À Shenzhen, le 11 août 2026, la compagnie nationale sénégalaise d’électricité Senelec et le géant chinois Huawei ont signé un protocole d’accord portant sur le développement de deux centrales solaires de 50 MW chacune, à Linguère et Koungheul. Les projets prévoient également l’intégration de systèmes de stockage d’une capacité totale de 30 MW/90 MWh.
À ce stade, plusieurs éléments demeurent toutefois flous. Ni le coût des infrastructures, ni le montant du financement, ni le calendrier détaillé de leur réalisation n’ont été communiqués.
Cette annonce marque néanmoins une nouvelle étape dans un partenariat déjà engagé. En juillet 2025, Senelec, China National Technical Import and Export Corporation (CNTIC) et Huawei avaient en effet conclu deux contrats portant sur des centrales de même capacité, dans le cadre d’un schéma EPC+F (ingénierie, approvisionnement, construction et financement).
Le chantier de Linguère avait d’ailleurs été officiellement lancé en avril 2026. Le protocole signé début août vient ainsi consolider ce dispositif, notamment en y associant désormais des capacités de stockage.
Le Sénégal accélère sur le solaire… et le stockage
Ce nouvel accord intervient alors que Dakar cherche à accroître rapidement ses capacités de production solaire tout en renforçant la flexibilité de son réseau électrique. Le stockage par batteries devient, dans cette stratégie, un complément essentiel aux centrales photovoltaïques, dont la production varie selon l’ensoleillement.
La dynamique est déjà engagée. En mars 2026, AXIAN Energy a annoncé le bouclage financier de NEA Kolda, un projet de 60 MW auquel sont associés 72 MWh de batteries. Les travaux de cette centrale avaient commencé en mai 2025.
Senelec entend par ailleurs franchir un nouveau cap. Au premier semestre 2026, l’entreprise a lancé un appel d’offres pour développer 500 MW supplémentaires de solaire à Linguère et Kolda, avec 100 MW/400 MWh de capacités de stockage.
L’enjeu dépasse donc la simple addition de nouvelles centrales. Pour le Sénégal, il s’agit de construire un système électrique capable d’absorber davantage d’énergie renouvelable tout en limitant les effets de son intermittence.
Huawei n’est plus un acteur périphérique
La montée en puissance de Huawei au Sénégal s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large. À travers l’Afrique, les groupes chinois occupent désormais une place centrale dans le développement des infrastructures solaires, des équipements électriques et des solutions de stockage.
En Zambie, PowerChina a récemment raccordé le projet solaire de Lusemfwa, d’une puissance de 27 MW. Le groupe chinois a également participé au raccordement de la première centrale solaire de Tanzanie, d’une capacité de 50 MW, et a lancé la construction d’un projet de 75 MW destiné à Eskomen Afrique du Sud.
En Égypte, un consortium dirigé par China Energy Engineering construit de son côté Abydos II, un complexe associant 1 GW de solaire à 600 MWh de stockage. Au-delà des centrales, les entreprises chinoises sont également sollicitées pour mettre en place des unités de fabrication locale d’équipements et de technologies liés aux énergies propres.
Le solaire africain roule de plus en plus chinois
Cette offensive industrielle accompagne une progression spectaculaire des équipements chinois sur le marché africain. En 2025, le continent a importé 18,8 GW de panneaux solaires fabriqués en Chine, soit 48 % de plus qu’un an auparavant.
Le phénomène est difficile à dissocier de l’essor du photovoltaïque africain. Les fabricants chinois disposent d’une capacité industrielle considérable, de chaînes d’approvisionnement éprouvées et de coûts qui ont contribué à rendre le solaire plus accessible à de nombreux marchés émergents.
Pour les pays africains confrontés à des besoins énergétiques massifs et à la nécessité de développer rapidement de nouvelles capacités, l’offre chinoise répond donc à une équation particulièrement favorable : produire davantage, plus vite et à moindre coût. Mais cette accélération a son revers.
Une dépendance qui change de nature
À mesure que les centrales solaires, les batteries et les équipements de réseau chinois se multiplient, une part croissante des infrastructures énergétiques africaines repose sur une industrie concentrée hors du continent.
Le paradoxe est désormais patent : l’Afrique cherche à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles importés en développant massivement les renouvelables, mais elle risque simultanément de déplacer une partie de cette dépendance vers les chaînes de valeur chinoises.
Pour le Sénégal comme pour les autres marchés africains, la question n’est donc plus seulement de savoir combien de mégawatts solaires peuvent être installés. Elle est aussi de déterminer quelle part de cette nouvelle industrie énergétique pourra être produite, maîtrisée et financée localement.





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