Après la dégradation de sa note de crédit par l’agence Fitch, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) contre-attaque. L’institution financière dénonce une interprétation erronée de son cadre juridique et une lecture inexacte de ses risques financiers. Le débat relance les tensions entre agences de notation et institutions africaines
Le 4 juin 2025, l’agence de notation Fitch a abaissé la note de crédit à long terme d’Afreximbank, la faisant passer de BBB à BBB-, assortie d’une perspective négative.
Un abaissement de note qui fait polémique
Moins d’une semaine plus tard, ce mardi 10 juin, la banque africaine a tenu à rétablir sa version des faits. Elle conteste vigoureusement l’analyse de Fitch, qu’elle qualifie de fondée sur une mauvaise interprétation de ses obligations juridiques et de sa mission.
Selon Afreximbank, aucune restructuration de dette n’est en cours avec ses pays membres. L’institution rappelle qu’elle opère sous un traité constitutif signé par 53 États africains, traité qui interdit expressément tout engagement de ce type hors d’un cadre légal strict.
Une mission encadrée par un traité fondateur
La Banque insiste sur la nature particulière de son mandat : le traité de 1993, qui définit ses responsabilités, ses limites d’intervention et son indépendance vis-à-vis des négociations bilatérales de dette. Plusieurs pays africains sont à la fois membres emprunteurs et actionnaires de la banque, ce qui rend, selon elle, l’idée de restructuration sans fondement.
Fitch exprimait des inquiétudes sur le risque de restructuration des dettes souveraines dues à Afreximbank, notamment celles du Ghana, du Soudan du Sud et de la Zambie. Une crainte jugée infondée par la banque, dirigée par Benedict Oramah, qui y voit une confusion entre ses engagements financiers et ceux des États dans un cadre purement intergouvernemental.
Des critiques sur la transparence financière réfutées
Autre point de désaccord : le taux de prêts non performants (NPL), estimé par Fitch à 7,1 % à la fin de 2024, soit au-dessus du seuil de vigilance de 6 %. Afreximbank réplique que ses états financiers sont pleinement conformes aux normes IFRS, notamment la norme IFRS 9, qui régit le traitement et la présentation des prêts jugés à risque.
La banque précise que ses chiffres sont audités de manière indépendante et reflètent avec transparence la réalité de son portefeuille. Elle affirme que ses pratiques sont en ligne avec les standards internationaux, et que la méthode de Fitch ne prend pas en compte les spécificités de son modèle d’intervention.
Soutien de l’Union africaine via le MAEP
Le débat prend une dimension continentale avec l’intervention du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), un organisme de l’Union africaine. Le 6 juin, soit deux jours après la décision de Fitch, le MAEP a publiquement soutenu la position d’Afreximbank, contestant fermement la classification de certains prêts comme non performants.
L’organisme juge inapproprié de considérer les créances détenues sur le Ghana, le Soudan du Sud et la Zambie comme à risque, au motif qu’elles relèvent d’un cadre de coopération interétatique et non d’un contrat commercial classique.





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