Il n’y a pratiquement aucune semaine sans l’annonce d’une grève dans le transport aérien et ce dans toutes ses composantes : Personnel navigant, personnel au sol des compagnies aériennes, aéroports, agents de handling, jusqu’aux contrôleurs aériens. Pourquoi cette boulimie d’arrêts de travail dans un secteur d’activité en pleine croissance depuis 70 ans ?
La première explication tient sans doute à l’efficacité

de ces mouvements d’arrêt de travail. Le transport aérien est tellement complexe que chaque petit rouage peut gripper la machine.
Des acteurs différents mais complémentaires
Songeons que pour faire fonctionner ce secteur il faut une coopération sans faille entre des acteurs très différents. D’abord les contrôleurs aériens sans lesquels les avions n’ont pas le droit de voler. Certes les pilotes pourraient toujours partir en vol à vue, cela s’est déjà vu dans des conflits durs, mais alors les assurances dénieraient toute responsabilité en cas d’incident voire d’accident et personne ne veut courir ce risque. Il y a ensuite les compagnies aériennes avec, bien entendu les personnels navigants techniques, les pilotes et commerciaux, les hôtesses et stewards. Les uns et les autres ont des statuts bien à eux et sans eux pas de vol possible. Le personnel au sol des transporteurs est lui aussi indispensable pour les opérations d’enregistrement et d’embarquement. Et nous en arrivons aux aéroports qui ont la responsabilité de mettre leurs installations techniques à la disposition des compagnies et de leur fournir les moyens de contrôle des passagers avant qu’ils aient accès à leur avion. De très nombreux métiers sont ainsi nécessaires, depuis les électriciens jusqu’aux avitailleurs chargés de fournir le carburant aux appareils. Et plus en amont du voyage, il y a les chauffeurs de taxi, les conducteurs de bus, les sociétés de catering et j’en oublie certainement.
Or chaque catégorie, même la plus modeste, même la plus petite en termes d’effectifs peut gripper la fluidité du trafic. Et l’affaire se complique encore géographiquement. Les avions vont d’un pays à l’autre et il suffit que sur leur parcours de l’aéroport de départ à celui d’arrivée en passant par les différents centres de contrôle un mouvement social se déclenche pour perturber le trafic. Un mouvement de grève des contrôleurs en France peut largement perturber tout le transport aérien européen par exemple.
Mais il ne suffit pas d’avoir un fort moyen de pression pour déclencher une grève, encore faut-il avoir quelques raisons. Et qu’on le veuille ou non, elles existent dans ce secteur d’activité. La première est sans doute la très grande disparité entre les différents acteurs en matière de qualité d’emploi et de rémunération. Cela entraîne des jalousies qui sont attisées par les larges plages horaires où les employés n’ont rien à faire. En effet, à l’inverse des unités de production, l’activité du transport aérien est faite d’à-coups pour chaque fraction du transport. Les périodes d’intense activité qui génèrent un fort stress alternent avec des moments de repos certes les bienvenus mais pendent lesquels les employés mesurent leur condition par rapport à d’autres salariés du secteur.
Les inquiétudes des contrôleurs aériens
Il ne faut d’autre part pas sous-estimer l’inquiétude qui peut frapper les salariés devant les évolutions considérables de cette activité. Les contrôleurs aériens savent bien qu’ils doivent évoluer et que les développements techniques risquent de mettre en danger leur existence-même. Les mécaniciens navigants ont disparu des cockpits et on parle maintenant d’un seul pilote au lieu de deux. On demande aux navigants commerciaux de devenir des commerçants alors qu’ils sont entrés dans ce métier pour servir des prestations de haut de gamme et assurer la sécurité des passagers. Les agents d’enregistrement voient leur utilité largement contestée par des machines et par les logiciels qui permettent aux passagers de recevoir directement leurs cartes d’embarquement à leur domicile. Au fond le transport aérien est en mutation permanente sous la pression économique, certes, mais également sous les diktats écologiques.
Alors, il ne faut pas s’étonner que les salariés du transport aérien n’aient pour seule véritable arme de discussion que la grève dont certains abusent sans vergogne, car cela paie. En ce sens les transporteurs du Golfe sont largement avantagés par rapport à leurs confrères des pays démocratiques occidentaux où les droits sociaux sont respectés dans les lois fondamentales des Etats.
Le droit de grève doit cependant être aménagé de manière à éviter les excès comme ceux que l’on a pu constater dans le contrôle aérien français mais aussi européen. Mais, ne nous y trompons pas, la grève restera certainement un moyen largement employé dans le transport aérien sans que les droits des passagers, disons des clients, soient reconnus suffisamment.






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