Augmentation du taux d’électrification, construction des écoles, des infrastructures sanitaires et publiques, adduction d’eau potable, … les fruits du barrage régional hydroélectrique de Rusumo sont multiples. Les communautés se modernisent. Reportage

Construit à la frontière rwando-tanzanienne, sur la rivière Kagera, le barrage hydroélectrique de Rusumo produit 80 mégawatts (MW) distribués à parts égales à ses actionnaires qui sont le Burundi, le Rwanda et la Tanzanie. La centrale se trouve exactement dans le district de Ngara, en Tanzanie.
Dr. Ir Isaac Alukwe, coordinateur régional de l’Unité de coordination du Projet d’interconnexion électrique des Pays des Lacs équatoriaux du Nil (NELSAP-CU), superviseur des travaux, indique que ce barrage régional a coûté 340 millions de dollars US. Ces fonds ont été obtenus grâce à des prêts et des subventions de la Banque mondiale aux trois pays.
D’après lui, le barrage hydroélectrique régional des chutes de Rusumo (RRFHP) est une installation de production d’électricité mise en œuvre par le Plan d’action subsidiaire des lacs équatoriaux du Nil (NELSAP) pour le compte de trois pays, à savoir la Tanzanie, le Rwanda et le Burundi. «Le projet est actuellement à 99,9 % de sa phase finale de construction,» précise-t-il, notant que la date d’inauguration sera annoncée par les trois chefs d’Etats.
Concernant le financement des travaux, Dr. Ir Isaac Alukwe, coordinateur régional de l’Unité de coordination du Projet NELSAP-CU, mentionne que la centrale électrique, le poste de manœuvre, les projets connexes (Local area development plan-LADP), les effets de dynamitage et les programmes de restauration de la vie ont été financés par la Banque mondiale, tandis que le volet lignes de transport a été financé par la Banque africaine de développement (BAD).
Ce barrage est fonctionnel depuis 2024 et produit actuellement de l’électricité pour le Rwanda, la Tanzanie et le Burundi. Les réseaux électriques des trois pays sont désormais entièrement interconnectés permettant des échanges d’électricité. La ligne de transport vers le Burundi s’étend sur 160 kilomètres, de Rusumo à Muyinga (Nord-est du pays), puis jusqu’à Gitega au centre du pays.
Du côté rwandais, elle s’étend sur 118 kilomètres, de Rusumo à Shango, en passant par Bugesera. Pour la Tanzanie, elle s’étale sur 94 kilomètres, de Rusumo à Nyakanazi.
Grâce à ce barrage, la capacité énergétique augmente. A titre illustratif, avec les 27 mégawatts supplémentaires produits par l’Akagera, au Rwanda, la capacité totale de production d’électricité atteint 556 mégawatts. Or, son niveau de consommation le plus élevé est en moyenne de 250 mégawatts.
Via son programme dénommé LADP, (Local development Area plan), le projet Rusumo Falls rend des villages, des communautés autonomes au point de vue sanitaire, éducatif, etc.
L’éducation comme base du développement

En Tanzanie, d’un ancien camp de réfugiés des Rwandais et des Burundais dans les années 1990, transformé aujourd’hui, en une école secondaire. C’est le Lycée de Ngara. Situé aux environs de 10 km de la frontière rwando-Tanzanienne, il compte actuellement 750 élèves, tous des garçons. Son directeur, Eliabu Mpita, confie que cet établissement a permis aux enfants de la région de bénéficier d’une formation de qualité.
Via son programme LADP, Rusumo Falls y a construit des salles de classes, bureaux pour les administratifs, des dortoirs pour élèves, homes pour les enseignants, réfectoire moderne avec une capacité d’accueil de près de 1000 élèves, etc.
Au Burundi, le nord-est du pays en est le grand premier bénéficiaire. En commune Giteranyi, province Muyinga, quatre écoles fondamentales ont été construites.
D’après Epimaque Murengerantwari, coordinateur du programme LADP (Local area development plan), il s’agit des Ecofo Ngomo dans la zone Masaka, colline Ngomo ; Kabira en zone Ruzo ; Kagugo sur la colline Kagugo, zone Ruzo ainsi que de l’Ecofo Karugunda. Elles sont dotées des locaux en matériaux durs, des blocs administratifs, d’équipements aussi.
A titre illustratif, l’Ecofo Ngomo a neuf salles de classe, un bureau administratif, une salle d’enseignants, des toilettes pour filles et d’autres pour garçons. Cette école se trouve à environ 30 km du chef-lieu communal, près de la frontière burundo-rwandaise tandis que l’Ecofo Karugunda se trouve à environ 1,5 km du chef-lieu communal. Cette dernière possède six salles de classe, un bloc administratif ainsi que les toilettes pour les filles et celles pour les garçons
Pour ces quatre établissements, le coût des travaux et des équipements avoisinent 1.300.000 dollars US.
A cela, M.Murengerantwari ajoute la construction du centre d’enseignement des métiers de Ruzo (C.E.M Ruzo), le centre de formation entrepreneuriale pour jeunes de Mugano et le Tribunal de résidence de Ruzo.
Les deux derniers ayant coûté respectivement 109.071 et 135.544 dollars américains selon les données fournies par M.Murengerantwari. Un nouveau bureau communal a été construit à Giteranyi.
En commune Busoni, province Kirundo, plusieurs écoles sont à l’actif du projet LADP. «Il y a eu construction et équipement de l’Ecofo Runyinya qui a six salles de classes, deux blocs de toilettes pour les élèves et un bloc administratif.»
Il évoque aussi la construction et l’équipement de l’Ecofo Buhimba et l’école post fondamentale de Buringa.
La plupart des écoles construites ont été dotées des bancs pupitres, des ordinateurs, des imprimantes, des cantines scolaires, des cuisines, des réfectoires ainsi que des endroits de stockage.
Pour faire fonctionner ces équipements, M.Murengerantwari indique que des plaques solaires ont été installées. Des étangs pour la conservation d’eau afin d’améliorer les conditions hygiéniques au sien des écoles ont été également mis sur place.
Des vies sauvées

Pour assurer le bien-être de la population, l’accès aux soins de santé est un des préalables. Ainsi, dans les trois pays de la Communauté est-africaine, le projet Rusumo n’a pas oublié ce secteur.
Au Rwanda, sous la supervision de NELSAP-CU, il a fourni un soutien financier d’une valeur de 5 millions de dollars aux districts de Kirehe et de Ngoma. A Kirehe, ce montant de 2,5 millions de dollars a été affecté dans la construction du Centre de santé (CDS) de Kigina et la réhabilitation de la route Cyagasenyi-Gasarabwayi-Nganda de 30 kilomètres, qui relie les secteurs de Kigarama et Musaza.
Ce qui a généralement facilité l’accès aux soins de santé particulièrement pour les mères de Kigina. « Avant, il était tellement très difficile de faire des consultations prénatales, faute d’argent pour le déplacement vers Kibungo, dans le district de Ngoma, à Mahama, à Nasho ou ailleurs », avoue Adèle Mukakagajo, une mère rencontrée sur place.
La trentaine, elle indique que le prix du ticket variait entre 5 mille et 6 mille francs rwandais. Incapables de trouver cette somme, elle avoue que beaucoup de mères enceintes étaient contraintes d’abandonner les consultations prénatales. « Ce qui est un risque pour la mère et pour l’enfant », souligne-t-elle, remerciant ceux qui ont contribué pour la construction de ces infrastructures sanitaires.
De son côté, Edmond Manzi, un homme natif de cette région reconnaît que ce CDS leur a permis d’économiser du temps et de l’argent. «La fièvre, le paludisme sont très fréquentes. En cas de maladie, notre première préoccupation était de trouver le moyen de transport pour se rendre à l’hôpital. Car, c’était cher. Lorsqu’un enfant tombait malade la nuit, c’était impossible de dormir pas peur de ne pas survivre jusqu’au matin. » Mais, actuellement il signale le transport est facile et le traitement très rapide et à moindre coût.
Ce qui réjouit aussi les autorités sanitaires. Abdoul Karim Rukundo, directeur adjoint du CDS Kiginareçoit des patients qui, auparavant, devaient parcourir entre 10 et 13 kilomètres pour accéder aux soins de santé. D’après lui, ce centre de santé accueille environ 32 900 patients en consultation externe par mois et sa capacité d’hospitalisation est de 46 patients.
Toujours au Rwanda, le CDS de Kazo a été construit et doté d’équipements modernes. C’est dans le district de Ngoma. Des services tels que les services de santé mentale, le traitement des maladies non transmissibles, … y sont offerts.
En Tanzanie, dans le même district de Ngara, le Centre de santé de Rusumo a été érigé, sur un coût de 1,5 milliards de shilling tanzanien. D’après Dr Prisca Temba, sa directrice, cette unité sanitaire est fonctionnelle depuis 2022.
Des services prénataux, de maternité, des soins dentaires, des consultations externes, des interventions chirurgicales, etc. y sont offerts. Il est équipé de 54 lits, d’une salle d’accouchement moderne permettant des accouchements par césarienne. Ce qui a créé aussi de l’emploi selon Mme Temba qui précise que 13 sages-femmes et autres professionnels de santé à temps, des laborantins, … y travaillent. En moyenne, il reçoit 1024 patients par mois.
Avant sa construction, les habitants de cette région indiquent qu’ils devaient faire plus de 30 km pour avoir des soins adéquats.
Au Burundi, à Busoni, province Butanyerera, deux centres de santé ont construits et équipés. Il s’agit du CDS Gitete et celui de Rurende sur un coût de 946.567 dollars américains selon les données fournies par Epimaque Murengerantwari, coordinateur du programme LADP (Local area development plan).
Un autre a été érigé à Bishisha. Ce qui a réduit sensiblement la distance pour les patients en quête des soins. Pour arriver à un CDS proche, Isabelle Nduwimana, la quarantaine indique qu’elle faisait plus de 12 km à pieds mais actuellement, c’est juste une heure de marche. Ces Centres de santé offrent divers services comme la consultation curative ; l’accouchement ; l’hospitalisation ; vaccination des enfants ; tests de grossesse ; dépistage du VIH-sida, etc.
A Giteranyi, ancienne province de Muyinga, le centre de santé Bugoma a été construit. Avant sa construction, des habitants confient qu’ils devaient faire au moins 7 km pour bénéficier des soins de santé. Aujourd’hui, c’est devenu très facile. Même pendant la nuit, nos malades sont soignés. Les services médicaux comme la vaccination, les échographies obstétricales, les consultations, … sont devenus plus accessibles », témoigne Joseph Kabura, un vieil homme de la localité.
Adduction en eau potable

En Tanzanie, dans le district de Ngara, Rusumo Fallsa développé un système d’approvisionnement en eau potable après purification de l’eau de rivière. D’après Asifiwe Gwihangwe, coordinateur du LADP dans ce pays, après traitement, six grands réservoirs qui servent les ménages environnants ont été installés dans cette localité. Plus de 1000 personnes sont servies. Ce qui a libéré les femmes et les enfants qui parcouraient des longues distances à la recherche de l’eau potable : «Dans nos communautés, ce sont eux qui s’occupent de la recherche d’eau, du lavage des ustensiles, des corvées domestiques, etc. Pour avoir de l’eau propre et potable, c’était très difficile », témoigne Pamela, une bénéficiaire vivant non loin de la rivière Akagera.
D’après elle, avant ce système de purification, beaucoup de ménages utilisaient l’eau sale de cette rivière. Ce qui constituait un grand danger sanitaire, mentionne-t-elle, notant que même les enfants perdaient beaucoup de temps qui, normalement, devait être consacré à l’école.
Côté Burundais, à titre illustratif, sur la colline Bishisha, en commune Busoni, dans l’ancienne province Kirundo (actuellement province Butanyerera), deux réseaux d’adduction d’eau potables ont été aménagés. Il s’agit de celui de Bishisha où on fait le forage du lac Cohoha avec destination finale le poste frontière rwando-burundaise de Gasenyi-Nemba. Le deuxième réseau concerne le captage des sources d’eau et l’installation des pompes pour acheminer l’eau jusque dans un réservoir de Murore. « De là, l’eau est acheminée jusqu’au centre de Kabanga. Le coût destravaux s’élève à 907 390 dollars américains », précise Epimaque Murengerantwari, coordinateur du programme LADP, au Burundi.
Au Rwanda, les districts de Kirehe et de Ngoma ont également bénéficié d’un système amélioré de traitement et de distribution d’eau à Gatonde-Gahima.
De nouvelles infrastructures administratives et sociales
Dans le district de Ngara, grâce au projet hydroélectrique Rusumo Falls, un nouveau bâtiment administratif moderne comprenant 70 bureaux et deux salles de conférence a été construit. Il vient remplacer un bureau qui datait de la période coloniale. Dans cette même région, un marché stratégique a été érigé à Kazaha, à environ 15 kilomètres de la frontière rwando-tanzanienne.
D’après M. Gwihangwe, cet endroit servira principalement de lieu de stockage pour les grossistes tanzaniens en attendant d’exporter leurs produits.
Au Rwanda, dans le district de Ngoma, à Sake, un grand bâtiment commercial moderne en étage a été construit rendant ainsi le commerce très florissant et rentable. A côté de ce bâtiment, un autre grand marché pour le commerce de denrées alimentaires, de bétail et de vêtements a été érigé dans cette localité.
Un centre de jeunes au siège du district de Ngoma a été construit, équipé d’ordinateurs connectés à internet pour encourager l’innovation chez les jeunes.
Au Burundi, on notera la construction du nouveau bureau de l’ancienne commune de Busoni avec un coût de 375.831 dollars américains. Et avec un coût de plus de 190 mille dollars américains, un nouveau bureau communal a été aussi construit à Giteranyi, au nord-est du pays.
Dans ces trois pays, toutes ces réalisations se font la supervision de l’Unité de coordination du Projet d’Interconnexion Électrique des Pays des Lacs Équatoriaux du Nil (NELSAP-CU).











