C’est la troisième fois en un an que la notation du risque souverain du Trésor sénégalais est dégradée par l’agence S&P Global Ratings (Standard & Poor’s). Le couperet est tombé vendredi 14 novembre dans la soirée : La notation de crédit à long terme du Sénégal a été abaissée à «CCC+.»
Dans la grammaire de l’agence de notation financière américaine, cela signifie que la dette est de qualité médiocre et que le danger plane désormais sur le paiement des intérêts et le remboursement du capital. Le Sénégal se trouve ainsi à deux crans du «dépôt de bilan» (défaut), selon Standard & Poor’s.
Par ailleurs, le pays est placé sous surveillance, ce qui équivaut à un signal adressé aux investisseurs qu’à tout moment, un évènement (moins de rentrées fiscales, brusque hausse des matières premières ou de taux d’intérêt, par exemples,) la note du Sénégal pourrait à nouveau être dégradée.
Plus concrètement, la menace d’une nouvelle dégradation de la note reste pendante si le Dakar n’est pas en mesure de refinancer intégralement et dans les délais, les échéances à court terme de la dette publique. Idem si le Sénégal acceptait un montage que S&P Global Ratings assimilerait à un défaut de paiement, entre autres, une restructuration de la dette. C’est une des raisons qui expliquent d’ailleurs, le récent échec des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI).
Ce qui est certain, c’est que le Sénégal ne fera pas l’économie d’une consolidation budgétaire car l’abaissement de sa note souveraine entraîne une hausse du coût de la levée de financements sur le marché. Les besoins d’emprunt du secteur public pour 2026 sont élevés, tout comme le niveau et le coût de la dette avec le risque de contrarier les efforts d’assainissement budgétaire.
Le projet de loi de finances 2026 vise un déficit de 5,4 %, en fort recul par rapport aux 12,6 % enregistrés en 2024. Cependant, si l’on tient compte de l’amortissement de la dette, qui s’élève à 4.300 milliards FCFA (7,8 milliards de dollars), les besoins de financement bruts atteignent 26 % du PIB, dont environ la moitié due aux créanciers extérieurs. Les prévisions de déficit, plus prudentes, à 8,1 % du PIB (arriérés compris), portent ce besoin à environ 29 % du PIB.
L’agence S&P Global Ratings estime que l’assainissement budgétaire prendra plus de temps que ne le laissent entendre les autorités. Ainsi, le ratio dette brute/PIB resterait à environ 122 % du PIB. Selon les prévisions de Dakar, les recettes devraient augmenter de 27 % en 2026 (projet de loi de finances), et les dépenses de 13 %. Il est important de noter que ces perspectives dépendent de l’introduction de nouvelles taxes dans les secteurs émergents (paiement mobile et jeux d’argent), où les recettes réelles restent très incertaines. Selon les prévisions de Standard & Poor’s, le déficit budgétaire restera élevé, à 9,7 % en 2025, avant de se réduire à 8,1 % en 2026 et à 6,8 % en 2027.





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