Le ministère sénégalais des Finances a annoncé, mardi 15 juillet 2025, le lancement d’un exercice de révision du produit intérieur brut (PIB), dans un contexte de vive tension économique marqué par une nouvelle dégradation de la note souveraine du pays. Une manœuvre comptable aux implications majeures, censée améliorer l’image de la dette publique, sans toutefois lever les inquiétudes sur la soutenabilité des finances nationales
Cette initiative intervient alors que le Fonds monétaire international (FMI) a suspendu son programme d’aide au Sénégal, après la révélation en 2024 de plusieurs milliards de dollars de dette non déclarée. Dans la foulée, S&P Global Ratings a abaissé la note du pays à B-, mettant en lumière un ratio dette/PIB estimé à près de 120 %, un niveau jugé préoccupant.
Face à ces critiques, les autorités estiment que ce ratio pourrait être exagérément gonflé, en raison d’une base de calcul «obsolète.» «L’exercice de rebasage du PIB est en cours depuis un certain temps. Il vise à mieux refléter le niveau réel de développement économique du Sénégal,» a indiqué le ministère des Finances, sans avancer de chiffre précis.
Une opération technique, mais stratégique
Le rebasage du PIB consiste à mettre à jour l’année de référence utilisée pour mesurer l’économie nationale, afin d’intégrer de nouvelles réalités comme le secteur numérique ou les futurs revenus pétroliers. Il s’agit d’une pratique courante à l’échelle internationale, mais qui suscite parfois la méfiance des analystes lorsqu’elle semble instrumentalisée pour embellir les indicateurs macroéconomiques.
Ce n’est pas une première pour le Sénégal : en 2014, un précédent rebasage avait porté l’année de référence de 1999 à 2014, entraînant une hausse mécanique de 30 % du PIB. Cela avait permis de faire baisser les ratios d’endettement, tout en intégrant des pans entiers de l’économie informelle ou encore les télécommunications.
Des effets limités sur la crise actuelle
Malgré cette tentative de redressement statistique, le FMI reste prudent. Selon un porte-parole de l’institution, le rebasage du PIB n’est pas une condition suffisante pour le rétablissement du programme d’assistance. « Le calendrier d’un éventuel conseil d’administration dépendra de la résolution du problème de fausse déclaration et d’un accord sur les mesures politiques à prendre,» a-t-il précisé.
Du côté des marchés, la réaction a été légèrement positive : les obligations internationales sénégalaises ont enregistré un rebond, notamment le titre échéance 2033 qui a gagné 1,6 cent, atteignant 66 cents par dollar. Une remontée notable, mais encore loin des niveaux nominaux.
Un soulagement temporaire face à des besoins massifs
Pour les investisseurs, l’essentiel reste à venir. Car si le rebasage du PIB améliorera les ratios sur le papier, il ne changera rien aux besoins de financement bruts, qui restent extrêmement élevés. S&P prévoit 10 milliards de dollars à lever en 2025 (environ 5700 milliards FCFA), tandis que le service de la dette pourrait atteindre un pic de 8800 milliards FCFA en 2026.
En clair, la révision statistique, bien qu’utile pour mieux refléter la réalité économique, ne suffira pas à elle seule à rétablir la confiance. Les autorités devront combiner transparence, rigueur budgétaire et réformes structurelles pour restaurer leur crédibilité auprès des bailleurs et des marchés.





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