C’est une phrase qui n’était inscrite nulle part dans le programme officiel du Forum africain de l’eau. Le 15 juillet, à l’ouverture de l’événement à N’Djamena, le président Mahamat Idriss Déby Itno a annoncé la suppression, à compter du 1er janvier 2027, de l’obligation de visa pour tous les ressortissants africains souhaitant entrer au Tchad.

« Le Tchad, pays de Toumaï, berceau de l’humanité, ouvre ses frontières et supprime les visas d’entrée pour tous les Africains », a déclaré le chef de l’État, présentant la mesure comme une note d’ouverture à tout le continent. Une décision saluée par une salve d’applaudissements, qui place le pays dans le cercle encore restreint des États africains ayant fait ce choix.
Six mois pour opérationnaliser l’annonce
L’annonce a été formulée directement par le président Déby Itno depuis la tribune du Forum, plutôt que par la voie administrative habituelle pour ce type de décision. Le gouvernement dispose désormais d’un peu moins de six mois pour adapter ses procédures d’entrée sur le territoire, un calendrier resserré mais que le ministère des Affaires étrangères aborde en terrain déjà connu : il travaillait depuis plusieurs mois sur un projet de généralisation de l’e-visa. Un responsable du ministère assure que des travaux préparatoires existaient en amont, ce qui doit permettre d’accélérer la traduction de l’annonce présidentielle en dispositif opérationnel dans les délais fixés.
Une continuité panafricaine plutôt qu’une rupture
Si le calendrier a surpris, la décision s’inscrit, selon le gouvernement, dans une continuité assumée : le soutien du président aux initiatives africaines, ainsi qu’à la libre circulation des personnes et des biens, d’abord dans l’espace de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), puis à l’échelle du continent. La mesure répond aussi à un enjeu économique concret pour un pays enclavé, dont le port le plus proche, Port Harcourt au Nigeria, se trouve à 1 200 kilomètres. Objectif : renforcer l’attractivité du Tchad auprès des investisseurs et des partenaires internationaux, dans la continuité du Plan national de développement Tchad Connexion 2030, dont la présentation à Abou Dhabi, en novembre 2025, avait déjà permis de mobiliser des accords représentant plus de 20 milliards de dollars. Le pays avait par ailleurs signé, en 2025, douze accords avec autant de compagnies aériennes appelées à s’installer sur son territoire.
Le Tchad rejoint un mouvement continental
Cette annonce s’inscrit dans une dynamique initiée par le Bénin et le Rwanda, à laquelle plusieurs pays se sont ralliés depuis : le Ghana en avril, puis le Togo et le Congo le mois suivant. En l’assumant devant un parterre de chefs d’État réunis pour le Forum de l’eau, parmi lesquels les présidents du Gabon, de la RDC, de la Mauritanie et du Bénin, Mahamat Idriss Déby Itno a fait de cette décision une démonstration de force diplomatique autant qu’un geste d’ouverture. Dans les couloirs du Forum, les discussions consacrées à la souveraineté africaine de la gestion de l’eau et à ses implications sécuritaires, économiques et sociales ont un temps été éclipsées par cette annonce, largement saluée par les délégations présentes comme le geste d’un « dirigeant panafricain. » Reste désormais, pour N’Djamena, à conjuguer ce calendrier resserré avec la mise en œuvre effective des engagements pris sur le volet hydrique du Forum.


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