Muhammadu Buhari, Président du Nigéria
Les agences de notation Moody’s et Fitch ont abaissé d’un cran la note souveraine du Nigéria, respectivement de B2 à B3 et de B à B- (c’est-à-dire que le risque de liquidité est élevé, l’endettement est au maximum, et le risque de défaut est important), et ce, en raison d’une détérioration budgétaire et extérieure.
Moody’s a de plus placé cette notation sous surveillance en vue d’une potentielle nouvelle dégradation si la trajectoire actuelle se maintient. Pour l’agence Moody’s, malgré un contexte favorable de hausse des cours mondiaux du pétrole, le Nigéria n’a pas su en tirer profit.
La baisse importante de la production d’or noir de près de 32% observée depuis le début de l’année, a affaibli la position extérieure du pays, qui perd sa première place de producteur africain de pétrole au profit de l’Angola. Par ailleurs, la prolongation des subventions des prix des carburants pèse énormément sur les finances publiques. Ainsi, la dégradation de ces deux paramètres réduit considérablement la capacité d’Abuja à honorer ses engagements envers les créanciers.
La production du pétrole au plus bas depuis 50 ans !
Bien que préoccupantes, les dégradations en chaîne de la note souveraine du pays illustrent une détérioration des fondamentaux macro-économiques, tranchent les analystes du groupe Crédit Agricole dans une note sur le risque pays du Nigéria. Le vol généralisé de pétrole a fait perdre au pays d’importantes quantités de brut, faisant ainsi chuter la production qui atteint son plus bas niveau depuis cinquante ans en août à 972.000 barils par jour, loin du quota OPEP+ (ndlr : les pays du cartel plus la Russie) de 1,8 million de barils par jour. En effet, les compagnies pétrolières, en particulier celles implantées dans le delta du Niger, sont confrontées à une insécurité chronique. Les vols se traduisent soit par un surchargement des navires avec du brut non déclaré, soit par le siphonnage du pétrole au niveau des oléoducs. Ces défis sécuritaires continuent de menacer l’économie nigériane et suscitent l’inquiétude de la Banque mondiale qui a abaissé sa prévision de croissance de 0,5 point à 3,3% pour 2022.
Par ailleurs, depuis plusieurs années, le déficit budgétaire du Nigéria n’a fait que se creuser (il est passé de 3% du PIB en moyenne entre 2010 et 2018 à environ 6% du PIB en 2021), ce qui témoigne de la fragilité structurelle des finances publiques, fortement dépendantes des recettes pétrolières (38% des recettes budgétaires en 2021).
Les perspectives sont moroses pour la balance budgétaire, qui, d’après le FMI, devrait enregistrer un déficit de 6,2% du PIB pour cette année. D’un autre côté, le niveau d’endettement du Nigéria, bien qu’en hausse ces dernières années, reste plutôt modéré. La dette publique s’élevait, en 2021, à 23% du PIB bien en dessous du seuil d’alerte de 50% du PIB généralement admis pour les pays émergents. Néanmoins, le service de la dette domestique est source d’inquiétude et représente actuellement plus de 100% des recettes budgétaires. Cela s’explique principalement par une hausse des charges d’intérêt et les nouveaux emprunts contractés pour financer son déficit du budget fédéral. La soutenabilité de la dette s’en trouve compromise, surtout dans un contexte de resserrement des conditions de financement internationales.
Moody’s pointe également du doigt la chute des réserves de changes depuis le début de l’année de 3 milliards de dollars. Elles se chiffrent aujourd’hui à 37 milliards de dollars, soit 7,2 mois d’importations) et la dépréciation du naira qui pourrait obérer le remboursement de la dette publique libellée en devises (qui représente 39% du total, soit environ 9% du PIB).





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