 300 personnes et affiche un revenu annuel récurrent de 420 millions de dollars. Elle est le premier partenaire de flotte d’Uber au niveau mondial et gère des flottes de véhicules autonomes pour Waymo, déjà actives à Phoenix et Miami, avec Londres en ligne de mire. Le nouveau capital financera justement ce virage vers la mobilité autonome : acquisition de flottes et construction de dépôts robotisés, les « Nests », où les voitures seront rechargées, entretenues et coordonnées en continu.
Un club dominé par le Nigeria et la fintech
Le Nigeria concentre à lui seul six des dix licornes généralement recensées. Flutterwave caracole en tête avec une valorisation de 3,2 milliards de dollars atteinte en juin 2026 lors d’une série E à laquelle a participé Ripple. Suivent OPay (environ 3,1 milliards selon les dernières estimations, la dernière valorisation documentée datant toutefois de 2021), Moove (2,1 milliards), Andela (1,5 milliard), Moniepoint Group et Interswitch Group (toutes deux au-dessus du milliard).
Hors Nigeria, le Sénégal est représenté par Wave Mobile Money (1,7 milliard), l’Égypte par la fintech MNT-Halan (1,4 milliard, valorisation confirmée en juin 2026) et l’Afrique du Sud par la banque numérique Tyme Group (1,5 milliard). Le cas de Chipper Cash, associée au Ghana et à l’Ouganda, appelle la prudence : valorisée autour de 2 milliards de dollars en 2021, la société de transferts a vu sa valorisation ramenée à 1,25 milliard en 2022 et ne vaudrait plus aujourd’hui le milliard requis, même si elle demeure comptabilisée dans le club au titre de ses performances historiques.
Autre enseignement : la fintech occupe huit des dix places du classement, entre paiements, banque digitale et transferts. Seules Andela (mise en relation de talents technologiques) et Moove (mobilité) échappent au secteur financier.
Certaines valorisations restent à confirmer
Derrière ce total de 17,5 milliards de dollars, la réalité est plus contrastée : la fraîcheur des valorisations varie fortement d’une entreprise à l’autre. Celles de Flutterwave, MNT-Halan, Moove et, dans une moindre mesure, Tyme et Moniepoint, ont été confirmées par des tours de table récents. En revanche, les montants associés à OPay, Wave, Andela et Interswitch datent de la période 2019-2021, âge d’or des taux bas et de l’euphorie du capital-risque, et n’ont jamais été retestés depuis.
Un doute qui pèse d’autant plus lourd que le financement des startups africaines reste sous pression : 1,46 milliard de dollars levés entre janvier et juillet 2026, en recul de 27 % sur un an, selon Africa : The Big Deal. La prochaine épreuve du club ne tiendra donc pas seulement au nombre de ses membres, mais à sa capacité à produire des sorties (introductions en bourse ou rachats) qui rendront aux investisseurs leur mise.
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