Le jeudi 29 avril, la Haute commission du projet Libya Africa Transit Corridors (LAPTCorr) s’est réunie pour la quatrième fois à Tripoli. Cette session marque une étape importante dans la concrétisation d’un projet ambitieux : relier les ports libyens au Sahel et à l’Afrique de l’Est via deux grands corridors routiers traversant le Sahara.
Les deux itinéraires retenus, – Misrata–Tamanhint–Agadez vers le Niger, et Benghazi–Kufra–Soudan vers le Soudan –, visent à créer des liaisons terrestres entre la Méditerranée et les marchés enclavés du continent. En s’appuyant sur ces corridors, la Libye cherche à se positionner comme une alternative aux routes ouest-africaines traditionnelles, actuellement fragilisées par les crises politiques et la saturation du trafic.
Une feuille de route déjà en marche
Ce projet s’inscrit dans une stratégie logistique portée par les institutions libyennes. En février 2025, le fonds souverain Libya Africa Investment Portfolio (LAIP) a validé une feuille de route détaillée : études préliminaires début 2025, délimitation des tracés au printemps, puis études techniques jusqu’à la fin de l’année. L’appel à investisseurs est prévu pour début 2026.
Pour financer ces infrastructures, les autorités privilégient des modèles de partenariat public-privé, notamment sous forme de concessions Build-Operate-Transfer (BOT) sur 30 à 40 ans. Le coût du corridor Misrata–Agadez est estimé à 3,2 milliards de dollars pour 2 320 kilomètres, dont 1 320 en territoire libyen. Pour maîtriser les coûts, le tracé pourrait partiellement réutiliser des routes existantes, notamment celles longeant la Grande Rivière Artificielle.
Une ouverture stratégique pour le Niger et le Soudan
Pour le Niger, l’axe Misrata–Agadez représenterait un accès direct à la Méditerranée, réduisant sa dépendance vis-à-vis des ports ouest-africains comme Cotonou, Lomé ou Abidjan. Le corridor Benghazi–Kufra–Soudan, de son côté, permettrait de relier Port-Soudan à la Méditerranée, créant ainsi un pont terrestre stratégique entre l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Nord.
La Libye inscrit son initiative dans un paysage africain en pleine transformation logistique. Des projets comme LAPSSET (Lamu–Soudan du Sud–Éthiopie) ou le corridor Abidjan–Lagos, soutenus par la CEDEAO, ambitionnent également de redessiner les routes commerciales du continent. Pour émerger face à ces concurrents, Tripoli devra surmonter des défis considérables.
Des fragilités internes à surmonter
La réussite du projet libyen reste suspendue à la stabilité sécuritaire et politique. Le pays demeure divisé, miné par des tensions entre factions rivales et une gouvernance éclatée. Au Niger, la région de l’Aïr est régulièrement confrontée à des violences armées. Quant au Soudan, en proie à une guerre civile, la situation sécuritaire bloque tout développement à court terme.
Une ambition géopolitique régionale
Au-delà de l’aspect logistique, la Libye cherche aussi à renforcer son influence dans la région sahélo-saharienne, notamment face aux puissances comme la Russie ou la Turquie, de plus en plus présentes. En multipliant les partenariats avec le Niger et potentiellement le Soudan, Tripoli espère jouer un rôle stabilisateur et devenir un pôle économique structurant.





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